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viernes, 9 de octubre de 2026

XI. Serment de Louis le Germanique, 842, Charles-le-Chauve (Champollion)

N° XI.


Beaucoup d'auteurs ont rapporté ce précieux fragment de notre ancienne littérature, monument unique de l'état de la langue romane au neuvième siècle; mais, dans presque tous ces auteurs, le texte de ce serment offre des différences.
On peut regarder celui que nous publions comme le plus authentique, puisqu'il est extrait du précieux manuscrit de Nithard qui existe à la Bibliothèque Impériale, parmi ceux du Vatican, n° 1964, in-folio. 
M. Roquefort a orné son utile Glossaire de la langue romane d'un calque gravé d'après ce manuscrit; il est donc impossible de donner au texte de ce serment une plus grande exactitude, puisqu'il est pour ainsi dire un fac simile du manuscrit.

Louis-le-Germanique, Luis el Germánico, Louis I the German, Ludwig der Deutsche

Texte.

"Pro Deo amur et pro christian poblo et nostro commun salvament, dist
di en avant, inquant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eu, cist  meon fradre Karlo, et in adjudha, et in cadhuna cosa, sic un om per  dreit son fradra salvar dist, moquid il nun altresi fazet; et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai qui meon vol cist meon fradre Karle in damno  sit.”

Pour de Dieu l' amour et pour du chrétien peuple et le notre commun salut, de ce jour en avant, en quant que Dieu savoir et pouvoir me donne, assurément sauverai moi ce mon frère Charles, et en aide, et en chacune chose, ainsi comme homme par droit son frère sauver doit, en cela que lui a moi pareillement fera: et avec Lothaire nul traité ne onques prendrai qui, à mon vouloir, à ce mien frère Charles en dommage soit.

Traduction française.

"Pour l'amour de Dieu et pour le peuple chrétien et notre commun salut,  dès ce jour en avant, en tant que Dieu me donne savoir et pouvoir, je  sauverai (défendrai) Charles ce frère à moi, et l'aiderai en toutes choses,  comme un homme doit par justice sauver son frère, et pourvu qu'il ne fasse pas autrement; et je ne prendrai jamais avec Lothaire aucun arrangement qui, par ma volonté, devienne nuisible à mondit frère Charles.”

Carlos el Calvo, Charles le Chauve, Carlitos lo Calvet

Dans la même circonstance les seigneurs français garantirent en quelque sorte, par un serment, celui de leur roi Charles. Le voici d'après le même manuscrit:

Serment des seigneurs français.

“Si Lodhuvigus sagrament que son fradre Karlo jurat, conservat, et  Karlus meos sendra de suo part non lo stanit, si io returnar non lint pois,  ne io, ne neuls cui eo returnar int pois, in nulla ajudha contra Lodhuvvig  nun li iver.”

Si Louis le serment, qu' à son frère Charles il jure, conserve; et Charles, mon seigneur, de sa part ne le maintient; si je détourner ne l' en puis, ni moi, ni nul que je détourner en puis, en nulle aide contre Louis ne lui irai.

Traduction française.

"Si Louis observe le serment que son frère Charles a juré, et que Charles  mon seigneur, de son côté, ne le tienne pas, si je ne puis l'y ramener, ni moi, ni aucun que je pourrai y ramener, ne lui serons d'aucun secours contre Louis.”

Les deux traductions françaises que je donne ici ne sont pas exactement les mêmes que celles qu'on a publiées jusqu'à présent: celle du serment des seigneurs français contient particulièrement beaucoup de différences; mais il me serait facile de les justifier et de prouver que ces deux traductions sont les plus exactes de toutes celles qui sont connues. Je suis, au reste, persuadé que les deux textes romans ont été mal lus, et j'aurais proposé plusieurs variantes, si je n'avais pas été forcé par là d'entrer dans une discussion qui serait déplacée ici. Ce même serment de Louis le Germanique a été traduit dans le douzième siècle; je le rapporte ici comme pouvant servir à appuyer le sens que j'ai donné à plusieurs passages.

Serment de Louis en langue romane du douzième siècle.

“Por Dex amor, et por christian pople et nostre commun salvament, de  cest jor in avant, en kant Deus saveir et pooir me done, si salvarei ieo cist meon frere Karle, et en ajudhe seroi en cascune cose si cum um per dreit sun freire salvar dist, en oki il me altresi faset, et à Lothaire nul plaid n'onques prindrai qui par mon voil à cist moun frere Karle en damn seit.” 

jueves, 8 de octubre de 2026

VI. Fragmens extraits du dictionnaire manuscrit du patois de Grenoble.

N° VI.
Fragmens extraits du dictionnaire manuscrit du patois de Grenoble.

Rapport du Jeu connu en Dauphiné sous le nom de Allen-Jean, avec celui que les Grecs appelaient *gr (1 : Ce jeu était chez les Grecs celui de Pair ou Impair. (Meursius, de Ludis Graecorum).

1.
Rapport du Jeu connu en Dauphiné sous le nom de Allen-Jean, avec celui que les Grecs appelaient *gr (1 : Ce jeu était chez les Grecs celui de Pair ou Impair. (Meursius, de Ludis Graecorum).

L'un des deux joueurs met dans sa main un certain nombre de noisettes, et s'adressant à celui qui joue avec lui, il dit: Allen-Jean.
- L'adversaire répond: Je ministro, comme pour dire qu'il accepte le jeu. - Le premier demande jusqu'à quand, et le dernier répond jusqu'à dix ou tout autre nombre. S'il se rapporte avec le nombre des noisettes renfermées dans la main, il les gagne, sinon il donne à l'autre un nombre de noisettes égal à ce qu'il y en a en plus ou en moins de celui qu'il a indiqué.
Ce jeu ressemble beaucoup à celui des Grecs; il n'y a pas de doute qu'il ne soit aussi ancien qu'eux dans la Gaule. On remarque dans les mots qui servent à ce jeu des finales rimées, comme on les observe toujours dans les proverbes et adages de tous les idiomes vulgaires.

2. Les Chalendes.

On donne ce nom au jour de Noël; il est dérivé du mot latin Kalendae.
On commençait autrefois l'année par ce jour, qui est le 25 décembre, comme aussi par la fête de l'Annonciation, la même que celle de l'Incarnation qu'on célèbre le 25 mars. De là la différence que l'on trouve dans les vieux actes latins dont les uns portent: Anno ab Incarnatione Domini, et d'autres anno a Nativitate, ce qui donna lieu à beaucoup de méprises, jusqu'à ce que Charles IX, par son ordonnance de 1564, eût fixé le commencement de l'année au jour de la Circoncision, 1er janvier.
Du mot Chalendes on a fait Chalendal, nom que l'on donne à une grosse bûche que l'on met au feu la veille de Noël au soir, et qui y reste allumée jusqu'à ce qu'elle soit consumée. Dès qu'elle est placée dans le foyer, on répand dessus un verre de vin en faisant le signe de la croix, et c'est ce qu'on appelle batisa lo chalendal. Dès ce moment cette bûche est pour ainsi dire sacrée, et l'on ne peut pas s'asseoir dessus sans risquer d'en être puni au moins par la gale.

3.
Le Cochemar.

Cette indisposition est connue vulgairement sous le nom de chauchi vieilli, parce que ceux qui en sont attaqués croient qu'elle est causée par de vieilles sorcières qui descendent la nuit par la cheminée, et qui vont se coucher sur les malades et les tourmenter.

4.
Sur les Crétins.

Juan Luis Camps Juan, Chimo, Queretes, Cretas; personnes frappées d'imbécillité

On donne ce nom dans les Alpes aux personnes frappées d'imbécillité, accompagnée ordinairement de goîtres et autres vices de conformation. Ces individus offrent exactement l'image de la stupidité personnifiée et de l'absence de toutes les facultés intellectuelles. On sent facilement quel serait le sort de ces malheureux, qui se rencontrent ordinairement dans des familles pauvres, s'ils étaient à la merci de l'égoïsme de leurs parens, qui n'attendent les moyens d'exister que de leur propre travail. Mais une salutaire et bienfaisante opinion fait regarder ces infortunés comme un bienfait de la Providence envers leur famille; c'est un envoyé de Dieu chargé de lui faire connaître ses vœux et ses besoins. A ce titre il n'y a point de soins, point d'égards dont les Crétins ne soient le sujet, et leurs besoins physiques sont ordinairement satisfaits avec un empressement qui serait bien digne d'éloge s'il était désintéressé.
On emploie aussi le mot crétin dans le sens de désolé, infortuné, etc. 
Il se trouve dans une chanson bachique, dont voici deux couplets.

Carlos Rallo Badet, Calaceite, Calaseit, Calaceit, Calasseit, Kalat Zeyd, aragonés, catalanista, tonto útil, catalufo, baturro, cachirulo

1.

Je seu ton creitin
Lo cour me pendole, 
Je m'en voï à Crole (1)
Car noutrous autin
N'ont ren que de foille,
Personna ne troille
Fauta de raisin.

(1 : Village près de Grenoble dans la vallée de Graisivaudan, et dont le vin a quelque réputation.)

2.

Meichenta jalla!
Freidura perversa!
Maudita traversa
Qu'a tout deisola!
Qu'eito que faron
Notres yvrognasse; 
Lou pot et le tasse 
Se reposaron.

Mas de Torubio, vinos, Cretas, Queretes, Matarraña, vins, Matarranya

III. Parabole de l'Enfant prodigue en langue vaudoise, Vaudois, manuscrit

N° III.

Parabole de l'Enfant prodigue en langue vaudoise, extraite d'un Nouveau-Testament de la Secte des Vaudois, manuscrit du treizième siècle, de la Bibliothèque de Grenoble.

Lux lucet in tenebris; Vaud, Vaudois, Vaudes, Baudes

Un home aë diù filh, e lo plus jove dis al Païre: O Païre, dona a mi la partia de la substancia que se coven ami; e departie à lo la substancia.
E enaprès non motidia, lo filh plus jove, ajostas totas cosas, ane en peleriniage en lognana region, e degaste aqui la soa substancia, vivent luxuriosament. E poisqu'el ac consuma totas cosas, grant fam fo fait en aquella region, e el commence have besogna, e ane ese ajoste à un ciptadin daquella region, e travie l'en la soa vila quel paisses li porc; e cubitava umplir lo seo ventre de las silicas que manjavan lè porc, e alcun n'in donava ale. Mes retorna en si dis: quanti mercenar habundian de pan en la meison del meo païre, me yo patisso aici de fam; yo me levarey e annarey al mio païre e diréy a le: o païre, yo pechey al cel e devant tu, e ja non sey degne esse apella lo teo filh, fay mi essay à un de li teo mercenar.
E levant, venc al seo païre. Mes come el fos encara de long, lo seo païre vec lui e fo mogu de misericordia, e corrent, cagic sobe lo col de le e bayse le. E lo filh dis a le: o païre, yo pechey al cel e devant tu, yo non soy degne esse apella lo teo filh. Mes lo païre dis al seo serf: fo raporta viact. la premiera vestimenta e vestic le, e done anel en la man de le, e ceauçamentas en li pe, e ameni vedel gras e l'occien, e manjen e alegran, car aqueste meo filh era mort e es reviscola, e era perdu e es atroba; e commenceron alegrar.
Mes lo filh de le plus velh era al canp, e cum el vengues e sappies a la meison, auvie la calamella e la compagnia, e apelle un de li serf e demande qual fossan aquestas cosas, e el dis a le: lo teo fraire venc, e lo teo païre occis vedel gras, car el receop lui salf. Mes el fo endegna e non
volia intrar. Me lo païre de le issi, commenca pregar li; mes es rendent dis al seo païre: vete yo syuo a tu per tanti an e unque non trapassey lo teo comandament, e unque non donnes a mi cabri che yo manjes cum li meo amic; mes poisque aquest teo filh loqual devore la soa substancia cum las meretres e vengu, tu occies a le vedel gras. Mes el dis a lui: 
o filh! tu sies tota via cum mi, e totas las mias cosas son toas; mes la conventava manjar e alegrar, car aquest teo fraïre era mort e es reviscola, e era perdu e es atroba.

Puticlub, Venteta, Valdeltormo, Calaceite