Le Parnasse occitanien,
ou
tirées des manuscrits nationaux.
À Toulouse,
Chez Benichet Cadet, imprimeur-libraire.
1819.
(N. E. Auteur : Henri Pascal de Rochegude.)
(N. E. Auteur : Henri Pascal de Rochegude.)
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En livrant à l'impression ce recueil, prêt depuis plus de dix ans, nous en avons retranché beaucoup de pièces, pour ne pas trop grossir le volume.
Ceux qui veulent connaître à fond tout ce qui concerne les troubadours, doivent acquérir l'ouvrage que M. Raynouard publie sur cette matière.
Le nom de l'auteur nous dispense de faire l'éloge de son travail.
Préface.
Si le mérite essentiel des arts consiste dans l'invention, le premier rang parmi nos poètes appartient, sans aucun doute, aux anciens troubadours. Créateurs du parnasse moderne, ce titre seul fonde leur droit à l'attention de tout homme de lettres. Jusqu'alors on n'avait écrit qu'en latin; mais cette langue, devenue savante, était à peine entendue de très-peu de personnes, tandis que la nation presque entière croupissait dans l'ignorance. L'apparition des troubadours jeta quelques rayons de lumière à travers ces épaisses ténèbres. Aux premiers sons qu'ils firent entendre en Occitanie, les habitans, naturellement sensibles aux charmes de l'accent maternel, s'empressèrent d'apprendre et de répéter des chants dans lesquels chacun retrouvait l'expression vive de ses propres sentimens, et le moyen facile de les communiquer.
On accueillit avec joie les auteurs de ce plaisir nouveau: reçus dans toutes les cours, invités à toutes les fêtes, chéris des belles et des grands, leur sort fut digne d'envie; et pour comble de bonheur, les muses leur ouvrirent le chemin de la fortune, faveur qu'elles ont rarement accordée, même à leurs plus illustres nourrissons.
Un succès si prodigieux étendit au loin la réputation des troubadours, et leur valut des imitateurs. Dans ce nombre, on remarque plusieurs souverains; mais si de tels personnages contribuèrent aux progrès de l'art, ce fut moins par leurs talens que par leur munificence.
Voici encore un service bien important, rendu par ces poètes, et qui exige de notre part un juste tribut de reconnaissance. Occupés sans relâche à célébrer la galanterie et la loyauté, la politesse et la valeur, ils parvinrent à rendre nationales ces qualités aimables et brillantes qui ont fait et pourront faire encore l'admiration et le désespoir de nos voisins.
Tant d'avantages réunis semblaient promettre aux troubadours une éternelle renommée; cependant leurs ouvrages n'étant point de nature à résister au torrent des siècles, seraient peut-être ignorés parmi nous, si des circonstances particulières n'avaient engagé deux académiciens à les examiner. Ces savans les trouvèrent assez intéressans, pour que l'un d'eux se chargeât de les traduire ou de les extraire; et son utile travail a tiré ces ouvrages de l'oubli dans lequel ils étaient tombés.
Parmi les causes de cet oubli, peut-être faudrait-il compter l'uniformité du sujet, et la manière monotone de le traiter. Élèves de la nature, nos poètes en empruntèrent les ornemens; les fleurs et les fruits, les saisons et leurs variétés servirent d'introduction à la plupart de leurs chansons, dont l'objet principal est ordinairement l'amour (1).
(1) Il en est de même aujourd'hui. Voici ce que M. Monteil dit des montagnards du Levezou:
“Leurs chansons, ainsi que celles de tous les pays, ont pour objet les tourmens ou les faveurs de l'amour. Elles sont presque toutes portées du Languedoc; mais les douces et harmonieuses syllabes de l'antique langue de l'Occitanie se hérissent des consonnances les plus dures à leur entrée dans le département.”
Description du département de l'Aveyron, in-8°, tom. l, pag. 254.
Cette matière qui réveille tant de sensations agréables et des souvenirs si doux, s'embellit encore par les images qu'on y ajoute; mais ces images, trop souvent présentées à l'esprit, engendrent bientôt la satiété, et le lecteur ne manque pas de charger l'écrivain d'un défaut qui se fait sentir dans les meilleurs poëmes érotiques; car le prince des lyriques modernes, le fameux Pétrarque, n'en est pas tout-à-fait exempt.
Indépendamment des chansons, il nous reste beaucoup d'autres pièces de divers genres et sur différens sujets; celles où l'amour n'entre pour rien sont même les plus curieuses, parce que retraçant des anecdotes historiques, elles offrent la peinture naïve et fidèle des mœurs et usages
du temps, avec le charme toujours piquant de l'originalité (1).
(1) Les troubadours étant créateurs... tout est à eux, et le genre et la manière de le traiter.
Hist. générale de Provence, par l'abbé Papon. Paris, 1784. Tom. 3, pag. 466.
D'après ce que nous venons de dire, nous pensons qu'un choix de ces poésies, suivi d'un glossaire qui en facilitât l'intelligence, serait un présent agréable, non seulement aux savans de la France, mais encore à ceux du midi de l'Europe, dont les idiomes ont une source commune avec celui des troubadours. En réalisant cette idée, on élèverait un monument de gratitude à des poètes spirituels et sensibles, inventeurs du plus ingénieux amusement de l'esprit humain (2).
(2) C'est ce que nous nous proposons d'exécuter un jour, si le vaisseau de l'État, long-temps battu par la tempête, peut trouver un port assuré; ou si, mieux en assiette, il peut naviguer enfin sur une mer moins orageuse et plus tranquille.
Les nations voisines nous en ont déjà donné l'exemple. Les Italiens, les Espagnols et les Anglais ont recueilli leurs anciennes poésies; et ces recueils ont sans doute leur prix. Les Allemands possèdent deux éditions de leurs mynnesingers; et l'accueil favorable qu'ont reçu les trouverres, publiés par Barbazan, est d'un heureux présage pour les auteurs qui les ont dévancés.
On objectera peut-être que ceux-ci sont assez connus, et qu'à les juger par leur histoire littéraire, ils ne méritaient pas d'être tirés de la poussière dans laquelle ils étaient ensevelis. Comme un pareil jugement condamne à la fois les poètes, le traducteur et l'éditeur, il est bon de voir quelle part de blâme chacun d'eux doit supporter.
En lisant les ouvrages des troubadours, si l'on considère à quelle époque ils furent composés, on a de la peine à se défendre d'un mouvement d'admiration. Nés au sein de la barbarie et de l'ignorance, ces poètes osèrent ouvrir une carrière qu'ils parcoururent avec éclat. Sans maîtres et sans modèles, ils ont eu la gloire d'en servir; et s'ils ont été surpassés par leurs disciples ou leurs imitateurs, il est aisé de donner la raison de cette supériorité.
Indépendamment du génie et du goût, dons précieux de la nature, sans lesquels un auteur ne peut exceller, il est une multitude de connaissances qui lui sont indispensables. Le poète surtout en a plus de besoin qu'un autre, parce que la poésie, s'il est permis de s'exprimer de la sorte, vit d'images qu'elle emprunte de tous les objets. S'il existe une exception, c'est en faveur de la véritable éloquence: celle-ci dédaigne les
ornemens étrangers qui la déparent au lieu de l'embellir; par cette raison elle se montre quelquefois chez les hommes les plus ignorans, et brille souvent au milieu des peuples sauvages. Nous ne pouvons résister au plaisir d'en rapporter un exemple; l'auteur qui nous le fournit défie tous les orateurs anciens et modernes de produire un seul passage supérieur à celui que nous allons citer. Posons d'abord les faits nécessaires pour le bien entendre (I).
(I) Notes on the state of Virginia, by Thomas Jefferson. Philadelphia, 1794, in-8°, pag. 91-2.
Au printemps de l'année 1774, deux Shawaneses massacrèrent un habitant des frontières de la Virginie. Les colons voisins entreprirent de punir cet assassinat par la voie la plus courte. Dans cette intention, le colonel Crésap rassemble un parti et descend le long de la rivière du Kanhaway. Une pirogue chargée de femmes et d'enfans, conduite par un seul homme, vint aborder près du lieu où Crésap et les siens s'étaient embusqués. À l'instant même ceux-ci mettent en joue, et d'une seule décharge tuent toutes les personnes que la pirogue portait. Par malheur c'était la famille de Logan, depuis long-temps l'ami des blancs. Indigné de cette action barbare, Logan courut aux armes; il se signala cruellement dans la guerre qui s'ensuivit.
Enfin, l'automne de la même année il se donna une bataille décisive entre un détachement des milices de la Virginie, et les forces réunies des Shawaneses, des Mingous et des Delawares. Les Indiens vaincus demandèrent la paix. Logan dédaigna de se montrer parmi les supplians; mais pour que l'absence d'un chef de son mérite ne répandît aucun soupçon sur la bonne foi du traité, il fit remettre au gouverneur lord Dunmore le discours suivant:
"Je le demande à tout homme blanc: qu'il dise, si pressé par la faim il entra jamais dans la cabane de Logan, sans qu'on lui donnât à manger; qu'il dise s'il y vint jamais nu ou transi de froid, sans recevoir de quoi se couvrir. Pendant le cours de la longue et sanglante guerre dernière, tranquille dans sa cabane, Logan resta l'avocat de la paix. Tel était mon amour pour les blancs, que ceux de ma nation me montraient du doigt en passant, et disaient: Logan est l'ami des blancs. J'avais même la pensée de vivre avec vous, avant les injures d'un homme. Au printemps dernier, le colonel Crésap, de sang-froid et non provoqué, massacra tous les parens de Logan, sans épargner ni mes femmes ni mes enfans.
Il ne coule plus une goutte de mon sang dans les veines d'aucune créature vivante. Cet outrage criait vengeance; je l'ai cherchée, j'ai tué beaucoup des vôtres, elle est pleinement assouvie. Pour mon pays, je me réjouis aux rayons de la paix. Mais n'allez pas croire que ma joie est celle de la peur; Logan ne sentit jamais la peur: il ne tournerait pas sur son talon pour sauver sa vie. Qui est là pour pleurer Logan?... Personne.” Personne!... Un guerrier français, qui te plaint et qui te révère.
Après nous être écartés un moment de la question principale, nous allons y revenir. Il est certain que le cercle des idées s'agrandit par l'instruction, et qu'elle manqua totalement à nos poètes.
D'épaisses ténèbres couvrirent le champ de la littérature, depuis le neuvième siècle jusqu'à la renaissance des lettres. À cette dernière époque les études prirent vigueur; les sciences et les arts furent cultivés; et les connaissances se propageant et se multipliant, amenèrent enfin les beaux jours dont nous jouissons. Vers le milieu de cet intervalle, les troubadours avaient paru comme un phosphore lumineux à travers l'obscurité la plus profonde. Sans autre secours que celui de ses propres forces, leur génie déployant ses ailes, prit un essor assez heureux pour laisser après lui des traces durables de son existence. Nous sommes donc en droit de conclure, que si les modernes ont quelque avantage, ils le doivent aux progrès de l'enseignement.
En effet, la masse des talens naturels est la même dans tous les temps; s'il en était autrement, il faudrait accuser la nature de se montrer plutôt marâtre que mère envers de nombreuses générations. Mais non, elle distribue ses bienfaits avec une égale mesure; et l'accusation serait aussi injuste que le reproche qu'on ferait aux troubadours, d'avoir ignoré ce que nous savons aujourd'hui.
Sainte-Palaye entreprit de les faire revivre. Son but étant de réunir tout ce qui pouvait illustrer notre moyen âge, il n'eut garde de les négliger.
En conséquence, il fit copier tous les manuscrits et transcrire toutes les copies qu'il put se procurer en France; il fit aussi fouiller dans les différentes bibliothèques d'Italie, pour en tirer ce qui manquait à ses premiers recueils. Ces recherches lui fournirent une grande quantité de pièces ou fragmens, que l'abbé Millot fait monter à plus de quatre mille; nombre exagéré très-certainement, et dont il faut retrancher au moins la moitié. Cet abbé se trompe également sur le nombre des manuscrits, en comptant pour cinq celui de Saibante. Les soins que Sainte-Palaye se donna, et les dépenses qu'il fit pour compléter sa collection, prouvent qu'il y attachait beaucoup d'importance. Si l'exécution du plan ne répondit pas à la beauté du dessein, ce fut peut-être moins faute de bons matériaux, que faute d'un architecte qui possédât l'art de les employer habilement.
Sainte-Palaye savait le vieux français; les ouvrages imprimés et manuscrits qu'il nous a laissés ne permettent pas d'en douter. Conclurons-nous de là qu'il savait aussi l'occitanien? Nullement.
Le rapport qui existe entre les deux idiomes n'est pas assez parfait pour nous faire adopter une pareille conclusion; au contraire, nous croyons qu'il a plus souvent deviné qu'entendu son texte; et la quantité de mots mal interprétés ou qui sont restés sans explication dans son glossaire des troubadours, démontre cette vérité. Son manuscrit la fortifie encore; on y trouve fréquemment ces expressions: peut-être, sens douteux, texte corrompu, je n'entends pas ce mot; et cependant ce manuscrit est presque entièrement composé d'extraits, moyen commode d'éviter les difficultés.
D'après ces observations, on juge bien que nous ne sommes rien moins qu'engoués du travail de Sainte-Palaye. Et comment le serions-nous? Grâces naïves, nombre, cadence, et les autres beautés particulières à la poésie, tout a disparu sous sa plume. Au lieu d'une bergère ingénue, sortant des mains de la nature, on ne trouve plus qu'une paysanne grossière, sans fraîcheur et sans agrémens. Pour conserver un air de ressemblance, il eût fallu traduire en vers; c'est la seule manière de bien rendre les poètes; ou si la tâche était trop difficile, il valait mieux publier les originaux, ainsi qu'on l'a pratiqué pour les modernes troubadours.
Voilà notre opinion sur le traducteur. Voyons maintenant ce qui concerne l'éditeur.
Dans son avertissement il rend compte de la marche qu'il a suivie; nous citerons ses propres termes. "Le mérite de cet ouvrage, dit-il, appartient spécialement à M. de Sainte-Palaye; je n'ai fait que mettre en œuvre avec plaisir les matériaux qu'il a rassemblés avec tant de peine. J'ai suivi ses traductions, en donnant au style une tournure plus libre et plus variée. Ses remarques, et celles de ses premiers coopérateurs, m'ont épargné l'ennui des recherches. Le choix et l'arrangement des matières, le soin de les fondre, d'y mêler des réflexions, et de remédier, autant qu'il est possible, à une ennuyeuse uniformité, n'exigent pas de grands efforts quand on a de pareils secours.”
Nous ne ferons point de commentaire sur ce passage, qui toutefois en serait très-susceptible. L'abbé Millot fut assez durement traité par un journaliste (1 : Affiches, annonces et avis divers. 1780, n.° 8, p. 30), qui le taxa d'impéritie et de négligence dans la rédaction des matériaux qu'on lui avait confiés, imputation qui n'est pas sans quelque fondement. Nous ajouterons qu'il a trop étendu sa matière. Sous prétexte de rassembler tout ce qui pouvait servir à répandre la lumière sur les mœurs ou l'histoire du temps, il ne devait pas imiter ces libraires avides, qui, pour vendre un volume de plus, souvent aux dépens de la réputation de l'auteur, publient sans examen et sans choix les brouillons recueillis après sa mort.
En résumant les diverses réflexions que nous avons déjà faites, nous disons qu'il serait déraisonnable de reprocher aux poètes l'ignorance et la grossiéreté de leur siècle; que les fautes essentielles, les contre-sens appartiennent au traducteur, et que le défaut de méthode et de goût ne saurait être imputé qu'à l'éditeur. De cette combinaison d'élémens imparfaits, quel résultat pouvait-on obtenir? L'histoire littéraire des troubadours.
Quand des auteurs, avantageusement connus par de bons ouvrages, en produisent un médiocre, le public, trompé dans son attente, se venge en les jugeant avec sévérité. Tel fut le sort des deux estimables écrivains dont nous venons de parler. Ils voulurent traiter un sujet hors de leur portée, et ne purent le manier en maîtres, parce que la nature n'a doué personne de talens universels. Néanmoins leurs efforts méritent notre reconnaissance, puisque c'est à ces efforts que nous devons des idées justes concernant nos plus anciens poètes, sur lesquels on n'avait auparavant que des notions vagues ou confuses.
De toutes les collections de Sainte-Palaye, celle des troubadours nous paraît la plus importante, comme étant composée sur des manuscrits dont plusieurs y sont représentés en entier. Ce genre de travail, auquel il sacrifia presque tout le temps de sa vie, fait naître une réflexion que nous placerons ici, parce qu'elle peut être utile. L'habitude que les savans avaient autrefois de faire des copies pour leur usage, est aujourd'hui beaucoup trop négligée: un seul exemple va prouver que c'est à tort. Il existe un poëme historique du XIIe siècle, sous le titre de Roman de Rou et des dus de Normendie, dont l'original a disparu sans que l'on sache ce qu'il a a pu devenir. André Duchesne en avait fait une copie qui ne se trouve plus. Une autre mauvaise copie de la première branche de ce roman est encore à la bibliothèque nationale, parmi les manuscrits de Bigot; mais les rats l'ont endommagée de manière que le texte en est mutilé. Heureusement Lancelot et Sainte-Palaye avaient fait transcrire celle de Duchesne; et par leur moyen, nous possédons ce monument antique dont les historiens de la Normandie n'ont pas dédaigné de s'appuyer, pour constater des droits, usages ou coutumes de cette belle province.
On voit par cet exemple que les originaux peuvent se perdre ou se détruire; souvent l'encre jaunit ou l'écriture s'efface; ils deviennent illisibles. C'est donc rendre service aux lettres, que de conserver des pièces quelquefois uniques, et dont par conséquent la perte serait impossible à réparer. On nous assure que dans la capitale de l'Autriche on a créé une commission, chargée de faire copier et collationner soigneusement les manuscrits les plus importans. Il serait à désirer que dans tous les dépôts de ce genre on prît la même précaution, ou, ce qui vaudrait beaucoup mieux, qu'on les fît imprimer, afin de soustraire ce qu'ils renferment de plus précieux aux accidens, à la pourriture, aux vers, enfin à la lime sourde du temps. Au reste, ce que nous avons dit, et ce que nous pourrions dire encore touchant le mérite des autres collections de Sainte-Palaye, n'est nullement applicable aux cartes de Falconnet, lesquelles nous avons entendu citer avec éloge, quoique tout au plus bonnes à fournir quelques indications.
Revenant à l'éditeur, nous estimons que son discours préliminaire, d'ailleurs bien écrit, doit être lu par quiconque veut avoir une idée générale de ce qui concerne les troubadours. Mais comme les généralités n'instruisent point, et que parmi les questions qu'elles présentent à notre examen, il en est de curieuses qui n'ont pas tout le développement dont elles sont susceptibles, nous allons exposer sommairement notre opinion
sur l'origine et la décadence de notre poésie, et sur l'ancienneté de la rime.
Pour y procéder avec ordre, nous définirons d'abord ce qu'il faut entendre par ce mot troubadours. Sous cette dénomination, nous comprenons tous les poètes des provinces situées au midi de la Loire, qui composèrent en langue vulgaire, depuis le XIe siècle jusques à la fin du XIIIe. Huet (1) et Chasteuil (2) ont avancé que les troubadours existaient au Xe siècle; l'un, sans donner aucun garant, l'autre, d'après Glaber, qui ne dit pas un mot de cela. Leur sentiment néanmoins ne nous paraît pas hors de vraisemblance, comme nous tâcherons de le prouver. Quand on entre dans le pays des conjectures, il n'est que trop facile de s'égarer; cependant, au défaut de dates précises, il faut bien s'en tenir à ce qui paraît le plus probable. Sans doute le nombre des conjectures, quel qu'il soit, n'équivaut jamais à une preuve directe; mais si nous adhérons fortement à ce principe, lorsqu'il s'agit de la vie ou de l'honneur d'un citoyen, nous ne sommes pas si rigides lorsqu'il s'agit d'un point de littérature, que des recherches ultérieures peuvent éclaircir, ou même convertir en démonstration.
(1) Traité de l'origine des Romans. Paris, 1711, p. 158-9.
(2) Discours sur les arcs de triomphe d'Aix. 1701, in-fol.
Il existe à la bibliothèque nationale un manuscrit du XIe siècle, au plus tard (1 : Académie des inscriptions. Tom. 17, in-4.° p. 717), contenant des pièces dont quelques-unes sont mêlées de vers en roman et en latin. Le Beuf (Boeuf) en cite un morceau que nous allons rapporter, parce qu'il a fait une faute dès le premier mot.
Il a mis Je, qui ne fut jamais occitanien, et qui serait un solécisme, au lieu de Be que porte l'original. Ce morceau est noté sans clef ni portées selon l'usage d'alors. Le voici:
Be deu hoi mais finir nostra razos:
Un pauc soi las, que trop fo aut lo sos.
Leven doi clerc que diien lo respos.
Tu autem deus, qui est paire glorios,
Nos te preiam que t remembre de nos
Quant triaras los mals d'antre los bos.
Comme les pièces de cette antiquité sont rares, nous rapporterons encore, en faveur des curieux, une hymne à la Vierge, qui se trouve au f.° 49.
Versus Sancte Marie.
O maria, deu maire,
Deu t'es e fils e paire;
Domna preia per nos
To fil lo glorios,
E lo pair aissamen
Preia per tota gen:
E c'el no nos socor
Tornat nos es à plor.
Iva creet serpen
Un agel resplanden,
E so no en vai gen.
Deus nes om veramen,
Car de femna nasquet.
Deus la femna salvet:
E pre quo nasquet hom
Que garit en fos hom.
Eva, moler Adam,
Quar creet lo Setam,
Nos mes en tal afan
Per qu'avem set e fam.
Eva mot foleet,
Quar de queu frut maniet
Que deus li devedet
Et el que la creet.
I c'el no l'en crees
E deu frut no manies,
Ja no murira hom
Chi ames nostre don:
Mas tan fora de gen
Ch'aner à garimen,
Cil chi perdut seran
Ia per re no foran.
Adam maniet lo fruit
Per que fom tuit perdut.
Adam no creet deu,
A tot nos en vai greu.
Deu receubt per lui mort
É la crot à gran tort;
E resors al terts dia
Si cum o dii Maria.
Aut apostols cumtet
E dis c'ap deu parlet,
Qu'eu poi de Galilea
Viu lo verem angera.
Vida qui mort aucis
Nos donet paradis:
Gloria aissamen
Nos do deus veramen.
Nous avons conservé les fautes du manuscrit, ainsi que l'orthographe, afin de montrer combien celle-ci était incertaine et vicieuse, puisque les mêmes mots y sont écrits d'une manière très-différente.
Un autre morceau va terminer nos citations. Il est tiré d'une hymne pour le jour de l'Annonciation; et nous n'en donnons que les derniers tercets, les premiers étant pleins d'effaçures. Ces tercets se rapportent au moment où l'archange Gabriel vient de faire son message.
Cum la reïna l'enten
Si l respon tam piamen,
Aco sia au so talent.
O beata femina
Cujus ventris sarcina
Mundi tulit aerumna.
Cum la reïna l'auvit
Si l'amet e si u jauvit:
Aco sia au so chausit.
Illi laus et gloria,
Honor, virtus, gratia,
Decus et victoria.
Tu es mesaties al rei,
Si cum tu o dit o crei;
A lui me do e m'autrei.
Ancela soi damrideu,
Si cum tu o dit o creu,
Maire serai damrideu.
L'angels es deu cel vengut
E la domna l'a creut;
Per tal n'esmes erumbut.
Eu vos ai dit mon talan;
E vos diiats en avan
Chaques vers: no us abnosian.
Il serait extraordinaire que ces vers fussent précisément de la date du manuscrit; aussi les croyons-nous beaucoup plus anciens. Si notre mémoire est fidèle, l'abbé Papon dit quelque part avoir vu des actes de l'an 1040, écrits en langue vulgaire; nous sommes du moins certains qu'il en existe un de l'an 1059 (1 : Voyez l'histoire de Languedoc. Tom. 2. Preuves. pag. 231.)
Puisqu'alors on écrivait en cette langue, et qu'il est presque démontré que les vers ont précédé la prose, on peut, sans choquer la raison, rapporter nos hymnes au Xe siècle. Mais de plus, la régularité des divisions et la justesse de la mesure n'annoncent point un premier essai; il est donc probable qu'on rimait depuis long-temps. D'après cela, nous ne trouvons plus d'exagération dans ce que dit Huet: "Les troubadours commencèrent, dès le temps de Hugue Capet, à romaniser tout de bon et à courir la France, débitant leurs romans et leurs fabliaux composés en langage romain; car alors les provençaux avaient plus d'usage des lettres que le reste des Français.”
Chasteuil a pu dire également, qu'en 998 Constance avait à sa suite des troubadours, lorsqu'elle vint en France pour épouser le roi Robert.
Si nous osions appliquer le raisonnement d'antériorité de la poésie sur la prose au serment de Louis le Germanique, il serait facile de remonter ainsi jusqu'au temps des Mérovingiens, et de se rapprocher des derniers bardes, dont nos poètes furent les successeurs.
Ce rapprochement n'aurait rien de ridicule puisqu'il existe entre les uns et les autres une ressemblance assez frappante. En effet, Posidonius d'Apamée rapporte (1: Athenaeus. Lib. 4, c. 13; et lib. 6, c. 12) que les Celtes menaient à leur suite, même à la guerre, des hommes qui leur étaient dévoués, et qui étaient spécialement chargés de publier les louanges de leurs patrons dans les assemblées générales et particulières. Il ajoute que les Bardes célébraient dans leurs chants les personnages qui les protégeaient; et cite un exemple qui mérite de trouver ici sa place. Luernius avait assigné le jour d'un festin qui venait d'être terminé, lorsqu'un Barde accourt au-devant de ce roi des Auvergnats, duquel il exalte les éminentes qualités, en déplorant son malheur d'être arrivé trop tard. Luernius transporté demande une bourse pleine d'or, et la jette au chanteur qui courait à côté de lui. Le Barde la ramasse, et termine son éloge en disant au prince, que des traces de son char sur la terre sortaient de l'or et des bienfaits pour les mortels; tournure ingénieuse, suivant Casaubon, et digne d'un poète élégant qui veut peindre à la fois la bienfaisance et la libéralité de ce monarque.
De pareils traits font regretter que le temps nous ait envié les ouvrages de nos ancêtres. Luernius vivait dans le second siècle avant l'ère chrétienne, ce qui donne à notre poésie un assez haut degré d'antiquité.
Reprenant le fil de notre discours et renonçant aux conjectures, nous disons que Guillaume IX, duc d'Aquitaine et comte de Poitou, faussement regardé comme le premier troubadour, naquit en 1071 et mourut en 1126; par conséquent la plus belle moitié de sa vie appartient au XIe siècle. Quoique l'histoire nous ait conservé les époques de sa naissance et de sa mort, en qualité de souverain, il ne faut pas conclure avec Crescimbeni (1 : Storia della volgar poesia. Tom. l) qu'il fut l'inventeur de l'art. Au contraire, comme l'abbé Millot l'a judicieusement remarqué, les grâces de son style et la régularité de ses pièces annoncent un art déjà cultivé. Il en avait donc appris les règles de ses prédécesseurs et de ses maîtres, car les princes n'inventent rien; ils n'en ont pas le loisir. D'ailleurs l'auteur de la notice historique, placée à la tête des poésies de Guillaume, ne dit pas que ce duc fut un des premiers troubadours connus. La preuve est négative, il est vrai; mais elle acquiert d'autant plus de force, qu'on le dit positivement de Marcabrun, quoique ce dernier se fût formé sous Cercamon. Les objections que l'on pourrait tirer de quelques-unes de leurs poésies, ne doivent point embarrasser; rien n'est plus ordinaire que de trouver la même pièce attribuée par les divers manuscrits à des auteurs qui ont vécu dans des temps très-différens.
Au reste, que Guillaume soit le premier troubadour, ou tel autre que l'obscurité de son état aura dérobé aux regards des historiens, il demeure toujours constant, que parmi les peuples qui se formèrent en corps de nation des débris de l'empire romain, aucun ne peut disputer aux Français méridionaux l'avantage d'avoir été, sinon les inventeurs, du moins les restaurateurs de la poésie vulgaire. La date certaine du plus ancien ouvrage en vers de nos septentrionaux est de l'an 1155. Crescimbeni cite une pièce italienne de l'an 1184 (1); Quadrio rapporte une inscription en quatre petites lignes rimées, indiquant que la cathédrale de Ferrare fut construite en 1135 (2). Muratori regarde cette antiquité comme suspecte; et toutes ses recherches ne purent lui procurer aucun monument de ce genre, antérieur au XIIIe siècle (3).
Le premier poëme castillan, connu jusqu'à ce jour, est celui du Cid.
Le bibliothécaire, D. Thomas Antonio Sánchez, conjecture qu'il fut composé environ cinquante ans après la mort du héros, arrivée en 1099 (4).
(1) Ubi suprà.
(2) Ragione d'ogni poesia. Tom. l, p. 43.
(3) Dissertazioni sopra le antichita italiane. Monaco, 1765, in-4°. Tom. 2. Dissert. 32.
(4) Colección de poesías castellanas anteriores al siglo XV. Madrid, 1779. Tom. l, p. 223.
Quelques auteurs catalans modernes se sont efforcés de prouver, sans aucun titre, que leurs pères n'avaient rien emprunté des nôtres; et nous ne serions assez disposés à tolérer cette vanité littéraire par pitié pour leur indigence, si le très-grand nombre des meilleurs auteurs espagnols ne s'opposait à ce sentiment. Non contens de cette prétention, ils en ont affiché d'autres dont nous ferons ailleurs l'examen.
Nous avons désigné plus haut la fin du XIIIe siècle comme l'époque à laquelle les troubadours cessèrent de composer: voici les motifs qui ont déterminé notre opinion. D'abord l'autorité des manuscrits, desquels plusieurs sont du milieu de ce même siècle, et contiennent cependant presque tous les poètes que l'on trouve dans les manuscrits du XIVe, qui ne sont par conséquent que des copies d'autres manuscrits plus anciens; ensuite, parmi les troubadours dont les vies sont parvenues jusqu'à nous, il n'en est pas un seul qu'on puisse placer après l'an 1300, à moins qu'on ne veuille s'en rapporter à Nostradamus, dont les fables et les mensonges ne méritent aucune attention; enfin, l'institution des Jeux floraux en 1323, desquels La Faille a fait imprimer les lois et le règlement (1 : Annales de Toulouse. Tom. l. Preuve. Pag. 64 et suivantes).
Cette dernière raison nous paraît décisive, parce que si l'art eût été cultivé, l'on n'aurait pas fondé cet établissement destiné à le faire refleurir.
L'histoire nous apprend qu'alors tous les pays d'Oc avaient changé de domination; et ce changement dut être vivement senti par les Toulousains. Privés d'une cour brillante, qui répandait au milieu d'eux l'éclat de sa magnificence, il ne leur resta que le souvenir amer des maux dont ils furent long-temps accablés. Dès le commencement du XIIIe siècle, une guerre d'autant plus atroce, que la religion en était le prétexte (1), avait porté dans les états de Raimond VI la désolation et la mort.
(1) Voici ce qu'en dit un auteur contemporain:
Qu'il tienent à popelicans,
Et la legacie romaine
Les i conduit et les i maine,
N'est mie bien ceo m'est avis.
Et plus bas, en parlant de la venue de notre Seigneur au jour du jugement:
Que dirra il à ces franceis
Qui si prisiés chevalers sont,
Qui par devant croizer se font
Sovent contre ces Aubigeis?
Il ia plusors de ces franceis
Qui autretant à blâmer font
Come font cil sor qui il vont.
Manusc. sur vélin, in-4°. XIIIe siècle. Fonds de Colbert. Nous avons oublié d'en prendre le n.°
Les familles furent divisées, et les fortunes détruites. Chassés de leurs héritages par des brigands croisés, les possesseurs légitimes cherchèrent leur sûreté dans les cavernes des montagnes ou dans l'épaisseur des forêts. Le pillage, le dégât, le massacre, furent poussés à l'excès. Abandonnant leurs cellules, des moines forcenés allaient prêcher de toutes parts la révolte et l'assassinat. Chef de cette meute séditieuse, l'évêque de Toulouse, Fouquet, l'infâme Fouquet, se fesait remarquer par son acharnement contre Raimond, son bienfaiteur. Pour colorer sa rébellion, cet effrené partisan de Monfort imputait à son prince des torts imaginaires: et quand ces torts eussent été réels, en existe-t-il jamais d'assez grands pour dispenser un sujet de l'obéissance et de la fidélité qu'il doit à son légitime souverain. Mais tel était l'aveuglement à cette époque déplorable, que ce fourbe prélat fut presque vénéré comme un saint. Cependant d'odieux sacrifices de vengeance étaient offerts à l'Éternel par des prêtres inhumains, qui s'applaudissaient de la quantité de leurs victimes, et des rapides progrès du feu qu'ils avaient allumé.
Un nombre infini de personnes périt, égorgé par le fer ou dévoré par les flammes; et les campagnes, jadis chargées de riches moissons, ne présentèrent à l'oeil effrayé que des solitudes épouvantables, couvertes de cendres et d'ossemens. Dans cette subversion totale les muses restèrent muettes, ou du moins changèrent de ton. Au lieu des chants pleins de tendresse et d'enjouement, qui fesaient les délices des cours et des sociétés particulières, on n'entendit plus que des murmures d'indignation, des accens de douleur, des cris de misère ou des hurlemens de rage. Belles mais trop malheureuses contrées, que de maux le fanatisme vous a causés! Ministres d'un Dieu de paix, qu'avez-vous répondu, lorsqu'il vous a demandé compte de tant de sang que vous fîtes verser en son nom?
Couvrons d'un voile épais ce lugubre, mais fidèle tableau, dont nous sommes forcés de détourner nos regards en gémissant. L'homme juste et sensible voudrait effacer de l'histoire ces actes de haine et d'hypocrisie, faits pour soulever le chrétien le plus scrupuleux contre leurs abominables auteurs, monstres qu'il fallait étouffer dans la bourbe la plus infecte, en appelant sur eux les malédictions de la race présente et l'exécration des races futures.
Au milieu de tant de désastres, où l'on pouvait à peine concevoir l'espérance d'un avenir moins fâcheux, il était difficile de songer aux amusemens. Quoique ami des lettres, ainsi que ses aïeux, Raimond VII, occupé du soin de recouvrer ses états, donna d'abord peu d'encouragemens aux troubadours. Lorsque enfin à des jours d'orage il eut fait succéder des jours sereins, si la poésie sous sa protection sembla reprendre un moment de vie, ce ne fut que pour jeter son dernier soupir; cependant, comme les arts ne cessent pas tout à coup d'être cultivés, on trouve encore quelques poètes après la mort de ce prince. Ces derniers ne laissant point de successeurs, un silence universel régna sur le parnasse occitanien. Des citoyens de Toulouse tentèrent alors de faire revivre la gloire littéraire de leur patrie; mais le succès ne couronna point leurs efforts; la source vivifiante était tarie, et les lauriers desséchés dans leurs racines ne reprirent plus leur verdeur.
Nous nous sommes assez étendus sur cette matière, il est temps de parler de la rime.
Toutes les pièces des troubadours sont rimées: d'où la rime leur est-elle venue? C'est une question sur laquelle les savans sont très-divisés; les uns veulent qu'elle soit arrivée de l'Orient avec les Arabes, les autres du Nord avec les Visigots: il en est qui la dérivent du latin; il en est aussi qui la croient naturelle à tous les peuples. De ces diverses opinions, la moins soutenable, à notre avis, est celle qui la fait venir des Arabes. Nous avons plusieurs monumens antérieurs à leur passage en Europe, et même à Mahomet, qui prouvent évidemment que l'usage en était fort ancien. De ce nombre sont quelques hymnes de saint Ambroise et de saint Damase, ainsi que la chanson publique au sujet de la victoire remportée sur les Saxons par Clotaire II. Cette chanson appartient à l'année 627, et les Français, hommes et femmes, la chantaient dans leurs danses. En voici le commencement et la fin, tels qu'ils sont rapportés dans la vie de saint Faron de Meaux (1).
(1) Recueil des historiens de France. T. 3. p. 305; et l'histoire littéraire de la France. T. 3. p. 453-4.
Nous les transcrivons d'autant plus volontiers, qu'ils peuvent servir à donner une idée des chansons populaires des Romains.
De Clotario est canere rege Francorum
Qui ivit pugnare cum gente Saxonum;
Quàm graviter provenisset missis Saxonum;
Si non fuisset inclytus Faro de gente Burgundionum!
...
Quandò veniunt missi Saxonum in terram Francorum,
Faro ubi erat princeps
Instinctu dei transeunt per urbem Meldorum,
Ne interficiantur à rege Francorum.
Les deux fragmens suivans en langue bretonne, que l'on prétend être celle des Celtes, sont encore plus anciens (2).
(2) Richards, antiquae linguae britannicae thesaurus. Bristol, 1753.
in-8.° à la fin de la préface; et l'introduction à la grammaire. p. 17.
Ystinnawg fy nglin,
Cadwyn hayernin,
Yn nhy dayerin,
Am ben fy neu lin.
Aneurin.
Eu ner a folant,
Eu hiaith a gadwant,
Eu tîr a gollant
Ond gwyllt wallia.
Taliesin.
Le docteur Davies a traduit ainsi les quatre derniers vers.
Usquè laudabunt dominum creantem,
Usquè servabunt idioma linguae,
Arvaque amittent sua cuncta, praeter
Wallica rura.
Ces vers forment la 32.e strophe d'un célèbre poëme rimé qui en contient 37, et qui se trouve en entier dans un recueil de M.r N. Owen, avec une traduction diférente, également en vers saphiques, par le révérend David Jones (1 : British remains. London, 1777, in-8°)
Aneurin et Taliesin sont deux bardes gallois, dont le premier florissait en 510, et l'autre en 540.
Cambden pourrait nous fournir encore un fragment du même Aneurin; mais cette surabondance de preuves nous paraît inutile pour constater ce que nous avons avancé plus haut, que la rime existait en Europe avant le passage des Arabes dans cette partie du monde.
On peut en dire à peu près autant des Visigots et des autres peuples Scandinaves. Les Scaldes grossiers de ces nations barbares ne connaissaient que la poésie rhytmique; l'Edda de Soemund et l'épicède de Regner Lodbrok sont de ce genre. Si parmi les pièces rapportées par Wormius (1), Bartholin (2); Peringskiold (3), etc., il s'en trouve de rimées, les épithètes de pervetusta et d'antiquissima dont ils les accompagnent, ne déterminant aucune date, nous laissent flotter dans l'incertitude relativement à leur antiquité réelle.
Il n'en est pas ainsi des Latins; la rime leur était connue bien avant la fin de la république. En parlant de la zone que nous habitons, Cicéron dit (4): Non intermittit suo tempore.
Coelum nitescere, arbores frondescere,
Vites laetificae pampinis pubescere,
Rami baccarum ubertate incurvescere, etc.
Plus loin (5) il rapporte un fragment de l'Andromaque d'Ennius, fragment en partie étranger à notre sujet; mais nous le transcrivons en entier pour servir d'ornement à cette préface.
(1) Danica litteratura antiquissima. Hafniæ, 1651. in-fol.
(2) De causis contemptae à Danis adhùc gentilibus mortis. Hafnia, 1689, in-4.°
(3) Historiae regum septentrionalium. Stocholmiae, 1697, in-fol.
(4) Tuscul. Lib. l, n° 28. Edit. Genevae, 1758. in-4°.
(5) Ibid. Lib. 3, n° 19.
O pater, ô patria, ô Priami domus!
Septum altisono cardine templum,
Vidi ego te, adstante ope barbaricâ,
Tectis caelatis, laqueatis,
Auro, ebore instructum regificè.
O poetam egregium! s'écrie l'orateur enchanté.
Haec omnia vidi inflammari,
Priamo vi vitam evitari,
Jovis aram sanguine turpari.
Praeclarum carmen! Est enim et rebus, et verbis et modis lugubre.
Les cinq vers suivans, qui terminent la citation, se trouvent dans le recueil de Mattaire (1 : Opera et fragmenta veterum poetarum latinorum. Londini, 1713, in-fol. p. 1467, col. 2.)
Heu reliquias semiassi regis, denudatis ossibus,
Per terram sanie delibutam foedè divexarier,
Vidi, videreque passa sum aegerrimè
Curru Hectorem quadrijugo raptarier,
Hectoris natum de moero jactarier.
Il paraît qu'Ennius connaissait bien les auteurs grecs; et ceux-ci avaient occasionellement fait usage de la rime. Peut-être avait-il observé que, dans certains cas, elle ajoutait à l'expression une grâce et une énergie particulières. Cependant les Grecs, dont les Latins sont les imitateurs, dédaignèrent de s'en servir. Possesseur d'une langue également abondante et sonore, avec une prosodie bien marquée, ce peuple d'un goût délicat préféra l'harmonieuse variété des vers métriques à l'ennuyeuse monotonie des vers syllabiques et rimés.
Bornons ici nos recherches, qui d'ailleurs deviennent inutiles, si, comme le pense Crescimbeni, les poètes ont toujours rimé (1 : Comment. intorno all'istoria della volgar poesia. Venetia, 1731. Lib. l, c. 3, p. 94).
Tiraboschi ne s'éloigne pas de cette opinion, en disant:
“Chaque langue a des mots qui ont la même désinence, chaque langue a donc la rime; et chaque nation a pu dans tous les temps en faire usage ( 2 : Storia della letteratura italiana. Roma, 1782 et seq. in-4°. T. 3, lib. 4, p. 317.)”.
Nous ne contestons pas la justesse de ce raisonnement; nous accordons que l'origine de la rime et la faculté de l'employer se confondent avec l'origine des langues; mais enfin tous les peuples n'en ont pas fait usage en même temps. On peut donc demander quel est celui qui le premier offre une poésie soumise aux lois de la rime, et fournit aux autres le premier exemple de ce bon, ou plutôt de ce mauvais goût. Serait-ce un peuple de l'Asie, cet antique berceau du genre humain, par conséquent berceau du genre humain, par conséquent berceau des sciences et des arts? Cela devrait être; néanmoins les savans disputent sur la nature des vers des anciens Hébreux et des autres nations orientales (1).
(1) Voyez l'essai sur la poésie rhythmique, par Bouchaud. Paris, 1763, in-8.°, p. 7 et suiv.
Seraient-ce les Chinois, qui riment depuis quarante siècles (2)?
(2) Mémoires concernant l'histoire, les sciences et les arts des Chinois. Paris, 1776 et ann. suiv. in-4.° T. 8, p. 201.
Mais ces Chinois, presque inconnus jusqu'à nos jours, n'existaient pas pour nos ancêtres. Personne sans doute ne s'avisera d'aller chercher la rime parmi les peuples de l'Afrique ou de l'Amérique; il faut donc se rapprocher de ceux avec lesquels nous avons entretenu des correspondances ou formé des liaisons intimes, et voir si, par ce moyen, nous pouvons obtenir un résultat satisfaisant.
On a déjà vu que la rime ne venait ni des Arabes ni des Visigots; on vient d'observer que, quoique naturelle à tous les peuples, on ne trouve aucunes poésies sujettes à ses lois, qui ne soient postérieures aux pièces latines que nous avons indiquées; il est donc vraisemblable que nous la devons aux Romains. Lors de la décadence de leur langue, l'isochronie qui s'était introduite dans la prononciation, fit perdre la quantité, mal remplacée par les accens, et força de chercher d'autres bases à la poésie. La première de ces bases fut le nombre matériel des syllabes; celle-ci ne suffisant pas, on ajouta successivement la césure, le rhythme et la rime, agrémens sans lesquels nos langues modernes n'auraient point de versification.
Voilà l'état où se trouvait la poésie au temps des premiers troubadours. Ils n'eurent garde de la dépouiller des faux ornemens dont elle était revêtue, et qu'un long usage avait consacrés. Ainsi, la rime étant usitée, ils continuèrent de s'en servir. Leur principal mérite consiste dans la manière libre et variée dont ils surent l'employer; et nous ne croyons pas qu'à cet égard ils aient été surpassés par les poètes d'aucune nation.
Afin de ne rien oublier de ce qui les concerne, nous dirons un mot en passant de la dispute littéraire qu'occasiona l'édition des fabliaux des XIIe et XIIIe siècles. L'éditeur, en contestant aux troubadours leur titre d'inventeurs, qu'il prétendait appartenir aux trouverres, mit en avant un paradoxe pour le plaisir de le soutenir, et pour faire briller ses connaissances dans un genre de littérature peu cultivé. Notre amitié pour lui ne le garantira pas du reproche d'avoir dénaturé la question.
Il s'agissait de prouver que les trouverres étaient entrés dans la carrière poétique avant les troubadours; au lieu de cela,son injuste partialité lui fit exalter le mérite équivoque de nos plus anciens poètes du nord, et dénigrer le mérite réel de ceux du midi qu'il n'entendait point. Ensuite il hasarda certaines propositions peu dignes d'un bon esprit tel que le sien (1), puisqu'elles avaient l'inconvénient grave de jeter des semences de division entre des auteurs qui habitent les différentes parties de la France, tandis que tous contribuent, chacun selon ses moyens, à faire honneur à leur commune patrie.
Venons à la langue des troubadours.
L'occitanien, dit M. Denina (2), est un latin corrompu, qui ne diffère pas plus de l'italien et de l'espagnol, que le toscan ne diffère du lombard et du vénitien. La prononciation gracieuse et douce, l'enjouement, la franchise et la vivacité des habitans du pays rendaient leur parler merveilleusement agréable. Chaque province avait son dialecte; mais celui du Languedoc devint bientôt la langue générale.
(1) Dissert. sur les troubadours, pp. 101, 108-9. Edit. de Paris, 1781, 5.° in-12.
(2) Discorso sopra le vicende della letteratura. Berlino, 1784. T. l, p. 154.
Il dut cet avantage à la résidence de ses souverains, les plus puissans pairs du royaume, puisque, indépendamment du Languedoc et du marquisat de Provence, leur patrimoine héréditaire, ils étendaient leur domination sur le Rouergue, le Querci, l'Agenois, et sur cette partie de la Guienne comprise entre la Garonne et les Pyrénées, qui ressortissait au parlement de Toulouse. C'est dans cette antique ville des Tectosages, ensuite colonie des Romains; c'est dans cette ville, depuis capitale de différens états, et toujours amie des sciences et des arts, que les comtes avaient fixé leur séjour. La beauté du site, la fertilité du sol et l'aménité de l'air; la bonté des princes, la politesse des courtisans et les moeurs civilisées des sujets; en un mot, les causes physiques et morales donnèrent à la langue des troubadours l'harmonie, l'élégance et la douceur, qui la rendirent sans peine la plus belle de l'Europe. Les poètes du midi de la France, ceux du nord de l'Espagne et de l'Italie l'employèrent dans leurs vers de préférence à leurs idiomes naturels.
Ils enchantèrent leurs contemporains par ces enfans de leur génie; et la ville de Toulouse peut réclamer la gloire d'avoir elle seule fourni plus de troubadours, que deux des plus grandes provinces où l'occitanien était parlé (1 : Caseneuve, de l'origine des Jeux Floraux. Toulouse, 1659, in-4°, p. 58-9).
Nous ne dirons rien ici de l'origine de cette langue ni de sa formation, nous réservant à traiter ces deux points avec une certaine étendue dans la préface du glossaire que nous joindrons à notre recueil.
Pour le former, ce recueil, nous nous sommes servis des manuscrits dont nous donnerons la note. Ce sont autant de collections plus ou moins amples, et plus ou moins correctes des ouvrages des troubadours, faites en différens temps, soit en France, soit en Italie, par des motifs d'intérêt ou de curiosité; chacune contient plusieurs pièces et plusieurs poètes qui ne se trouvent point dans les autres, ce qui les rend toutes précieuses: elles sont à la bibliothèque nationale. C'est dans ce dépôt si riche, si digne du peuple qui le possède, qu'un homme de lettres est assuré de trouver les secours dont il peut avoir besoin, tant par le grand nombre de livres en tous genres qu'on y a rassemblés, que par la politesse, les lumières et le caractère communicatif de ses conservateurs.
Nous avons tiré des copies faites par Sainte-Palaye toutes les notices historiques et les pièces contenues dans les manuscrits d'Italie, lesquelles ne se trouvent point ailleurs. Elles seront désignées par une marque particulière.
Quant à la chronologie, nous avons suivi celle de l'abbé Millot, non comme exacte, mais pour éviter l'ennuyeuse discussion d'un objet, selon nous, d'assez médiocre importance. Nous avions eu d'abord l'intention de relever dans des notes une partie des bévues de ce négligent rédacteur, lorsque nous nous sommes aperçus que ces notes absorberaient le texte; ce qui nous a forcés de les supprimer.
Bastero, Quadrio, Crescimbeni, et l'auteur d'une dissertation sur les troubadours, insérée au tome 4e du dictionnaire de la Provence et du comté Vénaissin, ont donné des catalogues de nos poètes, les uns alphabétiques, les autres historiques et chronologiques, tous également fautifs, parce que ces auteurs ont pris pour base les vies des troubadours, publiées par Nostradamus, source première et source abondante d'erreurs.
Quoique notre recueil soit des plus complets, il y a beaucoup de troubadours desquels nous ne donnerons rien, ou seulement la notice historique qui les concerne, attendu qu'ils n'ont point laissé de pièce qui nous ait paru digne de voir le jour. Il en est au contraire que nous aurions pu donner en entier, sans la crainte de sortir des limites du plan que nous avons adopté. Quant aux ouvrages des femmes, la galanterie française nous imposait la loi de faire connaître toutes les productions des Sapho de ce temps-là.
Dans le choix des pièces, nous avons ordinairement préféré celles qui sont mentionnées dans l'histoire littéraire des troubadours, parce que les extraits ou traductions qu'elle contient peuvent être utiles à beaucoup de lecteurs. Comme beaucoup de ces pièces se trouvent rapportées à l'article de différens auteurs, nous ne placerons sous le titre de chacun que celles qui leur appartiennent, d'après le plus grand nombre des manuscrits; et nous ferons pour les autres une classe à part, en indiquant à quels troubadours elles sont attribuées. Il arrive souvent aussi que leurs chansons ont plus ou moins de couplets, et que ces couplets sont disposés dans un ordre différent. En ce cas, nous usons de notre droit d'éditeur, en ajoutant ou retranchant, de manière pourtant que le sens n'en soit point dérangé.
La raison métrique nous a servi quelquefois pour rétablir la juste mesure des vers. Les manuscrits n'ont point d'errata et doivent fourmiller de fautes, puisque le lecteur attentif en découvre dans les livres imprimés avec le plus de soin, malgré la perfection à laquelle l'art typographique a été porté de nos jours. Du reste, nous n'avons point imité Marot, qui, dans son édition du roman de la Rose, a refait des vers et rajeuni le langage; nos corrections ne sont autre chose que l'addition ou la suppression d'une syllabe, d'un article ou d'une conjonction, lorsqu'il nous a paru qu'il y avait oubli ou négligence de la part du copiste.
L'orthographe présente aussi ses difficultés. Elle était si peu fixe, qu'il n'est pas rare de rencontrer dans la même phrase un même mot différemment orthographié. En général, les scribes semblent s'être contentés de rendre le son, chacun d'après sa manière de prononcer, sans se mettre en peine ni de l'origine du mot, ni de l'idée qu'il devait exprimer. Il résulte de là une bigarrure souvent très-embarrassante.
Afin d'y remédier autant qu'il dépend de nous, et pour établir une sorte d'uniformité, nous avons suivi communément l'orthographe des plus anciens manuscrits, en l'assujétissant à l'ordre étymologique et à l'usage constant de nos provinces, sans nous permettre aucun changement qui ne soit autorisé par quelqu'un de ces manuscrits. C'est ainsi que nous avons écrit partout cant et canso, au lieu de chant et chanso que l'on trouve assez fréquemment, parce que l'H est moins une lettre qu'une simple aspiration, et que dans notre ancien idiome elle ne se prononçait point. Ros l'avait déjà remarqué pour le langage du royaume de Valence (1 : Practica de ortographia - práctica de ortografía - para los idiomas castellano y valenciano, escrita por Carlos Ros. Valencia, 1732, in-8°, p. 10, n° 12.).
Quiconque est un peu versé dans les anciennes écritures, sait, qu'excepté le point final, on n'y trouve aucun repos; que l'on n'usait ni d'apostrophe ni d'accent; que l'u n'est pas distingué du v, etc., etc.
Ne voulant point, sous prétexte de fidélité, nous conformer à l'ignorance des copistes d'alors, nous employons ces inventions modernes, qui faciliteront beaucoup la lecture et l'intelligence de l'original.
Pour ne pas multiplier les volumes, nous ne donnons que deux traductions, à cause qu'elles sont en vers. L'histoire littéraire des troubadours, ainsi que nous l'avons déjà dit, en contient un assez bon nombre; d'ailleurs c'est aux héritiers de leurs talens à faire revivre ces anciens poètes dans le langage des Français.
Quoique nés au centre des pays qu'ils illustrèrent, quoique leur langue soit notre langue maternelle, et qu'à cet avantage nous ajoutions celui d'une teinture des langues anciennes, d'une connaissance passable de celles du midi de l'Europe, ainsi que du vieux français et même de l'anglais, avec cela nous n'osons encore nous flatter d'avoir tout entendu. L'occitanien n'a point de dictionnaire qui nous ait transmis la signification des mots, dont plusieurs ont cessé d'être en usage.
La corruption probable des textes, et l'obscurité certains troubadours ont affectée, augmentent les difficultés, de sorte que l'on est souvent réduit au hasard des conjectures.
Avant de finir cette préface, nous croyons devoir justifier le titre que nous avons adopté. Les Romains donnèrent par excellence à la Gaule narbonnaise le nom de Provincia, d'où ses habitans furent appelés Provinciales, mal traduit par Provençaux. Lorsqu'à la fin du XIIIe siècle on divisa la France en deux langues, tous les pays dont les peuples disaient hoc pour oui, furent compris dans la langue d'Oc, en latin Occitania. C'est dans cette grande partie qu'ont fleuri les troubadours; et comme les dénominations exactes donnent une juste idée des choses, nous avons ajouté, sans balancer, à notre Parnasse l'épithète d'occitanien. A la vérité, c'est au Languedoc qu'on a restreint par la suite le nom d'Occitanie; mais, outre que ce mot n'est point d'un usage familier, dans cette acception même l'épithète serait encore assez juste, cette province pouvant être considérée comme la terre natale des troubadours, par le grand nombre qu'elle en a produits.
Nous finissons en disant que nous avions entrepris ce travail, plus marqué au coin de la patience qu'à celui du génie, dans la seule intention d'employer les heures de notre loisir. Quelques savans dont l'amitié nous est chère, ont jugé que ce travail avait son mérite et son utilité; ils nous ont en conséquence fortement pressés de le publier. Déférant en partie à leur avis, nous soulevons sans crainte la tombe de nos anciens poètes pour les rappeler à la vie, et pour les ramener sur la scène avec l'air, le costume et le langage qui leur étaient naturels.
Voici la note des manuscrits dont nous avons tiré les pièces qui composent notre recueil. Ils sont tous sur vélin.
Bibliothèque nationale.
l.° N° 2701. In-fol. magno. Fonds de la Vallière. Voyez le catalogue du cabinet de livres de cet amateur.
2.° N° 3204. In-fol. Fonds du Vatican. C'est celui sur lequel Crescimbeni a travaillé.
3.° N° 3794. In-4° Même fonds. Il n'a point de vies.
4.° N° 7225. In-fol. Ancien fonds. C'est un double de 3204, mais beaucoup mieux conservé. Il contient quatre poètes de plus; et nous l'avons préféré.
5.° N° 7226. In-fol. Ancien fonds. Ce manuscrit appartenait à Puimisson, avocat toulousain; et c'est probablement celui que Caseneuve avait lu.
Il n'a point de vies.
6.° N° 7614. In-fol. Ancien fonds.
7.° N° 7698. In-fol. id.
8.° Fonds de supplément. Un manuscrit petit in-4°, sans numéro, que nous croyons être celui de Caumon, désigné par S dans les recueils de Sainte-Palaye. Nous le désignons par C. Il n'a point de vies.
9.° Différentes pièces répandues dans d'autres manuscrits.
Bibliothèque particulière.
10.° Un manuscrit in-fol. vélin, écriture du XIVe siècle, ortographe italienne, contenant environ 428 pièces. Il n'a point de vies.
Nous devons la communication de ce manuscrit à l'amitié de M. de
Mac-Carthy. Il est désigné par M.
En visitant les bibliothèques de plusieurs départemens méridionaux, nous avons trouvé à celle de Carpentras deux volumes in-folio, manuscrits, sur papier, d'une mauvaise écriture, imparfaits et mouillés. Le premier volume contient le Breviari d'amor, par Matfre Ermengaud, cordelier, fraire mendre. Le second contient des fables et contes assez longs, et finit par des chansons à la Vierge Marie de quelques poètes du royaume de Valence. Nous n'avons pas voulu les recueillir.
Variantes et corrections.
Page 4, vers 26, lisez:
D'entre'ls fals li fin amador.
5, 3 Tremble... Trembli.
7, 26 Ma ventura... M'aventura.
8, 8 De la fera biza.
Et es fols qui desmezura
E no s ten de guiza...
8, 16 Si qu'en loc de ma ricor...
8, 26 E l'esperitz lai cor
Et ieu si m'estai alhor.
9, 14 Saissi l... S'aisso l.
9, 19 El mon non es nul afaire
Don ieu tan cossire,
S'ieu aug d'ellei ben retraire
Que mon cor noi vire,
E mon semblan no s'esclaire
Que qu'ieu n'auga dire,
Si qu'ades mi es vejaire
Qu'ai talen de rire.
Tan l'am...
12, 19 Que s'ie l cug... Que qan cug.
13, 12 E nuill pro non hi ai.
17, 21 Cet envoi, dans le cod. 43 de la Laurenziane, est ainsi:
Genoes, ses faillir,
Com plus aus demandar
Cortes faitz avinens
De reis e d'autras gens,
Lo vostre vei jauzir.
21, 16 Sian... Siam.
23, 9 Ecar, lisez partout: .. E car.
E car mai
Me ten gai
Amors que no fai
El bel temps de mai,
Eras...
23, l. Col. 2 El l'armat... El armat.
25, 12 Si ta's lo gabs... S'es tals lo gabs.
Page 26, vers l-4 D'aisso volh... lisez:
Per vos meteis volrai saber
Per qual nom seretz apelatz,
S'auretz nom drutz o molheratz
O voletz abdos retener.
26, 18-21 Sen... Sens.
27, 7-8 Ni rossinhols no i crida...
Ni rossinhols non i crida
Que l'an en mai nos ressida.
27, 14 Moc... Mov.
29, 5 E ill fatz... E ill fetz.
29, 19 Conosc hoi mai... Conosc e sai.
30, 21-3 Qu'ab las melhors...
Que pauc conquer hom nuaillos,
E val trop mais bes per un dos
Car compratz que quan s' enansa.
Humils, mans joingz, de genoilos
Me ren à vos qu'etz bel e pros
Domna de gaia semblansa.
35, 29 et
39, 9 Si tot... Sitot.
43, 17 Amitatz... Amistatz.
45, 18 De jos... Dejos.
46, 3 Fi m ieu... Fi m'ieu.
51, 15 Sieu... S'ieu.
56, 21 Sia clina... Si' aclina.
57, l E stat... Estat.
59, 8 Las baros... Los baros.
74, 5 Genlil... Gentil.
78, 14 Qu'el' es as pros. Qu'ilh es als pros.
85, 8 Laissavatz,... Laissavatz.
90, 14 M'apais... Me pais.
96, 12 Coms anfos... Coms Anfos.
107, 9 Ni'l bels... Ni'ls bels.
117, 4 Quer... Qu'er.
118, 17 Quar sol à lieis... Qu'à sola lieis.
122, 4 Mantener... Mantenir.
122, 29 Lo rics... Los rics.
123, 11 Quanc volc... Tan volc.
128, 14 Mas volh... Mas vos.
130, 14 Quanc... Qu'anc.
130, 32 Que parte... Que porte.
140, 17 Mas s'ieu fos... Mas s'ie'n fos.
141, 2 Anc. lisez: Ans.
141, 12 Com... Col.
141, 14 Lo servis... Li servis.
142, l Si tot... Sitot.
149, l Fa.i... Far.
152, 8 Tnich... Tuich.
155, 4 Denatz... Donatz.
162, 16 Lo jois 'e... Lo jois e.
167, 14 Talena... Talens.
169, 34 D'aqui enam... D'aqui enan.
170, 14 Edoncs... E doncs.
176, 2-8 Fi m ieu... Fi m'ieu.
177, l … Id.
178, 3 Tot se... Tot quant se.
179, 12 Enet... Anet.
180, 27 Guillem. Rostanh... Guillem-Rostanh.
196, 26 El la folor... E la folor.
204, 18 De se... Dese.
208, 5 Que me fai... Que m fai.
210, l Escusau... Escusan.
211, 11 Escondire... Escondir.
218, 10 Volio... Volia.
220, 15 Mes... Mas.
223, 31 Autrejat... Autrejet.
225, 5 Plus molher... Plus per molher.
240, 6 Mas en vei... Mas eu vei.
279, 25 Del falh... Defalh.
290, 14. Perclo... Perdo.
290, 19 Nommar... Nomnar.
304, 6 Do Tierci... De Tierci.
306, 4 Apres etras... Apres letras.
318, dernier La melhor... Lo melhor.
322 Vejaire... Vejaire
323, 29 Dieur... Dieu.
336, 18 Seria... Sezia.
349, 16 Estia Estia.
374, 12 Per vosva... Per vos vei.
Préface des troubadours.
Page X, à la note.
thomas jefferson, lisez Thomas Jefferson.
Aux variantes et corrections, page 30.
Humils, mans joingz, de genoilos
Me ren à vos qu'etz bel e pros.
Lisez:
Humils, mans joingz, de genoillos
Me ren à vos qu'etz bel' e pros.



