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lunes, 9 de octubre de 2023

Pierre, Peire; d' Alvernha, Alverne, Auvergne (1130 - 1190)

Pierre, Peire; d' Alvernha, Alverne, Auvergne

Pierre, Peire; d' Alvernha, Alverne, Auvergne

 

En estiu quan crida 'l jais,

E reviu per mieg los plais

Jovens ab la flor que nais,

Adoncs es ben dregz qu' om lais

Fals' amor enguanairitz

Ab volpilhos acropitz.


Li sordeior e 'ls savais

An lo mielhs e 'l meinhs del fais,

Pauc so prezon qui s n' irais;

Amarai, pus non puesc mais,

Que de tal amor sui guitz

Don sai que serai trahitz.


Pres ai estat en caslar,

Ab so que no y aus estar

Empero non puesc mudar;

De mos enemicx no 'l guar,

Qu' en auta roca es bastitz,

E ja non er assalhitz.


Si 'l portiers me vol jurar

Qu' autrui no i laisses intrar,

Segurs pogra guerreyar;

Mas al sagrament passar

Tem que serai escarnitz,

Que mil vetz en sui falhitz.


Lai sui plevitz e juratz

Qu' ieu non am vas autre latz,

Mas d' aisso es grans pechatz,

Qu' ieu am e no sui amatz;

Totz temps ai fag plaitz e ditz,

Per qu' ieu sui gent acuillitz.


Adoncx dey querre solatz

De que sia mais prezatz,

Quar en tal hora fui natz

Qu' anc non puec amar en patz;

E platz me quar sui issitz

De la terra on fui noiritz.


Amia m lais dieus trobar

On ja no m puesca fizar,

Et, on plus la 'n tenrai car,

Que pens de mi enguanar.

Adoncx mi tenc per guaritz,

Quan mi ment tot quan me ditz.


Assatz a que cavalguar

Qui autra la vol sercar,

Qu' en tan col cels clau la mar,

Non pot hom gaire trobar

Que non sion camjairitz

O ves drutz o ves maritz.

Totz temps deu esser marritz 

Qui d' aital amor es guitz.

//

https://fr.wikipedia.org/wiki/Peire_d%27Alvernha

Peire d’Alvernha est un troubadour (né vers 1130 et décédé vers 1190, actif de 1149 à 1170) dont 21 ou 24 œuvres en occitan nous sont parvenues. Originaire d'Auvergne, il a parcouru toutes les grandes cours des territoires occitans et espagnols.

Son style, le trobar clus, est souvent ésotérique et complexe.

Il est le premier troubadour mentionné par son nom dans la Divine comédie de Dante.

D’après sa vida, Peire était le fils d’un bourgeois du diocèse de Clermont. Comme attesté également dans sa vida, sa popularité fut grande durant sa vie et même après. On le disait bel homme, charmant, sage et instruit, et voyagea en Espagne. Durant son séjour en Espagne il fut présent à la cour d’Alphonse VII de León et Castille et de son fils Sanche III de Castille en 1157–1158. L’auteur de sa vida considère ses poèmes comme étant les meilleurs jusqu’à Giraut de Bornelh et ses mélodies comme étant les meilleures de tous les temps. Le biographe anonyme note que ses informations sur les dernières années de Peire lui viennent de Robert Dauphin. Il a été suggéré que celui-ci soit l’auteur de sa vida.

D’après l’autre troubadour Bernart Marti, Peire était entré jeune dans la vie religieuse, mais avait quitté les Ordres pour une vie de ménestrel itinérant. Il se peut qu’il soit la même personne que le Petrus d'Alvengue et le Petrus de Alvernia qui apparaissent dans les documents retrouvés à Montpellier datés de 1148. Il semblerait que Peire a eu les faveurs de la famille régnante de la couronne d'Aragon, et ses poèmes contiennent des allusions aux comtes de Barcelone et de Provence. Il a peut-être suivi la mode des seigneurs de Montpellier de l’époque qui, en tant que vassaux du Comte de Toulouse, étaient en faveur de l’Aragon. Au même moment, Peire gagna le support de Raymond V de Toulouse. Durant ses errances, il se peut qu’il ait passé du temps à Courtezon, à la cour de Raimbaut d'Orange, noble et troubadour.

Peire vécut jusqu’à un âge avancé (60), et fit pénitence avant sa mort.

Œuvres:

Elles ont été composées entre 1149 et 1170 en ancien occitan.

Peire écrivit principalement des cansos qui, ainsi qu’il est indiqué dans sa vida, étaient appelées vers à cette époque. Il inventa également la
«chanson pieuse» et écrivit 6 poèmes de ce type parlant des thèmes sérieux de la religion, de la piété, et de la spiritualité. Même dans ses œuvres plus profanes, on peut détecter l’influence moralisatrice de Marcabru, avec qui il a pu être en relation dans ses dernières années. Une des dernières chansons de Marcabru est une satire d’une des premières de Peire d’Alvernhe. La complexité de Marcabru fut également transmise à Peire.

L'œuvre de loin la plus célèbre de Peire d’Alvernhe est Chantarai d'aquest trobadors, un sirventès écrit à Puivert (Puoich-vert) dans lequel il ridiculise 12 troubadours contemporains et fait son propre éloge. Il a été conjecturé que cette pièce fut d’abord représentée en présence des 12 poètes ridiculisés, à la fin de l’été 1170 tandis qu’une ambassade menant Aliénor d'Angleterre, la fille d’Henri II d'Angleterre, à son promis espagnol Alphonse VIII de Castille, séjournait à Puivert. Le Moine de Montaudon (Pierre de Vic) composa plus tard une parodie da la satire de Peire, Pos Peire d'Alvernhl a chantat.

Chantarai d'aquest trobadors est considéré presque universellement aujourd’hui comme une pièce parodique et pas comme une critique littéraire ou artistique sérieuse. L’obscurité de la plupart des poètes ridiculisés et l’attaque de caractéristiques personnelles comme l’apparence et les manières a accrédité l’idée que la parodie ait été faite en présence des 12 victimes, accréditant d’autant plus le fait que ça ait été une parodie amiable. Au-delà des critiques sur la personne, beaucoup de critiques lancées par Peire portant sur les œuvres, notamment celles de Bernard de Ventadour et Raimbaut d'Orange.

La vida de Peire le dépeint comme un chanteur accompli et le meilleur compositeur d’alors de mélodies pour vers. Le fameux Chantarai d'aquest trobadors contient une tornada finale indiquant sa nature musicale, bien que sa propre mélodie n’ait pas survécu.

Seules 2 mélodies de Peire nous sont parvenues : l’une pour Chantarai d'aquest trobadors, une canso, et l’autre pour sa tenson. Les notations modernes de chacune sont fournies par Aubrey, La musique des troubadours.

Globalement, la musique de Peire est davantage mélismatique que la musique typique des troubadours, et elle mime le style trobar clus de ses paroles.


domingo, 2 de junio de 2024

Membre, Menbre, Nembre - Sotzamenar


Membre, Menbre, Nembre, s. m., lat. membrum, membre.

Non ai membre no m fremisca ni ongla.

A. Daniel: Lo ferm voler. 

Je n'ai membre qui ne me frémisse ni ongle. 

Los nembres e la testa pesseron al enfan. V. de S. Honorat.

Les membres et la tête ils brisèrent à l'enfant.

Fig. Totz em membres d' un cors dont Jhesu Crist es caps.

V. et Vert., fol. 57. 

Tous nous sommes membres d'un corps dont Jésus-Christ est tête.

Non podem esser menbre de nostre Redemptor, si no nos tenem ab nostre proesme. Trad. de Bède, fol. 64. 

Nous ne pouvons être membres de notre Rédempteur, si nous ne nous tenons avec notre prochain.

- Verge, membre viril.

Las trenas son lascas, et lo membres s' esten e esdeve grans.

Liv. de Sydrac, fol. 103.

Les ligaments sont lâches, et le membre s'étend et devient grand.

- Terme de grammaire.

Partimens es questios que ha dos membres contraris.

Leys d'amors, fol. 40. 

Le jeu-parti est une question qui a deux membres contraires.

- Sorte de ponctuation.

Membres non es autra causa sino una maniera de ponch apelat colum.

Leys d'amors, fol. 14.

Le membre n'est autre chose sinon une manière de point appelé colum.

CAT. Membre. ESP. PORT. Miembro. IT. Membro.

(chap. Membre, membres; miembro, miembros, miembra, miembres.)

2. Membrut, adj., membru.

Oncas luns hom no vic cavayer si membrut. Roman de Fierabras, v. 981.

Oncques nul homme ne vit chevalier si membru.

ANC. FR. Au surplus un asne bien fait,

Bien membru, bien gras, bien refait. 

Satyre Ménippée, p. 216. 

CAT. Membrud. ESP. PORT. Membrudo. IT. Membruto. 

(chap. Membrut, membruts, membruda, membrudes.)

3. Dismembramen, s. m., démembrement, séparation, distinction.

Dis l' angel: “Aquels que son mes en aquest potz, non aura dismembramen d' elhs.” Revelatio de las penas d'yfern.

L'ange dit: “Ceux qui sont mis dans ce puits, il n'y aura pas de distinction d'eux.” 

CAT. Desmembrament. ESP. Desmembramiento. IT. Smembramento.

(chap. Desmembramén, desmembramens.)

4. Desmembrar, v., démembrer, écarteler, mettre en pièces.

Elh lo fe desmembrar, et, ab los manganels, elh lo fe gitar dins la ciutat.

Philomena. 

Il le fit écarteler, et, avec les mangoneaux, il le fit jeter dans la cité.

(chap. Ell lo va fé desmembrá, y, en los manganells, ell lo va fé (gitá) tirá a dins de la siudat.)

Part. pas. Silh que jutgo los malvatz homes de lor faitz leyalmen, jaci' aisso qu' ilh sion desfah o desmembrah, ilh non pecco. 

Liv. de Sydrac, fol. 133. 

Ceux qui jugent loyalement les méchants hommes touchant leurs actions, bien qu'ils soient détruits ou écartelés, ils ne pèchent pas.

Car mays amaria esser ades totz desmembratz.

Roman de Fierabras, v. 664. 

Car j'aimerais davantage être incontinent tout mis en pièces.

ANC. FR. Trente escuyers qui... desmembrent des oyes, oysons, chapons, etc. Hist. macar., t. 1, p. 24.

CAT. ESP. PORT. Desmembrar. IT. Dismembrare. 

(chap. Desmembrá: desmembro, desmembres, desmembre, desmembrem o desmembram, desmembréu o desmembráu, desmembren; desmembrat, desmembrats, desmembrada, desmembrades.)

Menar, v., lat. minare, mener, conduire, emmener. 

En paradis vos deurian menar, 

Si, per merce, nuls hom hi deu intrar. 

Rambaud de Vaqueiras: Honrat marques.

En paradis vous devraient mener, si, par merci, nul homme y doit entrer.

Si ja podetz d'esta terra 

En Bascol traire ni menar, 

Veus mos cors per justiziar.

R. Vidal de Bezaudun: Unas novas. 

Si jamais vous pouvez de cette terre le seigneur Bascol tirer et emmener, voici ma personne pour justicier. 

Fig. Vauc lai o 'l cors mi mena.

Bertrand de Born: Cazutz sui.

Je vais là où le coeur me mène. 

Loc. fig. Proeza, cossi us vei rota

E menar de tort en travers.

Pierre d'Auvergne: Bel m'es.

Prouesse, comme je vous vois brisée et mener de tort en travers.

Mot ben enseynat 

De menar sancta vida.

V. de S. Honorat.

Moult bien enseignés à mener sainte vie.

Ce verbe était en outre employé dans un grand nombre d'autres locutions, dans lesquelles il recevait des acceptions différentes; voici les principales:

Li mena gran festa. V. de S. Honorat. 

Lui fait grande fête.

Lai venc lo rei sa felnia menar. Poëme sur Boèce. 

Là vint le roi sa félonie montrer. 

Menarai si las mans e 'ls bratz 

Tro paus tot mon afar en patz.

Le Dauphin d'Auvergne: Del mieg.

Je ferai tant des mains et des bras jusqu'à ce que je pose mon affaire en paix.

Quan non poirai menar la lengua.

Folquet de Marseille: Senher Dieus. 

Quand je ne pourrai remuer la langue. 

Menan a fuec e a barrey. V. de S. Honorat. 

Mettent à feu et à dévastation. 

Mena tos secretz ab sabis homes. Trad. de Bède, fol. 75. 

Confie tes secrets à sages hommes. 

Tot o mena a plom et a livell et a drecha linha. V. et Vert., fol. 59.

Tout cela il mène à plomb et à niveau et à droite ligne.

Las autras gens meno gran solatz entorn lo taulier.

Las autras gens que menon la gran festa an ganre d' esturmens.

Liv. de Sydrac, fol. 31. 

Les autres gens mènent grande joie autour du tablier.

Les autres gens qui mènent la grande fête avec beaucoup d'instruments.

Menan gran baudor per tota la ciutat. V. de S. Honorat. 

Mènent grande allégresse par toute la cité.

Dol menan,

Venc Galvans am sos companos. Roman de Jaufre, fol. 4. 

En menant affliction, Gauvain vint avec ses compagnons.

Bauzadors e bauzatz 

Valor menon derreira.

B. Sicart de Marjevols: Ab greu. 

Trompeurs et trompés mènent mérite derrière. 

Loc. fig. Menet tan lo barutel,

Que senti si grossa d'enfant.

V. de S. Honorat. 

Elle mena tant le blutoir qu'elle se sentit grosse d'enfant.

Tot ginhozamens

Menar mon adversari a descofizemens. 

Pierre de Corbiac: El nom de.

Tout ingénieusement mener mon adversaire à déconfiture.

Part. pas. Aissilh de Lombardia

Mai volon esser be menat 

Per rey, que per comte forsat. 

Bertrand de Born: Ieu chan qu' el reys.

Ceux de Lombardie plus veulent être bien menés par roi, que par comte contraints. 

Loc. Can l' enten l' almiran, gran joya n'a menada. 

Roman de Fierabras, v. 2755. 

Quand l'émir l'entend, grande joie il en a montrée. 

Es ben menatz estra ley 

Qui ten car so que l' avilis.

Arnaud de Marueil: Cui que. 

Est bien mené hors la loi celui qui tient cher ce qui l'avilit.

ANC. FR. Ceulx où le mayre l'aura menet pour eulx adjourner. 

Charte de Valenciennes, de 1114, p. 398.

Les compainnun de lui seront menet à tei; il serunt menet en leesce.

Anc. trad. du Psaut., Ms. n° 1, ps. 44.

Fors de mener jolivetés. Roman de la Rose, v. 8481.

ANC. ESP.

Otros que menaban simios è xafarrones.

Poema de Alexandro, cop. 1798.

CAT. Menar. ESP. MOD. PORT. Menear. IT. Menare.

(chap. Menejá: menejo, meneges, menege, menegem o menejam, menegéu o menejáu, menegen; menejat, menejats, menejada, menejades.)

2. Mena, s. f., manière, façon.

Un vers farai de tal mena,

On vuelh que mos sens paresca.

Rambaud d'Orange: Un vers. 

Je ferai un vers de telle manière, où je veux que mon sens paraisse.

Tan vos sai lauzengier

E fait d' amorosa mena,

Qu' ieu cug que de cavalier

Siatz devengutz camjaire.

T. de la Comtesse de Die et de Rambaud d'Orange: Amicx. 

Tant je vous sais flatteur et fait d' amoureuse façon, que je crois que de chevalier vous soyez devenu changeur.

CAT. IT. Mena. (chap. Manera, maneres. ESP. Manera, maneras.)

3. Menaire, Menayre, Menador, s. m., meneur, conducteur.

Tertullien a employé le mot latin minator en ce sens.

Ieu, hom mounier, ho menaire, o farinier.

Cartulaire de Montpellier, fol. 140. 

Moi, homme meunier, ou meneur, ou farinier. 

Lai intret la reina ab sa seror, 

E remairo defors siei menador.

Roman de Gerard de Rossillon, fol. 90. 

Là entra la reine avec sa soeur, et restèrent dehors ses conducteurs.

Fig. Car el era menayres de la paraula. 

Trad. des Actes des apôtres, ch. 14.

Car il était conducteur de la parole. 

ANC. FR. Tant ont alé, que lor meneres 

Les a mis en la court au roi.

Roman du Renart, t. IV, p. 46.

ESP. Menador. IT. Menatore. (chap. Conductó, portadó, menejadó.)

4. Amenar, v., amener, guider, conduire.

Vengro siei cassador de cassar, et amenero CCC bestias salvayas.

Philomena.

Vinrent ses chasseurs de chasser, et amenèrent trois cents bêtes sauvages.

Karles a sos baros en la ost amenatz. Roman de Fierabras, v. 44. 

Charles a amené ses barons à l'armée. 

Fig. Diables s' esforsa coment tire als efernals tormens toz aquels que pot eschalfar ni amenar als vices. Trad. de Bède, fol. 82. 

Le diable s'efforce comment il tire aux infernaux tourments tous ceux qu'il peut échauffer et amener aux vices.

Per joi de la verdura,

Qu' el bel temps clars nos amena.

Lamberti de Bonanel: Pois vei.

Par joie de la verdure, que le beau temps clair nous amène.

Foudatz vos amena,

Quar aissi vos partetz d'amor. 

T. de P. d'Auvergne et de B. de Ventadour: Amicx. 

Folie vous guide, puisque ainsi vous vous séparez d'amour. 

Prov. Cossirers amena vellieza davan tems. Trad. de Bède, fol. 60.

Souci amène vieillesse avant le temps. 

Part. pas. Amenatz et conduigs ad aiso. 

Tit. de 1263. DOAT, t. CVI, fol. 209.

Amenés et conduits à ceci.

ANC. CAT. Amenar. ANC. IT. Amenare. (chap. Portá, conduí, menejá.)

5. Amenament, s. m., maison de louage, logement.

Estet, per tot l'espazi de dos ans, en son amenament.

Trad. des Actes des apôtres, ch. 28. 

Il demeura, par tout l'espace de deux ans, dans son logement.

6. Demenar, v., mener, conduire, guider, diriger, amener.

Qui vol corteza vida 

Demenar ni grazida.

Arnaud de Marueil: Razos es.

Qui veut mener courtoise vie et agréable. 

Qui per compas

No sap lo segle demenar.

Pierre d'Auvergne: Bel m'es. 

Qui par compas ne sait le siècle diriger.

- Exprimer, faire éclater.

Lo rossignolet...

Auiatz lo joi que demena;

Tota nuoit chanta sotz la flor. 

T. de P. d'Auvergne et de B. de Ventadour: Amicx. 

Le rossignolet..., oyez la joie qu'il fait éclater; toute la nuit il chante sous la fleur.

- Agiter, secouer, tourmenter.

Sos drapels 

Demena.

Guillaume de Tudela. 

Agite ses drapeaux.

Fig. Si deves morir del mal que ti demena. V. de S. Honorat. 

Si tu dois mourir du mal qui te tourmente.

- Manifester, produire.

Aquesta misericordia demenam principalament en tres maneiras.

Trad. de Bède, fol. 17. 

Cette miséricorde nous manifestons principalement en trois manières.

ANC. FR. Quant pot parler, grand dol demeine. 

Marie de France, t. 1, p. 268. 

Entre temps que le noble duc de Bourgongne demenoit sa guerre.

Monstrelet, t. III, fol. 54.

Li mien rein cangiet sunt, e jo à nient démenet sui.

Anc. trad. du Psaut. de Corbie, ps. 72.

Quand je deusse bonne chière 

Demener en compaignie, 

Je n'en fais que la manière.

Charles d'Orléans, p. 137.

Et pensez que tous les propos ne furent point demenés sans aprêter à rire à ceux qui estoient présents.

Contes de Bonav. Desperriers, nouvelle XC. 

IT. Dimenar.

7. Demenament, s. m., direction, tendance.

Vist e regardat lo demenament de la causa, de letras et de cartas.

Tit. de 1261. DOAT, t. LXXIX, fol. 26. 

Vu et examiné la direction de la cause, par lettres et par chartes.

8. Malmenar, v., malmener, maltraiter, tourmenter, conduire mal. Agrevion e malmenon, e fan rezemer la paura gen. V. et Vert., fol. 17.

Accablent et malmènent, et font rédimer la pauvre gent.

Fig. Amicx, s' acsetz un cartier

De la dolor que m malmena. 

T. de la Comtesse de Die et de R. d'Orange: Amicx. 

Ami, si vous eussiez un quartier de la douleur qui me tourmente.

Sap be mi dons et Amors

Qu'ieu de re 

Vas leis no m malme.

Folquet de Marseille: Ab pauc. 

Sait bien ma dame et Amour que moi en rien envers elle ne me conduis mal.

- Injurier, insulter.

Pus qu' a Dieu son vot non tenes,

Et qu' en tos fatz lo malmenes.

P. Cardinal: Jhesum Crist. 

Puisque à Dieu son voeu tu ne tiens pas, et qu'en tes actions tu le malmènes.

Part. pas. Batutz, feritz e malmenatz. V. de S. Honorat. 

Battu, frappé et maltraité.

ANC. ESP.

Que li diesse conseio ca era malmenado. V. de S. Millán, cop. 169.

ANC. CAT. Malmenar. IT. Malmenare. (chap. Malportá, portá mal, mal conduí, etc.)

9. Remenar, v., ramener, introduire, repasser, remonter, rebrousser. Humors que no s podo remenar dins les termes.

Ab aquesta fan cessar tempestas et remenar fluvis.

Eluc. de las propr., fol. 80 et 185.

Humeurs qui ne peuvent se ramener dans les bornes.

Avec celle-ci font cesser les tempêtes et rebrousser les fleuves.

Part. pas. Aiatz un fil dins remenat 

De trama, e d'aital mezura 

Qu'en puesca far al col sentura. 

Deudes de Prades, Auz. cass. 

Ayez un fil de trame introduit dedans, et de telle mesure qu'il en puisse faire au cou ceinture.

Es remenada e purgada enans que sia messa el granier.

V. et Vert., fol. 66.

Est repassée et nettoyée avant qu'elle soit mise au grenier.

CAT. Remenar. IT. Rimenare. (chap. Remená : remoure : regirá; remeno, remenes, remene, remenem o remenam, remenéu o remenáu, remenen; remenat, remenats, remenada, remenades.)

10. Arremenar, Aremenar, v., diriger, conduire.

Arremenet ab si LXX M. cavayers. Philomena.

Conduisit avec soi soixante-dix mille cavaliers.

- Retenir, ne pas oublier.

Volhas me doncs be escotar,

Entendre et aremenar

So que us diray d' aquest santor.

V. de S. Alexis. 

Veuillez donc bien m' écouter, comprendre et retenir ce que je vous dirai de ce saint.

- Arrêter. 

Part. pas. Entro sus a Martiple no s son aremenatz.

Roman de Fierabras, v. 2246. 

Jusque sus à Martiple ils ne se sont pas arrêtés.

11. Sotzamenar, v., introduire en fraude, amener en dessous.

Part. pas. Los sotzamenatz fraires.

Trad. de l'Épître de S. Paul aux Galates.

Les frères introduits en fraude (intrus).

domingo, 21 de junio de 2026

Sorger, Sorzer, Sorjir, Sorzir, Sorzedor, Surrexio

Sorger, Sorzer, Sorjir, Sorzir, v., lat. surgere, sourdre, surgir, jaillir, naître.
Fontanas que sorzo aiga negra. Liv. de Sydrac, fol. 55.
(chap. Fons que surgen aigua negra.)
Fontaines qui sourdent eau noire.

Sorger, Sorzer, Sorjir, Sorzir, v., lat. surgere, sourdre, surgir, jaillir, naître.

Fig. L' us a dol del dan qu' al autre sors.

T. de Lantelm et de Raimond: Ramont una.

L'un a peine du dommage qui à l'autre surgit.

Fons on sorzon totas beutatz.

Blacasset: Be m plai.

Fontaine où naissent toutes beautés.

- Élever, exalter, relever, monter.

Pot nos sorzer veramen

Sel que peri 'l rei Farao.

Pierre d'Auvergne: Lo Senher.

Peut nous élever vraiment celui qui détruisit le roi Pharaon.

Que m degran be sorzir de tot dampnatge.

Arnaud de Marueil: Ancmais.

Vu qu'ils me devraient bien relever de tout dommage.

Per so que sorjam a l' esperansa del divi perdo. Trad. de Bède, fol. 58.

Pour cela que nous nous élevions à l'espoir du divin pardon.

Om no s salva ni no s sors

Del peccat que fai quan men,

Estiers mas en ver dizen.

Gaubert, Moine de Puicibot: Be s cuget.

L'homme ne se sauve ni ne se relève du péché qu'il fait quand il ment, autrement qu'en disant vrai.

El vi la domna negar,

Una vetz sorzer, autra intrar.

Roman de Jaufre, fol. 96.

Il vit la dame se noyer, une fois monter, l'autre s'enfoncer.

Part. pas. Lo marques vey honrat e sors.

Rambaud de Vaqueiras: No m' agrad' iverns.

Le marquis je vois honoré et exalté.

Lo sors Enrics dis paraula corteza.

Bertrand de Born: Pus li baron.

L'élevé (grand) Henri dit parole courtoise.

ANC. FR. Mais ce tumulte appaisé, il sourdit un autre trouble.

Amyot, Trad. de Plutarque. Vie de Numa Pompilius.

Leur vie est un passage court,

Où peine sur peine leur sourt.

Amyot, Trad. de Plutarque. Morales, t. IV, p. 234.

ANC. CAT. Sorgir, surgir. ESP. Surgir. PORT. Sordir, surdir, surgir. IT. Sorgere, surgere. (chap. Surgí aigua de un manantial; eixí, issí aigua; maná, brotá.)

2. Sorzedor, adj., jaillissant.

A lei de riu sorzedor,

Que creis on pus es voiatz.

Folquet de Marseille: Si cum.

A manière de ruisseau jaillissant, qui croît où plus il est vidé.

CAT. ESP. Surgidor. (chap. Surgidó com un ullal, manantials surgidós, fon surgidora, fons surgidores; surgén, surgens, surgenta, surgentes; surtidó, surtidós, surtidora, surtidores.)

3. Surrexio, s. f., lat. surrectio, résurrection.

A un dilus de Pasca, surrexio. Roman de Gerard de Rossillon, fol. 32.
(chap. A un dilluns de Pascua, resurrexió.)

A un lundi de Pâques, résurrection.

IT. Surrezione. (chap. resurrexió, resurrexions o ressurrexió, ressurrexions; v. resusitá o ressusitá.)


4. Essorger, Eyssorger, v., lat. exsurgere, jaillir, sourdre.

Una balma grant

On eyssor una fontz de mot bona sabor.

V. de S. Honorat.

Une grande baume où sourd une fontaine de moult bonne saveur.
(chap. Una balma gran aon surgix (ix, naix, brote, mane) una fon de mol bona sabor : de mol bon gust. Imagineutos la santina a Covadonga, cova de la dona, o la balma de Zorita, Surita si ñaguere una fon.)

- Sortir, naître, pousser.

Ill pena de rando

Essorgera fors tota novela.

Deudes de Prades, Auz. cass.

La penne subitement sortira hors toute nouvelle.

5. Ressorger, Ressorzer, v. lat. resurgere, suinter, filtrer, rejaillir.

Las gotas de l' ayga que soven hy ressorzon. V. et Vert., fol. 70.

Les gouttes de l'eau qui souvent y suintent.

- Ressusciter.

E 'l Lazer ressorzis vos.

Pierre d'Auvergne: Dieus vera.

Et le Lazare vous ressuscitâtes.

Glorificat ressorzirai. Passio de Maria.

Glorifié je ressusciterai.

Part. pas. Resceubist greu mort per karitat,

E pueis, ressors, confortiest, per amor,

Tos discipols.

G. Riquier: Cristian son.

Tu reçus mort cruelle par charité, et puis, ressuscité, tu confortas, par amour, tes disciples.

Natz e pueis mortz, vius vist

Ressorzitz.

Pierre d'Auvergne: Dieus vera.

Né et puis mort, vu vivant ressuscité.

ANC. FR. Toutefois par après ilz se relievent et ressourdent.

Anc. trad. des Offices de Cicéron, p. 77.

ANC. ESP. PORT. Resurgir. IT. Risorgere, risurgere. (chap. Resurgí.)

6. Ressort, s. m., ressort, résistance, rebondissement, contre-coup.

Contra mort ressort ni cobertura.

Marcabrus: Auiatz de chan.

Contre mort résistance ni protection.

7. Resurrectio, s. f., lat. resurrectio, résurrection.

Ans que t don comjat ni t lais el foc intrar,

De resurrectio vuelh ab tu disputar.

Izarn: Diguas me tu.

Avant que je te donne congé et te laisse au feu entrer, touchant la résurrection je veux avec toi disputer.

CAT. Resurrecció. ESP. Resurrección. PORT. Resurreição. IT. Resurrezione. (chap. Resurrecsió, resurrexió, ressurrecsió, ressurrexió.)

8. Resorzemen, Rezorzimen, s. m., résurrection.

Vendran lor resorzemen. Trad. de l'Évangile de Nicodème.

Viendront leurs résurrections.

Ma mort e mon rezorzimen. Passio de Maria.
(chap. Ma mort y mon resurgimén - ma resurrecsió.)

Ma mort et ma résurrection.

IT. Risorgimento. (chap. Resurgimén, resurgimens; resurrecsió, etc.)

viernes, 20 de octubre de 2023

XXIII, Chantarai d' aquetz trobadors (Pierre d' Auvergne)

XXIII.

Pierre, Peire; d' Alvernha, Alverne, Auvergne



Chantarai d' aquetz trobadors

Que chantan de manhtas colors;

El sordeyor cuida dir gen,

Mas a chantar lor er alhors;

Qu' entremetre n' aug cent pastors

Q' us no sap que i s monta o i s dissen.


D' aisso m' er mal Peire Rogiers,

Per que n' er encolpatz premiers,

Quar chanta d' amor a presen;

E covengra 'l mielhs un sautiers

En la gleisa, o us candeliers

Portar ab gran candela arden.


El segonz Guirautz de Bornelh,

Que sembla drap sec al solelh

Ab son magre chantar dolen

Qu' es chans de vielha portaselh;

E si s mirava en espelh,

No s prezaria un aguilen.


El tertz Bernatz del Ventadorn

Qu' es menres d' En Bornelh un dorn;

Mas en son paire ac bon sirven

Per trair' ab arc manal d' alborn;

E sa maire calfava 'l forn,

Et amassava l' issermen.


El quartz de Briva 'l Lemozis,

Us joglaretz pus prezentis

Que sia tro en Benaven;

E semblaria us pelegris

Malautes, quan chanta 'l mesquis,

Qu' a pauc pietatz no m' en pren.


En Guillems de Ribas lo quins

Qu' es malvatz defors e dedins,

E dis totz sos vers raucamen;

Per qu' ieu non pres ren sos retins, 

Qu' atrestan s' en faria us chins;

E dels huelhs sembla vout d' argen.


El seizes N Elias Gausmars

Qu' es cavayers e s fai joglars;

E fai o mal qui lo y cossen

Ni 'l dona vestirs belhs ni cars,

Qu' aitan valria 'ls agues ars

Qu' en joglaritz, s' en son ja cen.


E Peire Bermon se baysset,

Pus qu' el coms de Toloza 'l det,

Qu' anc no soanet d' avinen;

Per que fon cortes qui 'l raubet,

E fe o mal, quar no 'l talhet

Aquo que hom porta penden.


L' ochen es Bernatz de Sayssac 

Qu' anc negun bon mestier non ac 

Mas d' anar menutz dons queren; 

Que despueys no 'l prezei un brac 

Pus a 'N Bertran de Cardalhac 

Queri un mantelh suzolen.


El noves es En Raymbautz

Que s fai per son trobar trop bautz;

Mas ieu lo torni a nien,

Que non es alegres ni cautz;

Et ieu pres trop mais los pipautz

Que van las almornas queren.


En Ebles de Sancha 'l dezes

A cuy anc d' amor non venc bes,

Sitot se canta de Coyden;

Vilanetz es e fals pages,

E ditz hom que per dos poges

Sai si logua e lai si ven.


E l' onzes Guossalbo Rozitz

Que s fai de son chan trop formitz,

Tan qu' en cavallairia s fen;

Et anc no fon tan ben guarnitz

Que per elh fos dos colps feritz,

Si doncs no 'l trobet en fugen.


El dozes us petitz Lombartz

Que clama sos vezins coartz,

Mas elh es d' aquelh eys parven;

Per q' us sonetz fai gualiartz

Ab motz amaribotz bastartz;

E luy apellon Cossezen.


Peire d' Alvernhe a tal votz

Que chanta cum granolh' en potz,

E lauza s trop a tota gen;

Pero maiestres es de totz

Ab q' un pauc esclarzis sos motz,

Qu' a penas nulhs hom los enten.


Lo vers fo faitz als enflabotz

A Poivert tot jogan, rizen.


Pierre d' Auvergne.