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jueves, 8 de octubre de 2026

Appendix. I. Patois de Grenoble. Blanc dit la Goutta, inondation, 1740

Appendix.

Cet Appendix contient plusieurs pièces de vers et des extraits de manuscrits anciens en prose et en vers, inédits et écrits en patois de divers cantons. La plupart de ces morceaux sont indiqués dans la première et la seconde partie de ce mémoire, et tous doivent lui servir de pièces justificatives. On en remarquera plusieurs qui ne sont pas connus et qui n'ont jamais été publiés. La traduction de la parabole de l'Enfant prodigue en langue vaudoise mérite particulièrement d'être citée, les écrits de ce genre étant extrêmement rares; ce qui m'a décidé à joindre ce fragment à cet appendix. Il contient aussi quelques passages du dictionnaire manuscrit du patois de Grenoble; ils m'ont paru intéressans, puisqu'ils rappellent d'anciens usages dont la plupart sont perdus, dont quelques-uns sont encore conservés dans les montagnes; ils servent d'ailleurs à en expliquer le motif et l'origine. Il est curieux et intéressant de suivre l'esprit humain dans ses développemens successifs; et en le considérant tel qu'il était lorsque, encore enveloppé des langes de la barbarie, la superstition et l'erreur l'éclairaient de leur fanal trompeur, on apprécie mieux ses progrès, et on sent mieux aussi tout ce que l'on doit aux sciences et à la philosophie.
On trouvera encore à l'Appendix deux Chansons en patois de Grenoble, et un Vocabulaire des mots patois lès plus difficiles à connaître, avec leur explication.
Sous le n° XI sont placés le Serment de Louis de Germanie et celui des seigneurs français, l'un et l'autre en langue romane, l'un et l'autre accompagnés d'observations qui font mieux connaître ces deux précieux fragmens de notre ancienne littérature.

Appendix. I. Patois de Grenoble. Izera, Isère



N° I.
Patois de Grenoble.

Cette pièce de vers est de Blanc dit la Goutte, auteur de Grenoblo Malhérou. Elle est extraite des Recueils de la Bibliothèque de Grenoble, et est inconnue parce qu'elle n'a eu qu'une seule édition.

Coupi de la Lettra ecrita (: escrita) per Blanc dit la Goutta à un de sos Amis u sujet de l'Inondation arriva à Garnoblo la veille de Saint Thomas, 20. Décembro 1740.

Je profito, Monsieur, de cetta occasion, 
Per dire qu'auquaren de l'inondation
Qu'at, dit-on, fat merier dedin vôtron Garnoblo
Lo Prêtre, l'Artizan, lo Bourgeois et lo Noblo; 
(Que je n'appello plus Garnoblo Malherou (A), 
Puis qu'ul est devenu per lo pouro un Perou,
Qu'il at migeat de chair son saoû cettes fêtes, 
Et qu'il at oubliat le pertes qu'il at faites).

(A) L'Auteur fait ici allusion à une pièce de vers qu'il avait précédemment publiée sous ce titre.

Ne faut plaindre eujourdheu que los marchands grossiers,
Los marris tesserants avey los epiciers: 
Los pouros, est ben vray, perdont tous lor manléva;
Mais qu'êto que lor bien, un tupin, una ecuella, 
De pailli una fourcha per couchier sans lincieu; 
La plus granda partià n'at pa né de crusieu; 
Tout lor habit consiste en qu'auque serpeléri, 
Que pendolet souvent jusque a la jarretéri; 
On vat los habiller de sarges, de sardis, 
Il saront plus contens que Saints de Paradis.
Mais comma tout ceu bien ne vint qu'après l'aygageo,
Me faut donc commencier à parla du damageo;
Je ne marquaray pas ni lo temps, ni los jours, 
Parce qu'icy lo temps recommence toujours: 
Que qu'en set, est venu sçay qu'un Drolo en galoches, 
Vêtu d'un grand gillet que n'ayet point de poches, 
Que croisavet devant à dous rangs de boutons, 
Ses Brayes descendiont jusqu'à sus sos talons.
Je devinis dabort à ceu bravo equipageo,
Qu'êret un marinier de notron veysinageo: 
Il informe en intrant Monsieur notron Griffier 
De son nom et surnom, de son ageo et mêtier, 
Ensuita dous Soudars lo menont à la porta
De l'endret où l'on tint le gens de cella sorta; 
Comma je voulins vey celeu nouvet venu,
Je fis signo us Soudars de qui j'êtins connu;
Ceu Drolo en m'aprochant me fit la reveranci,
Se creyant que j'êtins un hôme d'importanci;
Sans façons, l'y dissi-jeo, et point de compliment, 
Tout est semblablo icy du mêmo regiment, 
T'ès tout ce que je seu, nous ne sont que des ombres, 
Que dêvont habità cettes demòres sombres,
Devant que sieze pou te sarès bien instruit 
De ce que faudra fare en ton petit reduit, 
Ainsi laissons celey; je veyo à ton corsageo, 
Que t'ès qu'auqu'habitant d'uprès de Sassenageo: 
Vous avez tiria justo, oüé Monsieur, est bien vray
Que je seu batteley nâtif de Noyaray; 
Je piccavo los Bous de Patron la Riveri, 
Nous êtions remontà quasi lo dret de Geri, 
Mos dos Bous perdant terra et fasant un fau pas, 
De dessus de lor joug me traissiront à bas, 
Et per malheur per mi l'Izera qu'eret forta, 
M'entraînit en Tràcloutra u dessout de la Porta; 
J'y demoris crocha, j'eus biau crià marci, 
Nec-un ne repondit, chacun songeant à si; 
Me restavet incou qu'auque foibla esperanci
De m'en pouvey tirié avec un pou d'aizanci, 
Mais per malheur per mi lò pont levis chessit, 
Et me poussant à fond ma têtà fracassit; 
Veyés la cacarochi, elle est incoura néri; 
Me fallut donc songier à partir per la gloëri, 
Et je me seus trouvà, quasi dins un moment, 
Entourà de soudars dins ceteu logiment:
J'entendis en passant u Quais, à la Peréri,
U Fauxbourg de Tràcloutra et dins nôtra Charéri (B),
(B) Rue du Boeuf où logent ordinairement les Batteliers.
U secours, u secours, helas! tout est perdu,
L'ayga a deja gagna lò coin de Maupertu; 
L'on ne pot plus passà vers l'Egleysi du Carmes; 
De tous flans on oüiet de nouvelles allarmes; 
Chacun fuyet per tout sens se determinâ
A sortir de chieus si ço qui pouviet sauvà,
Et nec-un ne sçaviet donnà ni tour, ni vouta, 
Per trouvar un endret â se bettre à la souta; 
La plus granda partià du pouros boutiquiers 
Se sarions tous neyas si, dedins lors quartiers, 
Celos qu'êront logeas dins los plus hauts étageos, 
Ne los eussions reçeus avecques lors bagageos.
Mais ne suffisiet pas, tau que pot albergier
A son hôto ne pot donnà de que migier;
Los pauros ont toûjours des effans en grand nombro;
Commant donc se tirier de ceu nouvel encombro?
J'entendis d'autro flanc, consolas-vos, Meynâ,
Ne vos manquarat ren, Dieu vous a destinà 
De gens qu'auront lo soin de vous fournir d'avivres; 
Lò fio, l'ayga, la ney, la glaci n'y los givres
N'ont jamay bettà boena à lor grand charità, 
Ils provoyont de tout que que poësse coutà,
Ils dêvont u plutò vous bettà tous à l'ayso, 
Et per vous rassurà, faut que je los nomayso:
Monseigneur de Caulet (C), Monseigneur de Marcieu (D), 

(C) M. de Caulet, Evêque et Prince de Grenoble.
(D) M. le Comte de Marcieu, Maréchal de Camp des Armées du Roi.

Ils ont la voix du peuplo, ils ont la voix de Dieu; 
On pot los appellà d'hòmes incomparablos,
En voyant ce qui font per tous los miserablos: 
Nôtre Evêque est toujours levà de grand matin, 
Ço qui mige est pou d'oüra, et ne bêt point de vin;
A quinta heura que siet il vous dône audianci, 
Il écôte chacun avey grand patianci,
Que l'on sieze Monsieur ou ben pauro, est tout un,
Il se montre pertout qu'u l'est pâre commun; 
U l'est plus retenu qu'un Capucin novicio, 
At toutes le vertus, et n'eut jamay de vicio; 
Il ne prenit jamais de divertissement;
Lò soin de son troupet fat tout son pessament; 
Il n'a pas son parey dedin touta la Franci.
Mais je veyò de loin Marcieu que prend l'avanci;
Veyés-vous comma il vogue avey sos dos batteux, 
Il sont chargeas de pan, d'ayga, de chair, des oeufs,
Il a déja couru per trés feys les charréres,
Ses armônes jamay ne furont les darréres; 
L'on n'en est pas surprey, cel hôme est coutumier
A la guerra et per tout d'être toujours promier.
Monseigneur de Barral (E) fat coulà de se pôches
Una mina d'argent per toutes les Perroches; 
Il commencit d'abort per cinq cens biaux ecus; 
Touta sa familli s'est bettà presque à flus;
De la Garda sur tout que des aygues si grandes
Ne pûront amortà l'ardeur de ses offrandes; 
On lò veyet gaffà dedins plusieurs quarties, 
Per allar visitar los gueux din los graniers.
Monsieur de Montcarrà, Monsieur Rochechinard,
A tout ce qu'eyt de bien souvent sont per un quart; 
Per portà lor armonâ en raset s'embarquiront, 
D'ou devant que finir lor coursa ils cupeliront,
Ne s'en fallit de ren qu'ils ne fussiont neyas, 
Car de la teta us pieds il furent bien bagnas.
Monseigneur de Caulet revint dessus la scêna, 
Per tous lous malheroux veissia nouvella aubêna,
Il sçat assaisonnà sos dons de compliment, 
Semble qu'on ly fat graci acceptant son argent.
Monseigneur de Piolenc (F) voulut vey per leu mêmo 
Ce que seret passà din ceu grand stratagémo; 
La veilli du delieugeo il aviet eû lo soin 
De fare arré de tout ce que fassiet besoin; 
Monsieur de Jomarron et touta l'Intendanci
Se pourtiront à tout avey grand diligenci;

(E) M. de Barral, second Président au Parlement de Grenoble.
(F) M. de Piolenc, premier Président et Commandant de la Province.

Los Coussios vigilans firont tant cella not, 
Qu'ont eut lò landeman per dix jours de pan cot; 
Et per proportion on aurat eu de soures 
De los provisions en toutes sortes d'oüres.
Ne faut pas essiblà Monsieur nôtron Major, 
Dins tous los accidens du mondo il vaut tout l'or; 
Et tous per évitar qu'auque nouvella perta, 
Nôtros angenieurs êtions toûjours à lerta, 
Messieurs du Bataillon et de l'Artillari 
Se bettavont per tout din la patroüillari; 
On ne pot trop ventar toutes le Gens de guerra, 
Ils allavont dins l'ayga ainsi que sur la terra, 
Et sens lo promp secours de touta la troupa,
On aurit barbotà treys meys dins la louppa.
Nous fallit separà; los Soudards que menavont 
Lò joëno Batteley trop s'impatientavont; 
Enfin per coupà court, ceu Garçon m'at aprey, 
Que vous avias moins d'aiga en sept cent trente-trey, 
Et que de grosses Gens, mais sur-tout los femelles,
Devant que fusset jour sortiront de chieux elles.
Vous jugiés bien Monsieur qu'u ne m'a pas tout dit.
Si donques j'ai fat fauta en ceu petit recit, 
Ou sautà qu'auquaren, faut qu'on m'eu pardonneyse; 
Mon dessein n'étant pas d'offença qui que siese.
Adieu sias, faites dire una bonna Oraison
Per Blanc dit la Goutta, de placi Clavayson.