SERMENT DE L'ARMÉE DE CHARLES.
Si, conjonction. La même en françois et en latin.
Fauchet écrit sy. Cette leçon est contraire au manuscrit, et à l'antiquité de ces serments.
Lodhwigs, Louis, nom propre. On disoit en lat. Lodovicus, Ludovicus, Ludhuvicus, Lodhuvicus, Lodhuwicus, Luthouwicus, etc.; en tudesque, Lodwick, Ludwick, Ludhuwig, Ludwig, Hlodowick, etc; Ce mot est composé de leut, peuple, et de wik ou wig, citadelle, lieu de défense, refuge; il signifie refuge du peuple, c.-à-d. protecteur, défenseur du peuple. (Voy. mon Traité des Noms.)
Le cas de sujet est Lodhwigs ou Lodhuwigs, pour Lodhuwigus, formé du nom. lat. Lodhuwicus; le cas de régime est Lodhwig ou Lodhuwig. L'un et l'autre ont perdu leur dernière voyelle, parce que sans elle ils sont assez longs.
Ici on a Lodhwigs; plus bas c'est Lodhuwig. Cette dernière orthographe est la plus conforme à l'usage des anciens Francs, qui écrivoient ce nom avec trois u,
Ludhuuuig: je dis avec trois u, car les anciens Francs, ainsi que nos pères, ne connoissoient pas le w. Or la langue latine se refusant, pour ainsi dire, à cette accumulation de trois fois la même lettre, on avoit coutume d'écrire Lodhuuicus avec deux u seulement. C'est ainsi qu'on le retrouve presque par-tout dans la Chronique de Nithard. Le copiste a donc pu, par habitude, mettre
Lodhuuigs au lieu de Lodhuuuigs, que je croirois préférable ici.
Ce mot Lodhuuuigs ou Lodhuwigs doit se prononcer Lodhououigs en trois syllabes seulement. Si on écrit Lodhuuigs ou Lodhwigs, il n'y en a que deux,
Dans le manusc., Lodhwigs est écrit avec deux u simples, Lodhuuigs, parce qu'alors on n'employoit point le w. Plusieurs savants ont suivi cette ancienne
orthographe. Elle peut se défendre; je crois cependant qu'il est mieux d'écrire Lodhwigs. Au reste cela revient au même.
Bodin a lu Ludovigs; Fauchet, Luduuigs; Astruc, Ludwics; Borel, Ludhuuig; Isaac Pontanus, Lodhuuig; Court-de-Gébelin et M. Gley, Lodhuigs; enfin M. Champollion, toujours pour faire du nouveau, a cru devoir lire Lodhuvigus.
Sagrament, les serments, du lat. sacramenta. Au singul. on diroit de même sagrament, formé de sacramentum. Dans ce mot, comme dans un très-grand nombre d'autres, le singul. et le plur. ne peuvent différer en rien. Ce n'est que dans les siècles modernes que l's est devenue la marque générale de la pluralité: on pourroit même déterminer d'une manière certaine les causes de
Il est bon de remarquer que le subst. sagrament n'a point d'article qui le précède, et que même, dans le cours des deux serments, on ne trouve pas l'article une seule fois. D'où l'on peut conclure qu'au IXe siècle, s'il n'étoit pas entièrement inconnu dans la langue romane, il y étoit au moins d'un usage extrêmement rare.
Tous ceux qui avant moi se sont occupés de l'explication de ce monument, ont cru que sagrament étoit au singul. J'y reviendrai après le mot tanit.
Eckhart, Schoepflin, et autres, lisent sacrament. Non seulement cette leçon est contraire au manusc., mais encore à l'usage d'adoucir les consonnes, comme on le faisoit dans le IXe siècle, ainsi qu'on a pu le remarquer à l'occasion de savir, podir, fradre, et autres mots.
Quant à Borel, je ne sais ce qu'il veut dire par son sa gramnemque. Il sépare la première syllabe, estropie les deux autres, et leur joint le relatif suivant.
Quae, que, lesquels. La forme de ce mot est purement latine: c'est le plur. neut. de qui, quae, quod. Il s'accorde en genre et en nombre avec sagrament. Quae s'emploie comme sujet et comme accusatif. Aux autres cas, c'est cui. (Voy. qui, pag. 36.)
Il faut prononcer ke. C'est ainsi qu'on l'écrivoit souvent dans les XIIe et XIIIe siècles.
Jusqu'à présent on a toujours lu ce mot avec un e simple, que; c'est une erreur. Le manusc. n'a rien d'équivoque. Sous l'e de que se trouve un trait oblique, marque de la diphthongue. C'est ainsi qu'on l'indiquoit alors. On peut s'en convaincre à la seule inspection du manusc. de Nithard. Ex.:
Obsesse, f°. 26. v°. 2e. col. l. 9. (la última e tiene rabito.)
Sce mariae, f°. 27. r°. 1re. col. l. 12, etc. (la e de Sce tiene rabito.)
Cet usage du trait oblique se retrouvé aussi dans la plupart des anciennes impressions.
Son fradre Karlo, à son frère Charles. Ces mots sont ici au cas de régime; ils doivent se traduire par le datif. (Voy. son, pag. 22; fradre, pag. 17; Karlo, pag. 18. Voy. aussi cist meon fradre Karle, pag. 38.)
Schoepflin et Oberlin lisent fratre. Du Cange, au lieu de Karlo, a lu Karolo, et Petit-Pas, Karle.
Plusieurs savants françois, qui se sont occupés de ces serments, ont cru que les mots son fradre Karlo étoient au nominatif. Je reviendrai à cette inconcevable erreur, après le mot conservat.
Jurat, jure (il), 3e pers. sing. ind. prés. du verbe jurar, jurer. La forme de ce mot est purement latine.
On doit, je crois, prononcer djurat; c.-à-d. que le j est ici plus dur que dans jo. (Voy. eo, pag. 15.)
On ne doit pas en conclure que jurat y soit également. Sa forme, il est vrai, ne
s'y refuseroit pas; mais la phrase seroit moins conforme au génie de la langue romane.
Conservat, conserve, observe, tient (il), 3e pers. sing. ind. prés. du verbe conservar. La forme de ce mot est purement latine.
Si Lodhwigs sagrament quae son fradre Karlo jurat, conservat, se traduiroit mot à mot par, si Louis observe les serments qu'il jure à son frère Charles, ou plus conformément à la langue françoise, si Louis tient le serment qu'il vient de jurer à son frère Charles. On pourroit dire en lat., si Lodhwicus sacramenta, quae suo fratri Karolo jurat, conservat.
Cette phrase est claire dans les deux textes. Bodin, Borel, Petit-Pas, et autres, l'ont parfaitement entendue. Comment donc a-t-on pu traduire, si Louis garde
le serment que son frère Charles luy a juré. Cette erreur de Fauchet a eu cependant de nombreux sectateurs, parmi lesquels on doit citer Bonamy, M. de
Roquefort, et M. Champollion. Selon les deux premiers, on diroit : si Louis observe le serment que son frère Charles lui jure; selon l'autre : si Louis observe le serment que son frère Charles a juré. Eh! quoi de plus contraire à la grammaire et à la raison? Cette interprétation peut être combattue par trois arguments invincibles.
1° L'expression son fradre Karlo est au cas de régime; et dans le serment francique, le datif y est clairement exprimé.
2° On ne tient point, on n'observe point les serments d'autrui, mais les siens propres, quand on est de bonne foi.
3° Enfin, Charles avoit prête serment en langue francique; comment son armée auroit-elle pu l'entendre, puisque Louis avoit été obligé de faire le sien en langue romane, pour en être entendu?
Meos, mon, du lat. meus. (Voy. Meon, pag. 17.)
Petit-Pas, Du Cange (en marge), Fréher, Eckhart, Schoepflin et Oberlin, lisent meo. Cette leçon est contraire au manusc. et au génie de la langue romane.
Sendra, seigneur, maître, du lat. senior, qui, dans le moyen âge, s'est pris dans le même sens. La forme de ce mot a désespéré les commentateurs. Tous l'ont crue fautive; c'est une erreur. La seule désinence a pourroit être douteuse; peut-être vaudroit-il mieux sendre. L'un et l'autre cependant sont admissibles. (V. ce que nous avons dit de fradre et de fradra, p. 17.)
Sendre, ou sendra, est formé de senior, comme juindre, qui en langue romane, signifie garçon, compagnon, est formé de junior; comme mendre, moindre, l'est de minor, et meldre, meilleur, de melior. Les mots lat. terminés en r, et dont le gén. se forme par la simple addition de is, passèrent d'abord dans la langue romane avec un cas de sujet et un autre de régime. Mais les voyelles finales étant brèves, le régime n'avoit presque aucune différence avec le sujet. Ils devoient donc souvent se mettre l'un pour l'autre, et cela d'autant plus, que le cas de régime avoit coutume lui-même de perdre sa voyelle, lorsque le mot étoit un peu long. On devoit donc avoir indifféremment, pour l'un et l'autre cas, senior ou seniore, junior ou juniore, minor ou minore, melior ou meliore; et de même, grandior ou grandiore, amor ou amore, valor ou valore, etc. Lorsque la dernière forme ne perdoit pas sa désinence, elle s'abrégeoit par la syncope de la pénultième : ainsi de grandiore, plus grand, s'est formé graindre. On a eu de même senre de seniore, juinre de juniore, minre de minore, melre de meliore; et par l'intercalation de la lettre d, sendre, juindre, mindre, et meldre.
Cette intercalation est inévitable: pour la prononciation de l'n ou de l' l (ele, L), la pointe de la langue s'appuie fortement sur la racine des dents supérieures; tandis que, pour prononcer l'r, elle ne fait que toucher légèrement le palais, à un doigt des dents. Donc après l'articulation de l'n ou de l' l, s'il suit une r,
la langue doit quitter les dents et se porter en arrière, avant de pouvoir l'articuler. Or ce mouvement est justement celui qui produit les dentales : donc involontairement on fera sentir une dentale entre les deux liquides; mais, comme on n'en a pas l'intention, c'est la plus foible qu'on articulera, c.-à-d. le d.
Il existe encore dans notre langue un grand nombre de mots formés par le même principe d'intercalation. Ex.: tendre, gendre, cendre; peindre, feindre,
ceindre, teindre, atteindre, éteindre, étreindre, contraindre, enfreindre, plaindre, oindre, engendrer, je viendrai, je tiendrai. = Poudre, foudre, coudrier; moudre, soudre, absoudre, dissoudre, je voudrai, etc. Voici la marche de leur formation : tener, tenere, tenre, tendre; gener, genere, genre, gendre; cinis, cinere (des cas obliques), cinre, cendre; pingere, pinere, pinre, peindre; fingere, finere, finre, feindre; cingere, cinere, cinre, ceindre, etc. = Pulvis, pulvere (des cas obliques), poulre, pouldre, poudre; fulgur, fulgure (des cas obliques), foulre, fouldre, foudre; corylus, coryle (des cas obliques), par métathèse colyre, coulrier, couldrier, coudrier; molere, molre, mouldre, moudre; solvere, solere, solre, souldre, soudre, etc. (1).
(1) Il y a environ dix ans que je fis l'ensemble de cette note; (c'étoit à l'occasion des cas obliques de *gr). Elle fut publiée par le savant helléniste M. G., qui l'inséra dans ses désinences, avec des retranchements, additions, et autres changements qu'il crut nécessaires.
Les savants ont cru qu'il faudroit lire senhor, senior (ou senora, selon Isaac Pontanus), au lieu de sendra. Ils pensent que ce dernier ne signifie rien : cependant ils le laissent subsister; mais plusieurs d'entre eux modifient sa forme : ils lisent sender, qui leur paroît sans doute plus convenable, et qui est entièrement barbare. Il en est aussi qui joignent ce mot à celui qui précède. Ainsi, au lieu de meos sendra, Fauchet lit meossender; Bodin, meosender; Borel, meossendra; Du Cange (en marge), meo sender, et Petit-Pas, meo sandre.
De, préposition; la même en françois et en latin. (Voy. d'ist, pag. 11.)
Borel et Isaac Pontanus lisent in au lieu de de. J'ignore où ils ont pu prendre cette leçon.
Suo, sa; du lat. sua. On doit prononcer souo, d'une seule émission de voix.
L'o qui termine ce mot est bref et ouvert. Il a par conséquent beaucoup de rapport avec l'a dont il tient la place. L'un et l'autre supposent la même disposition des organes. Les lèvres seulement ont moins d'ouverture dans la prononciation de l'o. Dans toutes les langues, ces deux voyelles se sont mises souvent l'une pour l'autre; et dans le patois périgourdin en particulier, l'o s'est introduit presque par-tout. Ex.:
po pour pa, de panis; plo pour pla, de planè; mio, de mea; touo, de tua; souo, de sua, etc.
Suo ne peut pas avoir deux formes différentes pour le régime et le sujet.
Part, part, du lat. pars. Part est le cas de régime; d'abord on a dit parte. Pars, qui est purement lat., est le cas de sujet.
Du Cange (en marge), et Petit-Pas lisent par. Ce mot ne signifie rien.
Non, non, ne. Cette conjonction est purement latine. Nous l'avons aussi en françois, mais d'un usage moins étendu : ne l'a souvent remplacée. L'n finale de ce mot est plus sensible que dans notre langue. On doit cependant l'articuler beaucoup moins qu'on ne le feroit en latin. Quant à l'o qui la précède, il n'est point ouvert; il faut le prononcer des lèvres. Le son de ce mot
approche beaucoup de noun ou nôn. Nun se prononceroit de même. (Voy. Amur, pag. 7.) On a donc pu écrire presque indifféremment non ou nun.
Cette dernière orthographe se trouve plus bas; mais, comme moins ancienne, elle pourroit appartenir au copiste.
Borel lit un, Court-de-Gébelin nou, et Fauchet no, qu'il fait tenir avec le mot suivant.
Los, les, ceux-là, acc. plur. masc. du pron. il. Voici sa déclinaison au IXe siècle :
Nom. m. il, fém. illa; En fr. il, elle; Du lat. ille, illa.
Gén., dat. li (pr les deux g.); lui; illi.
Acc. m. lo, fém. la; le, la; illum, illam.
Nom. li (pr les deux g.); “” illi.
Gén., dat. lor (pr les deux g.); leur; illorum.
Acc. m. los, fém. las: les, les; illos, illas.
Dans la suite, les différents cas de ce pronom ont éprouvé beaucoup de changements dans leurs valeurs respectives.
En espagnol, on dit de même los, en patois périgourdin, c'est lous. Bonamy est dans l'erreur, lorsqu'il prétend que lo, lou et los sont la même chose et signifient le : les deux premières formes sont singulières, et la seconde n'appartient qu'au pluriel. Plusieurs savants lisent lo, et portent l's sur tanit, qui alors ne signifie plus rien. J'y reviendrai après ce mot.
Tanit, tient, 3e pers. sing. ind. prés. du verbe tanir, pour tenir, du lat. tenere.
Non los tanit, ne les tient, n'a donc aucune difficulté; on diroit en lat. non illa tenet.
Fauchet, comme j'ai déjà eu occasion de le faire remarquer, lit nolo stanit, et Borel un los tanit. Selon Schoepflin, on diroit non los tenet, et suivant Petit-Pas et Bodin, non lostaint. Du Cange (en marge) lit non los taint; D. Bouquet, MM. de Roquefort, Champollion, et Gley, non lo stanit.
Reprenons maintenant toute la phrase : Si Lodhwigs sagrament quae son fradre Karlo jurat, etc. Elle est parfaitement claire, et signifie mot à mot :
Si Louis garde les serments (c.-à-d. les promesses) qu'il jure à son frère Charles, et Charles mon seigneur, de sa part (c.-à-d, de son côté), ne les tient, ...
Le pron. los démontre clairement que sagrament n'est pas au singulier.
Jo, je, le même que eo. (Voy. ce mot, pag. 15.) Quant à la différence d'orthographe, je crois qu'elle tient à la position. Il paroît que déjà dans le IXe siècle l'é de eo approchoit beaucoup de l'i par son exiguité. De là il est résulté que lorsque le mot eo s'est trouvé après un i auquel il pouvoit se joindre et participer, il a conservé son orthographe, parce qu'au moyen de cet emprunt il ne manquoit plus rien à sa prononciation. Ex.: salvarai-eo et cui eo. Lorsqu'au contraire il s'est trouvé après un i auquel il ne pouvoit en rien participer, on après une autre lettre, il a dû lui-même prendre ce qui lui manquoit.
Ex.: si jeo (ou jo), ne jeo (ou jo).
Returnar, retourner, détourner, du lat. barb. retornare.
Ce mot n'a aucune difficulté. (Pour sa prononciation, voy. Amur, pag. 7.)
Bodin lit retournar, et Fauchet retornar. Ces leçons sont contraires au manuscrit.
Int est un adv. formé de inde; il signifie de là, et par extension, de cela. On a dit ensuite ent. De cette dernière forme vient notre mot en, dont la valeur est
absolument la même. L'int pourroit se rendre en lat. par illum inde.
On a coutume de ne faire de cette expression qu'un seul mot, lint; c'est ainsi qu'on l'a toujours lue. Le seul Bonamy l'a écrite correctement dans ses notes;
pour le texte, il a suivi l'usage. Fauchet joint à ces mots la négation qui précède; selon lui, on auroit nolint. C'est non lo, selon Bullet et La Ravallière. Non luit est la leçon du savant Bodin !!! Astruc pense qu'il faudroit lire non lim.
Pois, puis (je), 1re pers. sing. ind. prés. de poir, pouvoir. Poir est formé de podir, et celui-ci de potere (pour posse). (Voy. Podir, pag. 13.)
On doit prononcer pois d'une seule émission de voix, mais faire sentir distinctement les deux lettres de la diphthongue.
Si jo returnar non l'int pois signifie proprement, si je ne puis retourner lui de là, si je ne puis le détourner de cela, c.-à-d., si je ne puis le détourner de
l'action d'enfreindre ses serments; car ne pas tenir ses serments, c'est les enfreindre. (Après iver, dernier mot du serment, je reviendrai à cette phrase.)
Ne, ni, du lat. nec ou ne. Ce mot n'a aucune difficulté.
Neuls, nul, du lat. nullus. (Voy. Nul, pag. 34). C'est ici le cas de sujet.
Nuls seroit plus régulier; mais l'e a pu s'introduire dans ce mot pour l'euphonie. Au cas de régime, cela étoit moins nécessaire, parce que la prononciation en est facile. Quoi qu'il en soit, cette voyelle ne fait que modifier le son de l'u, et il faut bien prendre garde de faire sentir ici une diphthongue.
C'est un son simple, qui a beaucoup de rapport avec celui que nous donnons à ces deux lettres dans notre langue.
Cette dernière leçon ne donne aucun sens.
Ne neuls, ni aucun. Les deux négations né doivent pas effrayer; rien n'est plus fréquent dans la langue romane. Ex.:
Cil desnoieit davant toz, et se dit : Ne ni sai ne ni n'entend ce ke tu dis.
Fragment d'une traduction de la passion.
Ainsi on rendroit ces mots en lat. par nec aliquis.
Cui, que, lequel. C'est le cas de régime de qui. (Voy. Qui, pag. 36.)
L'u de ce mot doit se prononcer comme en françois.
Après cui, Court-de-Gébelin lit jo, au lieu de eo.
(Voy. pag. 52.)
Int, en, de là, de cela. (Voy. L'int, pag. 53.)
Fréher, Eckhart, Schoepflin, Oberlin, et autres, lisent nit. Ce mot ne signifie rien. Schilter fait tenir int avec le mot précédent : il lit returnarint, mais il pense, comme les autres, que returnar nit pourroit bien être préférable. Suivant Bodin, ce seroit me; selon Du Cange (en marge), me ou nit: il adopte cette dernière leçon. Fauchet lit ni. Quant à Bullet, il a cru sans doute qu'il seroit beau de lire inxt. Prononcera ce mot qui pourra : je pense qu'il est bas-breton; mais je ne me suis pas donné la peine de vérifier ma conjecture.
Nulla, nulle, fém. de nuls. La forme de ce mot est purement latine, et il n'est pas susceptible d'avoir deux cas différents, à cause de sa terminaison en a.
Fauchet a lu nula, et Petit-Pas nullo. Ces deux leçons doivent être rejetées.
Ajudha, aide. (Voy. Adjudha, pag. 19.) Adjudha, dans le premier serment, et ici ajudha. Cette différence d'orthographe vient évidemment du copiste : d'abord il avoit écrit ajuha; il a ensuite ajouté un d au-dessus de la seconde syllabe, oubliant sans doute d'en faire autant pour la première. De là on pourroit conclure que déjà dans le Xe siècle nous avons dit ajue au lieu de adjudha.
En effet, nos auteurs les plus anciens s'expriment ainsi; et S. Bernard, qui vivoit au commencement du XIIe', n'écrit pas autrement ce mot. Ex.:
Ensi ki'il à ols nen à ceos ne puyent faire nule ajue.
Serm. de S. Bernard, f°. 1. v°.
Qu'on ne m'objecte pas que les mots de la langue romane étoient variés dans leurs formes, et qu'on pouvoit les écrire diversement.
Sans doute, d'après la manière dont la langue romane s'est formée, d'après son usage presque uniquement populaire pendant les sept ou huit premiers
siècles, enfin d'après l'état de la France dans ces temps reculés, chaque mot a dû varier dans son orthographe, non seulement selon les temps, mais encore selon les lieux, et même les personnes, comme j'aurai occasion de le démontrer ailleurs : mais les variations d'un mot tombent ou sur sa désinence, ou sur sa propre racine; et, s'il est hors de doute qu'un auteur puisse mêler les premières, même sans motifs, en général il n'en est pas ainsi des secondes.
Je concluerai de là que ajudha, qu'on avoit d'abord écrit ajuha, tient à l'orthographe du Xe siècle, et n'est qu'une faute de copiste. Cependant, comme je me suis fait une loi de ne rien changer au texte de ces serments, je la laisserai subsister.
Dans le specimen de M. de Roquefort, ce mot est mal gravé; l'a est trop éloigné de l'i; ce dernier n'a pas la tête assez forte. Il étoit un peu effacé dans le manuscrit.
Bodin, Borel, Du Cange, Schoepflin, Oberlin, M. de Roquefort, et autres, ont mis adjudha. Selon le celtomane Bullet, ce seroit adjugha.
Contra, contre. Ce mot est purement latin.
Lodhuwig. Ce mot est ici au cas de régime. (Voyez Lodhwigs, pag. 43.)
Bodin lit Ludovig, Borel Lodhuwig, Fauchet Luduuig, etc.
Nun, non. (Voy. Non, pag. 50.)
Borel lit num. Fauchet fait nudi de nun li. Ces leçons ne sont pas moins contraires à la langue romane qu'au manuscrit.
Li, à lui. (Voy. Los, pag. 51.) Du Cange a lu si.
Iver, irai (je), du lat. ivero.
Encore ici le fac-simile de M. de Roquefort est en défaut, et m'avoit d'abord induit en erreur. Au lieu d'iver, j'avois lu vier pour fier, du lat. fiero, fut. 2 de FIO; et cette leçon me paroissoit d'autant plus probable, qu'elle répondoit parfaitement au mot uuirdhit, dans le serment thiois. Mais l'examen du manuscrit changea bientôt ma conjecture : l'i est très-distinctement dessiné au commencement du mot, c.-à-d. que le premier jambage de ce mot a la partie supérieure fort large; tandis que dans le specimen elle est très-déliée.
Une fois certain de la première lettre, je n'ai pas dû balancer un instant. Il étoit facile de choisir entre juer et iver: non seulement le premier feroit avec in ajudha une répétition vicieuse, mais iver est très-près d'ivero, tandis que juer est éloigné de *juvabo (o juvaro) ou juvavero.
Quant à ma conjecture, j'aurois pu la défendre, en supposant que le copiste lui-même s'est trompé, et a lu iuer pour uier. En effet, la différence des deux
mots ne consistant que dans le plus ou moins d'épaisseur de deux jambages, il étoit facile de s'y méprendre.
J'en dirois autant de la conjecture de Du Cange. Il propose fuer, du lat. fuero. Il seroit possible, en effet, que l'f s'étant trouvée effacée dans sa partie supérieure, le copiste l'eût prise pour un i.
Mais tout cela n'est que supposition; et comme on ne doit pas se permettre de changer un texte dès qu'il peut s'entendre, que d'ailleurs iver va très-bien dans la phrase, on doit le conserver.
On ne m'objectera pas sans doute que, dans les deux textes, les mots doivent être identiquement les mêmes; il suffit, en effet, que les phrases présentent le même sens. Du Cange, Isaac Pontanus, Bonamy, M. de Roquefort, et autres, lisent juer; et comme anciennement le j et le v n'avoient aucune différence avec l'i et l'u, plusieurs savants, tels que Fauchet, nous ont laissé dans l'incertitude sur leur opinion, en écrivant iuer. Quelques modernes, pour se tirer d'embarras, en ont usé de même.
Je reprends la phrase entière : si jo returnar non l'int pois; ne jo, ne neuls cui eo returnar int pois, in nulla ajudha contra Lodhuwig nun li iver.
Elle signifie mot à mot : si je ne puis le détourner de cela; ni moi, ni aucun que je puis détourner de cela, n'irai à lui en nulle aide contre Louis; ou : si je ne puis le détourner de cela, ni moi, ni aucun que je puisse détourner de cela, n'irons à lui en nulle aide contre Louis; ce qui revient à : si je ne puis le détourner de cette infraction, ni moi, ni aucun de ceux que je pourrai en détourner, nous ne l'aiderons en rien contre Louis.
Il est bon de remarquer que le fut. iver est au sing., ne se rapportant qu'à ne jo, parce que ne jo, ... iver est la principale proposition; tandis que ne neuls cui eo returnar int pois est accessoire, et peut être considéré comme une expression incidente.
On pourroit, il est vrai, regarder iver comme une 3e pers.; et alors c'est à ne neuls, second nominatif de la phrase, qu'il se rapporteroit grammaticalement :
cela seroit même plus conforme à l'expression teutonique, mais beaucoup moins à l'antiquité de ces serments.
Du Cange a traduit : si ego retornare non possim, vel nolim ad eum retornare, in nullo ei auxilio eo contra Ludovicum. Il a très-bien fait assurément d'ajouter dans ses notes, nescio an benè reddiderim.
Selon Bodin, on diroit : si détourner je ne le puis, je ne veux avec luy retourner en paix, ne luy prester aucune obéissance. C'est également la version de Petit-Pas.
On auroit, selon Fauchet : et je destourner ne l'en puis-je, ne nul de ceux qui destourner ne l'en pourront, ne luy porterons ayde aucune contre Louis.
Isaac Pontanus trouve le tout fort obscur. Il n'y auroit qu'un OEdipe qui pût l'expliquer : OEdipo itaque opus sit. En conséquence, il renvoie à son ami
Thysius, qui, selon lui, s'en acquitte en ces termes : si je détourner ly ne puis ni je ni nullui détourner lui ne puis, en nulle aide contre Louis avec lui iray.
Borel a cru sans doute qu'il étoit impossible de mieux faire; il a pensé que le savant Thysius s'en acquittoit à merveille; et, sans y changer une syllabe, il
a adopté son élégante et correcte traduction !!
On diroit, selon La Ravallière, si je détourner ne le puis, ni moi, ni aucun autre détourner ne le peut, etc.
Enfin, M. Champollion traduit : si je ne puis l'y ramener, ni moi, ni aucun que je pourrai y ramener, ne lui serons d'aucun secours contre Louis.
Cette phrase est son grand cheval de bataille; il en fait, pour ainsi dire, le sujet d'une préface, où il s'exprime en ces termes : “Et d'après la première version connue et servilement copiée, tout le monde a traduit : si Charles ne le tient, si je ne puis l'en détourner, etc., c.-à-d. d'une manière entièrement opposée au texte, et en faisant un contre-sens complet, parce qu'on n'a pas connu la force du mot l'int, illum in; parce qu'on n'étoit pas familiarisé avec ces crases si communes dans les langues vulgaires; parce qu'enfin on expliquoit une langue qu'on n'avoit pas cultivée.” Oh! oh!!
Cette conjecture de M. Champollion est très-certainement la plus spécieuse qu'il ait faite. J'aurai cependant l'honneur de lui faire les observations suivantes:
1° Le verbe returnar s'emploie fréquemment (ce qu'il ignoroit sans doute) dans le sens de détourner; et le mot iruuenden, qui se trouve dans le serment francique, ne signifie que cela.
2° Non tanir est, quant à la signification, absolument la même chose que violer; et comme dans toutes les langues on construit souvent plutôt selon le
sens que selon les mots, on a pu dire, détourner du non-tenir ses serments,
c.-à-d., de leur violation.
3° Enfin, l'int n'est point une crase de illum in, même dans le sens de M. Champollion. Il auroit dû dire de lo intus. En effet, 1° dans le IXe siècle on ne
disoit point illum, mais lo : c'est donc sur cette dernière forme qu'a pu s'opérer la crase ou élision. 2° In n'est pas un adverbe, mais une préposition. Je n'ai
jamais vu ce mot employé autrement, si ce n'est peut-être dans les écrits du XIVe siècle; et alors on doit le regarder comme une corruption de ins.
D'ailleurs, si l'adverbe int étoit la même chose que la préposition in, d'où viendroit le t qui le termine? Alors il n'étoit point d'usage d'ajouter à la fin des mots des consonnes étrangères; et même, si on l'a fait depuis, ce n'est que rarement, et pour la seule harmonie. C'est ainsi, par exemple, que dans le patois périgourdin, depuis un siècle environ, en prend un d, lorsqu'il suit une voyelle, et jamais autrement.
Il est, je crois, suffisamment démontré que, dans le sens de M. Champollion, int ne pourroit venir que de intus. Or, dans ces temps reculés, l's finale d'un
mot, et sur-tout d'un mot indéclinable, n'auroit pu disparoître : intus restoit le même; dans la suite il est devenu ints, puis inz ou ins, enz ou ens. Dans nos
vieux auteurs, on le retrouve presque toujours sous ces deux dernières formes. Inz ou ins s'est conservé dans le mot dinz ou dins, qui est ensuite devenu dens; puis enfin dans, tel que nous l'employons aujourd'hui. Ainsi, pour le dire en passant, dans est la même chose que DE-INTUS; dedans, DE-DE-INTUS; de dedans, DE-DE-DE-INTUS.
Puisque intus a conservé son s dans tous les siècles, et la conserve encore dans le mot dans, il s'ensuit que int ne vient pas de intus, mais de inde.
Donc, 1° returnar doit se traduire ici par détourner; 2° non-tanir équivaut à violer; 3° int ne sauroit avoir une autre origine que l'adverbe inde. Ainsi, l'explication de M. Champollion est entièrement erronée, et n'a aucune base.
Nota. On trouvera à la fin de ce Mémoire un tableau général des leçons fautives suivies jusqu'à ce jour pour le texte roman.
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SERMENT DE CHARLES (1).
(1) Un grand nombre de savants françois ont rapporté le serment de Charles et celui de l'armée de Louis; mais, la plupart, sans chercher à les entendre. Je ne citerai pas leurs textes bizarres. J'en donnerai un seulement, à la fin de ces notes, comme objet de curiosité.
In, en, pour, etc. Cette préposition gouverne le datif et l'accusatif. Elle est ici dans le sens de pour, et demande le dernier de ces cas. Minna est son régime.
Godes, de Dieu, gén. de God. Ce mot se trouve encore en flamand, avec la même orthographe. Les Allemands disent Gott.
Minna, amour. Ce mot est ici à l'accus.; mais la terminaison du nomin. est la même. Au lieu de minna, les Flamands disent min ou minne. (N. E. Minnesänger : trobadores o trovadores, troubadours; Minnesang : poesía trovadoresca, canciones “de amor”, aunque hay muchos estilos.)
In Godes minna signifiera donc, pour de Dieu amour, c.-à-d. pour l'amour de Dieu.
Ind, et. On disoit aussi indi. Ind et indi sont devenus, par la suite, end et ende. Les Flamands disent encore aujourd'hui en ou ende, et les Allemands und.
En anglo-saxon c'étoit and. Les Anglois ont conservé cette dernière forme.
Thes, du, génitif de ther, le. L'article ther signifie en outre, ce et qui; c.-à-d. qu'il s'emploie comme pron. démonstratif, et comme relatif. Les Allem. disent der.
Les trois mots ind in thes, n'en faisant qu'un seul dans le manusc., les savants les ont lus, séparés et corrigés, chacun à sa manière. Pithou, Isaac Pontanus,
Schilter, et autres, lisent induithes; Juste-Lipse, induites; Marq. Fréher, Du Chesne. M. Gley, etc., ind durh tes; Eckhart, ind durch tes; Schoepflin, in durh
tes; Frickius, dans Schilter, a lu induithes, ajoutant entre parenthèses, leg. ind durh thes. Selon le savant M. Grimm, ce seroit indiu thes, et ainsi des autres.
Toutes ces leçons sont fautives et doivent être rejetées.
Christianes, génitif de christian, chrétien.
Ici, comme dans le texte roman, christian est écrit avec X* (carácter), suivant l'ancien usage. On ne doit pas confondre ces deux lettres grecques avec l'x et le p.
Fréher et M. Gley conservent le x, et changent le * en r; on écriroit selon eux Xristianes. Cette orthographe n'est pas admissible; il faut l'un ou l'autre :
Xpistianes, par Xp, ou christianes, par chr. Cette dernière manière est même, je crois, la seule qu'on puisse employer maintenant.
Folches, du peuple, gén. de folch, peuple, nation, multitude, troupe, vulgaire. Les Allem. disent volck (N. E. Volk):. Ce mot est analogue de vulgus.
Unser, de nous, gén. de uuir. Les Allem. s'expriment encore de même. Les Flamands disent onzer.
Bedhero, des deux, de l'un et de l'autre, gén. de bedho, l'un et l'autre, tous deux. Les Allem. disent beyde (beide), gén. bejder (beider). Bedhero est adjectif de unser : unser bedhero, de nous l'un et l'autre, de nous deux.
Juste Lipse lit bedhere. Le manuscrit n'a rien d'équivoque.
Gealtnissi, salut, conservation. C'est un nom neutre, dérivé de halten, aujourd'hui gehalten, sauver, conserver. Son nom. et son acc. ont la même terminaison. Gouverné par in, il est ici à l'acc. (N. E. Gesundheit : salut; gesund : sano, sana, sanos, sanas.)
Fréher, Eckhart, Schoepflin, M. Gley, et autres, lisent gehaltnissi. Cette leçon, fort bonne en elle-même, est contraire au manusc.; d'ailleurs elle n'est nullement nécessaire. Dans ces temps reculés, l'aspiration se mettoit souvent sans motif, et se retranchoit de même. Juste Lipse, Pithou, Vulcanius, Schilter, et Frickius, ont lu gealtnisi, Isaac Pontanus, gealtenisi. Le manuscrit n'est point équivoque.
L'expression ind in thes christianes folches ind unser bodhero gealtnissi, signifiera mot à mot : et pour du chrétien peuple et de nous deux salut, c.-à-d., et pour le salut du peuple chrétien et de nous deux; ce qui revient à : pour le salut du peuple chrétien et le nôtre commun.
Frickius fait un contre-sens, lorsqu'il dit, ob amorem Dei, populique christiani, ut et ad communem nostrûm utriusque salutem.
Fon, de. Les Allemands disent von et les Flamands van. Juste Lipse lit von. Cette forme est également contraire au manusc. et à l'antiquité de ces serments.
Thesemo, de ce, à partir de ce, ablatif de ther, hic. (Voy. Thes, pag. 62.)
Juste Lipse lit tesemo, et M. Grimm, thesenio.
Quelques savants joignent à thesemo le mot qui précède, et lisent fonthesemo,
Dage, jour, abl. de dag. Ce mot se trouve encore dans la langue flamande.
Les Allemands disent tag (Tag), et les Anglois day.
Frammordes, a l'avenir, en avant. Cet adverbe est composé de fram, ab, ex, pro, ad, et de fort, inde, porro, ultra. On a dû dire d'abord fram-fordes ou fram-vordes, deinde, ad porro. L'aspiration a pris ensuite la place de l'f ou du v, et a fini elle-même par disparoître; mais le son de la première syllabe se conservant, l'm s'est doublée. Ainsi, fram-fordes ou fram-vordes, transformé d'abord en fram-hordes, est devenu enfin frammordes. (N. E. vorwärts (alemán); forwards (inglés) : hacia delante; vorn, vorne (al) delante.)
Fon thesemo dage frammordes signifie donc proprement, de ce jour en avant, c.-à-d. dorénavant, à l'avenir.
So, ainsi, si, comme; en lat. sic, ut. So ... so, ainsi … comme, c.-à-d. autant ... que; en lat. sic … ut. Soso, ainsi que, comme; sicut. So ... soso, ainsi ... ainsi que, c.-à-d. ainsi … que, ainsi … comme.
Au lieu de frammordes so, Pithou, Isaac Pontanus, Schilter, et autres, lisent frammordesso; Juste Lipse et Vulcanius, frammor desso; Frickius, frammorde
so; M. Grimm, framm ordesso, etc. Toutes ces leçons sont incorrectes.
Fram, grandement. Fram est prépos. et adv. Comme adv., ce mot indique, extraction d'un lieu, mouvement en avant, augmentation, grandeur.
So fram so signifiera donc mot à mot, ainsi grandement comme, c.-à-d. autant que.
Frickius et antres lisent framso. Ce sont deux mots distincts.
Mir, à moi, dat. de ih, allem. ich. Mir est encore dans la langue allem. Les Flamands disent my.
Got, Dieu, le même que God. (Voy. ce mot, pag. 62.)
Geuuizci, science, savoir. Ce mot est dérivé de uuizzen ou uuizcen, savoir; all. wissen. Chez les Francs, on mettoit indifféremment, dans plusieurs occasions, le c ou le z; d'où geuuizzi ou geuuizci. On disoit aussi geuuissi ou giuuissi. Ex.:
Ther kundit, uuizistu thaz,
Uns in giuuissi,
Thaz Kristes gotnissi.
Denunciat, scias hoc, nobis pro certo, Christi deitatem.
Otfride, liv. V, chap. 8.
Frickius, Eckhart, Fréher, M. Gley, et autres, lisent geuuizei. Cette leçon est contraire au manusc., et ne me paroît pas très-francique. Schoepflin lit
geuuizzei. C'est geuuiz ei, selon Pithou, Isaac Pontanus, Juste Lipse, Schilter, et autres.
Indi, et. (Voy. Ind, pag. 62.)
Boecler lit indhi.
Madh, force, puissance, all. macht (Macht); flam. magt. Les Goths disoient mahts.
Eckhart lit mahd. Cette leçon, contraire au manuscrit, est parfaitement inutile.
Furgibit, donne, ou donnera (car la terminaison du présent s'employoit également pour le fut.), 3e pers. sing. de furgibin. Les Flam. disent encore voorgeeven, donner par avance, livrer. Ce mot est composé de fur ou vor (flam. voor), pour, avant, etc., et de gibin (allem. geben, flam. geeven, goth. giban), donner.
Hald, je défendrai. Hald est la 3e pers. sing. ind. prés. ou fut. de halden; allem. halten, protéger, sauver.
Schilter lit halt. (N. E. Gott hält dich; halten también es aguantar, soportar.)
Ih, je; allem. ich (voy. Mir, pag. 65), flam. ich, anglo-sax. ic, island. eg. Eckhart lit ich. (N. E. En Berlín y zona pronuncian “ik”, no “isch” ni “ij”)
Tesan, ce, pour thesan, acc. de ther ou dher, (Voyez Thesemo, pag. 64.)
Au lieu de ih tesan, Juste Lipse, Isaac Pontanus, Pithou, Schilter, et autres, lisent ihtis an. Selon Vulcanius, Frickius, et Schoepflin, c'est ih tisan.
Minan, mien, acc. de min. Les Allem. disent au nomin. mein, et à l'acc. meinen.
Juste Lipse, Isaac Pontanus, Schilter, et Frickius, lisent minam. Cette leçon est également contraire au manusc. et aux principes de la langue.
Bruodher, frère, allem. Bruder, flam. broeder ou broer, island. brodur.
Juste Lipse, Isaac Pontanus, Schilter, et autres, lisent bruher; Frickius, bruther; etc. Tout cela est inutile, et contraire au manuscrit.
Reprenons la phrase, so fram so mir Got geuuizci indi madh furgibit, so hald ih tesan minan bruodher ... Elle signifie mot à mot : ainsi grandement comme à moi Dieu intelligence et force donnera, ainsi défendrai-je ce mien frère ...; ce qui revient à : autant que Dieu m'en donnera le savoir et le pouvoir, je défendrai mon frère, que voici ...
Vient ensuite, dans le manuscrit, une lacune. La phrase incidente, et in adjudha et in cadhuna cosa, y est entièrement supprimée, ainsi que le nom propre Louis, qui devoit la précéder. C'est une inadvertance du copiste : le dernier mot de la phrase passée étant probablement ieder (jeder), chacun, il a, sans doute, porté la vue de bruodher sur ieder, et a omis ainsi une ligne entière; mais, comme la partie omise étoit incidente, la phrase principale n'en est pas moins régulière, et sans le texte roman la lacune ne paroîtroit pas.
Soso, comme. (Voy. So, pag. 65.)
Man, on. Man, qui signifie proprement homo, est ici un pron. indéfini.
Homo s'est pris dans le même sens, et a formé notre mot on. (Voy. Om, pag. 21) Man se trouve encore en allem. dans le sens de on. Les Flam. disent men. Pour homo, les Allem. disent Mann et Mensch, et les Flam. mensch et man.
(N. E. En minúscula, man macht : se hace; man weißt : se sabe, etc.)
Mit, avec, selon. Ce mot se retrouve dans la langue allemande, et les Flam. disent met. Selon les Goths, c'est mith. Toutes ces formes sont analogues de *gr.
Rehtu, droit, justice, équité, dat. de rehta, all. Recht. Schoepflin lit rehtum.
Le manusc. n'est point équivoque.
Sinan, son, sien, acc. de sin, allem. sein.
Bruher, frère, le même que bruodher, (Voy. ce mot, pag. 67). Je crois que la différence d'orthographe vient du copiste, qui aura passé deux lettres en écrivant. Cependant bruher pourroit se défendre. Je le laisse subsister.
Fréher, Eckhart, et M. Gley, lisent bruoder. C'est bruadher, suivant Frickius.
Scal, doit (il), 3e pers. singul. indic. prés. de scolan, allem. sollen, devoir.
(N. E. Del alemán sollen; scolan: en chapurriau “no cal patí” : no tens que patí, no debes sufrir en castellá; tersera persona: - ell o ella - no cal que vingue.)
Frickius lit seal.
Avant le mot scal, halden (salvar) sembleroit avoir été omis par le copiste; car il est exprimé dans le texte roman : cependant, à cause de la proximité de hald, on pourroit l'avoir sous-entendu.
Soso man, mit rehtu, sinan bruher scal signifie mot à mot : comme on doit, avec la justice, son frère (sous-entendu défendre); c.-à-d., ainsi qu'on doit, selon l'équité, défendre son frère.
Thiu, dat. neut. de ther, ce. (Voy. Thes, pag. 62.)
Thaz, que, nom. et acc. neut. de ther, qui. (Voy. Thes, pag. 62.)
In thiu thaz signifie proprement, en ce que, c.-à-d. pourvu que.
Er, lui, il, celui-ci, pron. de la 3e pers. Les Goths disoient is, et les Anglo-Saxons he.
Mig, moi, me, acc. de ih, je. Les All. disent mich, et les Flam. my. Le verbe suivant régit ce mot à l'acc.
Soma, pareillement. Ce mot pourroit bien n'être qu'une faute de copiste: on dit sama et samo. So sama ou so samo signifie, de même (mot à mot, ainsi pareillement). L'expression soso man, qui précède, a pu faire écrire ici so soma au lieu de so sama. J'ai conservé so soma, pour ne rien changer au texte.
(N. E. inglés same : mismo, igualmente, etc.)
Duo, 3e pers. singul. ind. prés. et fut. ou subj. prés. de duon, faire, traiter; allem. thun (tun; inglés do), et flam. doen.
In thiu thaz er mig so soma duo, signifie mot à mot, en ce qu'il moi ainsi traite; c.-à-d., pourvu qu'il en fasse autant à mon égard.
Pithou, Schilter, et autres, lisent inthi utha zermigsoso maduo (ils suivent les divisions du manusc.); Juste Lipse, inthi utha zermig soso madno; Isaac Pontanus, inthi utha zermigsosono maduo; Boecler, inthi utha zer mig so so maduo; Schoepflin, inthi uthaz er mig so sin madh. Tous regardent ce passage
comme corrompu. Fréher en sépare les lettres une à une, pour indiquer qu'il ne l'entend pas, et que chacun peut le lire à sa façon. Il ajoute même, dans ses notes, hîc aqua haeret; nec quidquam expedio. Et quî possim in loco manifestè corrupto? Eckhart, M. Gley, et autres, lisent inthiu, en un seul mot; et, au lieu de so soma, le premier lit sosama, et le second sosoma. Frickius lit de même, inthiu, et il traduit: in eo ubi alius negotium faciet (vel turbabit). S'entendoit-il lui-même? Je ne le crois pas. Au lieu de so soma duo, on auroit, selon M. Grimm, soso ma duo.
Luheren, dat, de Luher pour Ludher, Lothaire. (Voy. ce nom, pag. 34.)
Pithou, Vulcanius, Isaac Pontanus, Schilter, et autres, lisent Luherem; Fréher, Boecler, Eckhart, M. Gley, et alii, Lutherem; Juste Lipse, Laherem.
Au lieu de indi mit, qui est avant, Juste Lipse lit indunit, et Pontanus indimit.
Nohheiniu, nuls, acc. plur. de nohhein. Nohhein est composé de noh, allem. noch, non, et de ein, un. On disoit aussi nihcin. Avec un verbe de mouvement,
in gouverne l'accusatif.
Thing, convention, arrangement, pacte. Ding signifie encore aujourd'hui en allem., chose, affaire, cause, plaidoirie; mais autrefois ses significations étoient plus nombreuses. (Voy. Plaid, pag. 34.) Thing est censé à l'acc. plur., comme l'adj. qui précède. Lorsqu'en langue francique l'adj. et le subst. se trouvoient joints ensemble, il suffisoit de décliner l'un d'eux. En arménien, c'est encore de même.
Au lieu de in nohheiniu thing, Juste Lipse, Isaac Pontanus, et autres, lisent in nothe in mit hing; Eckhart, Fréher, et M. Gley, inno theinni thing; Boecler et Schoepflin, inno theinni ding; M. Grimm, in notheiniu thing, etc. Toutes ces leçons sont contraires au manusc. Nohheiniu y est très-lisible : au-dessous du second i, est le trait oblique qui le détermine. Dans le fac-simile de M. de Roquefort, ce trait est pris à contre-sens; la partie inférieure est la plus large, tandis que c'est la supérieure qui doit l'être.
Gegango, irai (je), 3e pers. singul. ind. prés. et fut. de gegangon, aller.
On a dit aussi gangen et gan; maintenant c'est gehen. La particule ga, ge, gi, ka, ke, ki, ou cha, che, chi, est une espèce d'adverbe, qui signifie una, simul, et qui se met devant le verbe, où souvent elle ne signifie rien. Ainsi, on dit gegangon au lieu de gangon. (N. E. gegangen es en alemán participio : ido.)
Schilter et autres lisent nege gango. Selon Fréher, c'est negegango, sans séparation. Cette manière est incorrecte : ne gegangon n'est pas d'un usage assez fréquent pour que la négation puisse faire partie du mot. Selon le fac-simile de M. de Roquefort, on auroit nege ganga. Cette faute provient de ce que la dernière lettre de gegango étant couverte d'encre et entièrement illisible, M. de Roquefort a cru devoir y suppléer un a. L'o étoit préférable.
Au surplus, la tache étoit récente; je l'ai légèrement frottée avec le bout du doigt et un peu de salive; l'o s'est alors parfaitement découvert. Il ne peut plus maintenant exister aucun doute sur ce mot.
Indi mit Luheren in nohheiniu thing ne gegango, signifie donc mot à mot : et avec Lothaire à aucuns arrangements ne viendrai, c.-à-d., et je ne viendrai avec Lothaire à aucun arrangement.
Zhe, qui, lesquels, pour the, pl. de ther. (Voy. Thes, pag. 62). Peut-être zhe n'est-il qu'une faute de copiste. Le t et le z ayant presque la même forme dans les anciens manuscrits, on a pu les prendre l'un pour l'autre. Au reste, cette supposition est inutile : le z et le t ont coutume de se remplacer mutuellement. Les divers dialectes de la Germanie fournissent de nombreux exemples de ce changement. Ainsi, le mot zhe peut être regardé comme parfaitement régulier.
Aucun commentateur ne me paroît l'avoir entendu.
La plupart le prennent dans le sens de ze ou zu, AD, et le portent sur minan uuillon. La phrase, ainsi construite, ne signifie rien, ou du moins est fort obscure.
Minan, mon, mien. C'est ici l'abl. de min. L'acc. a la même forme. (Voy. Minan, pag. 67.)
Au lieu de zhe, minan, Juste Lipse, Isaac Pontanus, Schilter, et autres, lisent, theminam. Frickius lit de même, ajoutant entre parenthèses : leg. ze minan.
Ces deux leçons, également mauvaises, sont contraires au manusc. Au lieu de minan, Schoepflin lit minam. Cette leçon est inutile.
Uuillon, vouloir (infin. pris subst.), allem. wollen, flam. willen, goth. willan.
Minan uuillon, par mon vouloir, de mon vouloir.
La prépos. est sous-entendue, comme dans le texte roman. (Voy. Vol, pag. 37.)
Frickius lit uvillon. On doit écrire ce mot avec deux u simples, selon l'usage des Francs.
Imo, à lui, à celui-ci, allem. ihm. Imo est le dat. de er. (Voy. Er, pag. 69.)
Ce, à, pour ze, allem. zu. Souvent le c et le z se mettoient indifféremment l'un pour l'autre.
Scadhen, dommage, dat. singul. de scadh ou scadho, allem. schad.
(Schaden, Schade, verbo schaden : dañar, causar mal; Schade! qué pena!)
Uuerhen, soient (ils), 3e pers. plur. subjonctif prés. de uuerhen ou uuerhon, (scand. uuoeren, island. vera).
M. Gley et autres lisent uuerdhen. Ce changement est d'autant plus inutile, que les deux verbes paroissent avoir la même origine, et ont eu jadis la même signification. (Voy. Uuirdhit, dans le serment de l'armée, pag. 80.)
Zhe, minan uuillon, imo ce scadhen uuerhen, signifie mot à mot : qui, de ma volonté, à celui-ci à dommage soient, c.-à-d., qui, de ma volonté, puissent lui être dommageables.
SERMENT DE L'ARMÉE DE LOUIS.
Oba, si, conjonction. On disoit ob, devant une voyelle. Cette dernière forme se retrouve en allemand.
Boecler lit obo,
Karl, Charles, (Pour la signification de ce mot, voyez pag. 18.)
Then, le, acc. de ther. (Voy. Thes, pag. 62.)
Eid, serment. Les Allem. se servent encore de ce mot. Les Fl. disent eed, et les Angl. oath. En goth., c'étoit aith; en anglo-s., ath, et en scand. ed ou eidur.
(N. E. Straßburger Eide : Serments d'Strasbourg : los juramentos y homenajes de Estrasburgo. O sea, este texto que estás leyendo.)
Then, que, acc. de ther, qui. (Voy. Thes, pag. 62.)
Er, il. (Voy. pág. 69.)
Sinemo, à son, dat. de sin, allem. sein. (Voy. sinan, pag. 68).
Au lieu de sinemo, on dit maintenant seinem.
Schilter, Pithou, Vulcanius, et autres, lisent sineno; c'est un barbarisme qu'on ne trouve point dans le manuscrit. On a mal lu; et le specimen de M. de Roquefort est lui-même en défaut.
Habitué à la prépos. latine sine, le copiste a divisé sinemo en deux parties, dont la seconde tient au mot suivant; il a écrit, sine mobruodher; et, par quelque frottement, le troisième jambage de l'm s'est effacé.
On ne voit donc réellement que sine n obruodher: mais il est évident que le troisième jambage a existé; car, 1° si la lettre en question étoit une n, elle seroit isolée. Or, il n'étoit pas naturel d'écrire une consonne isolément.
2° Il paroît encore un point léger à côté du second jambage de l'n, et un peu plus bas que son extrémité. Or, dans ce manusc. la troisième jambe de l'm est presque toujours plus longue que les deux autres.
3° Enfin, l'o qui suit est commencé par le bas, et il conserve encore un reste de liaison. Or, cette manière de faire l'o ne peut avoir lieu que lorsqu'une lettre finissant par le bas, précède immédiatement. Ex.:
Amore, manusc. de Nithard, f°. 13, r°, 1re col., l. 12; *Correpti, ib., etc.
Ainsi, il est évident qu'il faut lire sinemo, et non pas sineno. Quant au specimen, il est fautif, 1° en ce que la légère trace du troisième jambage de l'm n'est point marquée; 2° parce que l'o n'est pas commencé par le bas, et qu'il ne conserve aucune liaison.
Bruodher, frère. (Voy. pag. 67.)
Schilter lit broudher. Cette forme incorrecte est contraire au manusc.
Selon Boecler, ce seroit bruoder.
Ludhuuuige, Louis, dat. de Ludhuuuig. (Pour la signification de ce mot, voy. pag. 43.)
Schilter a lu Ludwige.
Ludhuuuige est très-lisible dans le manusc. Le copiste avoit d'abord commencé ce mot par une h. Il a ensuite, repris la première partie de cette lettre, et l'a recourbée pour en faire l'l. De la seconde partie il a fait le premier jambage de l'u. Quant aux deux u qui suivent, ils sont parfaitement corrects. Dans le fac- simile de M. de Roquefort, ce mot n'est pas reconnoissable.
Gesuor, a juré, 3e pers. singul. ind. parf. de sueren ou suueren, all. schweren (schwören), flam. zweeren, angl. swear. Les Goths disoient swaran.
Vulcanius a lu gezuor, et Frickius gesvuor.
Geleistit, suit, observe (il), 3e pers. sing. ind. prés. de geleisten. Ce verbe est composé de la particule ge (voy. Gegango, pag. 71), et de leisten, suivre, parfaire, exécuter. Les All. se servent encore de leisten, dans le sens de faire et parfaire.
Wachter lit gileistit.
Reprenons toute la phrase, oba Karl then eid, then etc.; elle signifie mot à mot: si Charles observe le serment qu'il a juré à son frère Louis; ce qui revient à : si Charles tient le serment qu'il vient de jurer à son frère Louis.
Ludhuuuig, Louis. Ce mot est ici au nominatif. (Voy. Ludhuuuige, ci-dessus.)
Schilter a lu Luduuig. Le manuscrit n'a rien d'équivoque.
Min, mon, mien. (Voy. Minan, pag. 67.)
Herro, seigneur, maître; anglo-s. hèarra. Les Allem. disent encore herr. Er a été employé dans le même sens. Toutes ces formes sont analogues du mot latin herus.
Au lieu du mot gesuor, qui vient après imo, Frickius lit gesvuor. Cette leçon inutile est contraire au manusc.
Forbrihchit, rompt, viole (il), 3e pers. sing. ind. prés. et fut. de forbrihchen.
Ce verbe est composé de for, particule intensitive, qui s'écrivoit aussi, fora, far, fer, fir, furi, etc. (anglo-s. fra, allem. ver), et de brihchen, brechan, ou prechan, allem. brechen, rompre, briser, scier, violer.
Fréher lit forbrichchit; Eckhart, forbrichit; Schilter forbrihchid; Frickius, for brichchid, etc. Tout cela est contraire au manuscrit.
Encore ici le fac-simile de M. de Roquefort est en défaut : le graveur a oublié de trancher l'f, ce qui d'abord m'avoit induit en erreur.
Indi Ludhuuuig, min herro, then er imo gesuor forbrihchit signifie mot à mot, et Louis, mon seigneur, viole lequel il à lui a juré; c.-à-d., et si Louis, mon seigneur, viole celui qu'il lui a juré.
Ob, si; le même que oba. (Voy. ce mot, pag. 73.)
Après ob, M. Gley lit ik, au lieu de ih. Cette forme ik (qu'on retrouve en flam.) est contraire au manuscrit.
Inan, le, lui, acc. de er. Les Allem. disent ihn. En goth. c'étoit ina et imma; en anglo-s. hine.
Dans le fac-simile de M. de Roquefort, ce mot n'est pas bien gravé : on pourroit prendre pour une m les deux premières lettres.
Es, de cela, gén. neut. de er. (Voy. ce mot, pag. 69.)
Au lieu de inan es, Pithou, Schilter, Frickius, Vulcanius, Schoepflin, et autres, lisent ina nes; Fréher, inanes (ou selon D. Bouquet, ina nes); Boecler, nianes. Enfin, Isaac Pontanus lit de même ina, et porte nes sur le mot suivant.
Iruuenden, détourner. Ce verbe est composé de la prépos. er, EX, qu'on écrivoit aussi ar, ir, or, ur, etc., et de uuenden, tourner, détourner; goth. wandjan, anglo-sax. wendan, et all. wenden. Au lieu de iruuenden,
on se sert aujourd'hui de abwenden.
Eckhart et Fréher lisent arwenden, (M. Gley, aruuenden). Schilter, Pithou, Vulcanius, Frickius, Schoepflin, et alii, joignent ce mot à la négation suivante : les trois premiers lisent aruuendenne; c'est arwendenne suivant les autres. Enfin Isaac Pontanus a lu nesarwendenne, y accumulant trois lettres des deux mots qui précèdent.
On voit que la plupart des savants lisent aruuenden ou aruuendenne. Un point léger, ou plutôt une espèce de tache placée devant iruuenden, sembleroit indiquer, en effet, que ce qui nous paroît un i, faisoit partie d'un a dont la première moitié seroit effacée : mais ce n'est qu'une apparence illusoire; car, 1° iruuenden se trouve répété deux lignes plus bas, avec la même signification. Aruuenden et iruuenden ont le même sens, il est vrai; mais la différence des deux formes seroit sans motif. 2° Dans les deux phrases du texte roman, le seul verbe returnar est employé sans aucune modification.
3° Enfin, la lettre qui paroît équivoque est très-certainement un i. Le second trait d'un a seroit plus oblique, et moins court, surtout par le haut. A la vérité les i du commencement des mots ont ordinairement, dans ce manusc., la tête
droite et forte; mais il y a des exceptions. (Voy. In, f° 10, r°, 1re col., l. 18, etc.) D'ailleurs le copiste, n'entendant rien à cette partie du texte, devoit toujours être indécis, soit pour séparer les mots, soit pour les écrire.
Mag, puis ou pourrai (je), 1re pers. sing. ind. prés. et fut. de magan, all. mögen, pouvoir. Le subst. Macht, pouvoir, puissance, est dérivé de ce verbe.
Isaac Pontanus lit mah. Cette mauvaise leçon est contraire au manusc.
Selon Fréher, on liroit nemag, au lieu de ne mag. On peut employer, je crois, indifféremment l'un ou l'autre.
Ob ih inan es iruuenden ne mag signifie mot à mot : si je lui de cela détourner ne puis, c.-à-d., si je ne le puis détourner de cela (de cette violation).
Quant au gén. es, je dois faire remarquer ici que les Francs employoient le gén. au lieu de l'abl. avec fon. Ex.:
Her skancta ce hanton
Sinan fianton
Bitteres lides;
So uuehin hio thes libes.
C.-à-d.
Il versoit à ses ennemis de la coupe d'amertume, et ceux-ci quittoient la vie.
Ode en l'honneur de Louis III, v. 105.
Frickius a traduit oi ih inan es iruuenden ne mag, par quùm ego avertere illum (ab aliena mente) non potero. C'est une erreur qui provient de l'incertitude de sa fausse leçon.
Noh, ni, allem. noch. Les Goths disoient nih, et les Anglo-s. ne. (Voy. Nohheiniu, pag. 70.)
Thero, le, celui, le même que ther (1), (Voy. Thes, pag. 62, etc.)
(1) Thero n'est point ici le gén. plur. du pron. démonstratif, comme le croient quelques savants. Le texte roman s'y oppose.
Nohhein, nul, aucun, (Voy. Nohheiniu, pag. 70.)
Eckhart, M. Gley, et autres, suppriment ce mot, je ne sais pour quel motif.
Ils suivent en cela l'opinion de Frickius; mais il s'étoit contenté d'indiquer en note cette leçon. Pithou, Isaac Pontanus, Schilter, Vulcanius, et alii, lisent noh hein. Noh thero nohhein signifie proprement, ni le nul, ni l'aucun, c.-à-d.,
ni aucun. Nohhein est ici avec le sens de aliquis, comme neuls, dans le texte roman.
Then, que. (Voy. pag. 73.)
Au lieu de then ih es, Pithou, Schilter, Schoepflin, Vulcanius, et autres, lisent thenihes. Tels sont aussi ces mots dans le texte de Frickius; mais il pense qu'on doit lire theinhes; sans doute il veut dire thein hes. Eckhart et M. Gley ont adopté cette dernière forme. Suivant Isaac Pontanus, ce seroit then ihes.
Ces mots sont mal gravés dans le specimen de M. de Roquefort; l'n et l'i paroissent faire ensemble une m. Dans le manuscrit, ces deux lettres sont distinctes.
Frickius écrit le mot suivant, iruvenden, au lieu de iruuenden, et il fait de même par-tout où deux u se trouvent réunis. Selon Fréher, ce seroit irrwenden.
Uuidhar, contre; goth. withra, anglo-s. wither. Les All. disent encore wider, et les Flam. weder.
Vulcanius lit wider. Dans le specimen de M. de Roquefort les deux u sont mal formés.
Karle, dat. de Karl. (Voy. ce mot, pag. 73.)
Follusti, secours, subst. neut. dérivé de follusten ou folleisten, secourir; anglo-s. fylstan. Folleisten est lui-même composé de la particule intensitive foll, allem. voll, benè, plenè, perfectè, et de leisten, perficere, praestare.
Il signifie proprement, benè praestare, c.-à-d., praestare officium.
Au lieu de follusti ne, Pithou, Isaac Pontanus, Schilter, Vulcanius, Schoepflin, et autres, lisent follus tine. Selon M. Grimm, c'est follustine, d'un seul mot.
Cette dernière leçon pourroit se défendre; mais elle est moins conforme au texte roman, et ne présente pas une construction nette. Pour suivre l'ordre des
mots du serment de Charles, Fréher fait ici une assez longue transposition; il lit : imo ce follusti widhar Karle ne wirdhit. Boecler, Eckhart, M. Gley, et autres, ont adopté cette leçon. Rien cependant de plus absurde. Comment, en effet, dans deux langues différentes, dont le génie et les habitudes sont souvent opposés, les mots pourroient-ils toujours se répondre, non seulement pour le sens, mais encore par leur position? Ne suffit-il pas que la valeur des phrases soit la même?
Uuirdhit, sera, deviendra, 3e pers. singul. indic. prés. et fut. (il est presque toujours pris dans ce dernier sens) de uuirdhen, devenir, être; (d'où l'all. werden).
Uuirdhen, ou werden, paroît avoir donné naissance au verbe scandinave waeren, être. Uuirdhit est une des expressions qui reviennent le plus souvent dans la langue teutonique; et, comme je viens de le faire observer, on l'emploie presque toujours dans le sens du futur. Ex.:
Ther giloubit inti gitoufit uuirdit, ther uuirdit heil;
c.'à-d., Celui qui croira et qui sera baptisé, sera sauvé.
Harm. evangel., chap. 242.
Dans le specimen du savant M. de Roquefort, le t de uuirdhit est mal gravé.
Je reprends maintenant la phrase entière, noh ih, noh thero nohhein, then etc. Elle signifie, mot à mot; ni moi, ni le aucun que je de cela détourner pourrai, contre Charles, à celui-ci à secours ne deviendra, c.-à-d., ni moi ni aucun que je puisse détourner de cette violation, nous ne l'aiderons en rien contre Charles.
On remarquera, en passant, que uuirdhit est à la troisième personne, tandis que iver, dans le texte roman, est à la première. L'un se rapporte au second
nominatif, et l'autre au premier. En roman, la phrase incidente commence à ne neuls; dans le thiois, elle ne commence qu'à then ih es.
Cette phrase paroît avoir embarrassé Fréher; à côté de noh thero, etc., il ajoute en note : neque haec satis liquent. Le célèbre Eckhart traduit : nec hoc ego aut aliquis nostrûm id impedire poterit, tunc nullum ei auxilium, etc.
Cette phrase est obscure. Selon Frickius, on diroit : tunc neque ego neque quivis alius tenebor alienari ut sequar aut adjuvem (dominum meum) contra Carolum (aut Ludovicum). Ensuite il ajoute : ita collatis inter sese textibus teutonio et gallicano semi-latino, vertendas formulas puto.
Pour moi, je ne le crois pas. Cette traduction n'est qu'une paraphrase à contre-sens.
Quant à M. Gley, voici comment il s'exprime, à partir de ob ih inan : si je le empêcher ne peux, ni de ceux-ci aucun le arrêter peut, à lui pour secours
contre Charles ne serai. C'est ici qu'on auroit besoin d'un OEdipe plus fin que Thysius.
J'ai promis de donner, comme objet de curiosité, un texte bizarre des deux serments franciques. J'ai de quoi payer ma dette; je n'éprouve que l'embarras du choix. D. Bouquet, Borel, Fauchet, et autres, se présentent sous d'heureux auspices. Je les ai collationnés avec soin : chacun d'eux a ses titres; mais je crois que Fauchet doit avoir la palme. Voici les deux morceaux de sa façon:
Serment de Charles.
In godes nunna induites Christianes folches : indonser hedherogeal nissi fethese moialage fran mordesso franzo mirgot gouuizei indinais furgibit scalddihites auminan brudher soso maumit retha fina bruher seal nithi utha Zerquusoso madero retimat inherer muorhein vit surgueguo gango Zheminan ouillon uni ces eadem vechen.
Serment de l'armée de Louis.
Oba Carlthen er siue nobmodher Ludhunnige gesnor gelcistit nid Ludhunning nus herro theuem mo gesnor farbrrich ehit Dei ina nes renuen denne mag non hi noh theronoch heinthe nihes tru vander mag nuidach Carla, nuore follus tuec. nuicdhir.
Voilà qui est à merveille pour monstrer (comme le dit Fauchet, dont le texte roman ne vaut pas beaucoup mieux) les langues qui estoient lors communes és cours de nos princes, à fin que par cet eschantillon chacun puisse cognoistre la corruption qui depuis s'en est faicte.
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Parmi les notes qui forment ce Mémoire, s'il en est de minutieuses, c'étoit inévitable : j'ai dû, autant qu'il m'étoit possible, ne rien laisser à désirer, sur-tout pour le texte roman. Il s'agissoit de lire avec exactitude le plus ancien monument de la langue françoise, d'en donner une juste explication, d'en reconnoître les mots, de distinguer leurs formes, de déterminer leurs rapports
grammaticaux, et enfin de prévenir contre les erreurs nombreuses dans lesquelles on avoit coutume de tomber. De ce travail résultent, non seulement l'explication d'un monument précieux sous tous les rapports, mais encore des observations générales, qui pourront servir de guide pour la lecture de notre vieux langage. Entre autres choses, on a dû remarquer,
1° Qu'au IXe siècle le genre neutre n'avoit pas entièrement disparu;
2° Qu'à cette même époque, et long-temps après, il existoit encore deux cas; l'un pour le sujet, l'autre pour le régime, direct ou indirect; et que les pronoms personnels en avoient un troisième, pour l'attribution (1);
3° Que la forme de sujet de tout mot tiré du latin provenoit du nominatif, et celle de régime, des cas obliques en général, mais particulièrement de l'accusatif, sauf le cas d'attribution des pronoms personnels, et quelques autres exceptions;
4° Enfin, que les mots françois dont nous nous servons aujourd'hui viennent, la plupart, du cas de régime, celui de sujet ayant presque entièrement disparu.
Dans un Mémoire particulier, j'entrerai dans de plus longs détails sur cette matière. C'est un champ vaste et inculte qui, avec quelques soins, produiroit une ample moisson.
(1) Comment ne s'est-on pas aperçu de l'existence des cas de la langue romane? Soigneusement observés jusqu'à la fin du XIIe siècle, ce n'est que dans le XIIIe qu'ils ont commencé à se perdre. Dans les bons manuscrits, tels que ceux de S. Bernard (de la Bibliothèque du Roi, et du cabinet de M. de Roquefort), on les trouve parfaitement distincts.
FIN.
(N. E. Página 84. Hay páginas mal escaneadas, “DES DIVERSES *” y 2 erratas que he corregido en el texto.)