miércoles, 22 de noviembre de 2023

Résumé de la grammaire romane. Chapitre VII. Adverbes, prépositions, conjonctions.

Chapitre VII. 

Adverbes, prépositions, conjonctions.

Résumé de la grammaire romane. Chapitre VII. Adverbes, prépositions, conjonctions.


Je range sous un même titre les adverbes, les prépositions, les conjonctions, et les autres semblables éléments du discours; parce que, selon le rang qu' ils occupaient dans la phrase, leurs fonctions changeaient quelquefois: ainsi certains adverbes, suivis du Que, devenaient conjonctions; certaines prépositions le devenaient aussi, lorsqu'elles étaient immédiatement suivies du même Que; enfin les prépositions employées d' une manière absolue, et sans soumettre un nom quelconque à leur régime, devenaient adverbes.

Dans la langue latine, Post était tour à tour adverbe et préposition, et, suivi de Quam, devenait conjonction, de même, dans la langue romane, et dans les autres langues de l' Europe latine, il était quelquefois des mots qui offraient de pareilles variétés.

A mesure que les adverbes, les prépositions et les conjonctions passèrent de la langue latine dans la nouvelle langue, ils reçurent souvent l' adjonction d' une préposition romane, et notamment des prépositions A, DE, EN. 

Ainsi d' Intus vint Intz, Ins, auquel fut ajouté DE, qui produisit De ins, Dins, dans; et même, par réduplication de la préposition DE, fut formé Dedins, dedans.

De Satis latin vint Satz, qui reçut l' A, et forma asatz, assez.

Versus latin fit d' abord Vers, puis Ves, Vas, vers, auxquels furent jointes les prépositions DE et EN, qui produisirent Deves, Enves, Devas, Envas, etc., etc.


Adverbes.

J' ai établi cinq divisions au sujet des adverbes romans.

La première division concerne les adverbes terminés en Ment, désinence qu'on écrivait assez arbitrairement aussi Men, Mens ou Mentz.

Cette terminaison, qui caractérisa le plus grand nombre des adverbes romans, fut empruntée à une forme particulière, qu'on trouve dans la plupart des bons auteurs latins, laquelle consistait à employer, comme locution adverbiale, l' ablatif absolu Mente, en y joignant l' adjectif, qui recevait par cette forme un caractère d' adverbialité.

Mente latin étant féminin, l' adjectif roman auquel il fut joint pour former un adverbe, prit nécessairement la terminaison A, qui appartenait au genre féminin: tels que finament, finement, solament, seulement, verament, véritablement, formés des adjectifs Fis, Fina; Sol, Sola; Ver, Vera, etc.

Quand l' adjectif était commun et conséquemment n' avait qu'une terminaison pour les deux genres, cette sorte d' adverbe ne se forma pas moins en ajoutant Ment à cet adjectif, comme Coral, cordial, Humil, humble, etc., qui produisirent: coralmen, humilmen.

Lorsque plusieurs adverbes en Ment se trouvaient à la suite les uns des autres, cette finale, au lieu de s' attacher à chaque adjectif, pour lui imprimer le caractère adverbial, ne se plaça qu' après le dernier: Parlem suau e planamen, parlons doucement et franchement; et quelquefois qu' après le premier: 

Pregar humilmen e lialh e devota, prier humblement et loyalement et dévotement.

Les adverbes en Ment étaient quelquefois précédés d' une préposition:

EN breument, en bref.

La seconde division des adverbes romans comprend ceux dont la terminaison n' était pas spéciale, soit qu' ils fussent dérivés du latin, par la suppression de la désinence, comme Ben, bien de Bene, Pauc, peu de Pauce, etc., soit qu' ils eussent été formés extraordinairement par la langue romane elle-même, qui les avait appropriés à ses besoins, tels que: 

Petit, peu, Trop, beaucoup, etc.

La troisième division s' applique aux adjectifs employés neutralement en forme d' adverbes: Gen fui per vos honratz, gentement fus par vous honoré; ils prenaient des prépositions: En escur vauc com per tenebras, en obscur (obscurément) vais comme par ténèbres.

La quatrième division indique la forme romane qui consistait à employer souvent substantivement plusieurs de ces adverbes, lesquels devenaient alors sujets ou régimes, et même recevaient l' article qui s' attachait aux substantifs et servait à les distinguer: Del plus serai sofrire, du plus serai souffrant: Al pis tost que poc, au plus tôt que put.

Enfin la cinquième division est relative à l' usage des locutions adverbiales; 

Al meu albire, à mon avis, mon escien, à mon escient, mal mon grat, malgré moi, etc., etc., dont l' explication appartient spécialement au lexique roman.


Prépositions. 

Les prépositions de la langue romane se formaient souvent d' un adverbe, 

surtout par l' adjonction d' une particule qui leur imprimait le caractère et 

la fonction de préposition; elles devenaient adverbes à leur tour lorsqu' elles étaient employées sans régime, et enfin elles devenaient aussi conjonctions quand elles étaient suivies d' un signe ou d' une particule qui leur permettait de servir de lien entre les membres de la phrase, ou entre les phrases mêmes.

Les formes romanes, à l' exemple de la langue latine, assujettissaient en 

général le substantif ou le nom employé substantivement, après une préposition, à prendre le signe qui exprimait et caractérisait le régime; de même, comme dans le latin, la langue romane joignit souvent à ses verbes, et même aux substantifs et aux adjectifs, une préposition antécédente, qui quelquefois se confondait avec ces noms, et d' autres fois y était seulement adhérente, mais sans les soumettre eux-mêmes comme régimes; car alors ces prépositions devenaient en quelque sorte des adverbes:

sobrafan, sur-chagrin, sobretemer, sur-crainte.

Il est toutefois à remarquer que la préposition incorporée ou adhérente n' empêchait pas, soit le substantif, soit le nom qui en faisait la fonction, de prendre le signe du sujet: sobretemers me fai languir, sur-crainte me fait languir, per sobretemer vau defailir, par sur-crainte vais défaillir.

Remarque. La préposition DE était souvent supprimée devant les noms propres: Jaufre lo filh ... Dovon, Jaufre le fils (de) Dovon; cette suppression avait également lieu parfois devant des substantifs qui expriment des noms propres génériques, qualificatifs: lo servici ... Nostre Senhor, le service (de) Notre Seigneur.

De même, on disait: Lo filh … lo rey, le fils (du) roi, li efan ... lo comte,

les enfants (du) comte.


Conjonctions. 

Presque toutes les conjonctions romanes furent formées par l' adjonction du QUE indéclinable, qui était parfois sous-entendu.

Je me bornerai à quelques observations sur les particules.

La langue romane adopta ET, conjonction latine, mais au-devant des mots qui commençaient par des consonnes, le T final fut généralement supprimé.

NI fut à la fois particule conjonctive signifiant ET, et particule disjonctive avec le sens de NE, mais dans cette seconde acception il y avait toujours dans la phrase la négation Non, tandis que, dans la première, cette négation ne s' y trouvait jamais.

SI NON, sinon, fut employé de deux manières: la première, en conservant rapprochées ces deux particules pour en faire un seul mot, Sinon; 

la seconde, en les séparant, mais alors si fut toujours placé le premier: 

non ho dic SI per ver NON, ne le dis sinon pour vrai.

Pour augmenter la force de la négation non, la langue romane y joignit souvent des particules explétives telles que gaire, ges, mia, pas, res.

Enfin celle langue eut aussi de ces particules, employées dans un sens absolu, qu'on nomme interjection, exclamation, et qui servent à exprimer les sentiments de surprise, de douleur, d' admiration, etc., telles que Ai! ah! Las! Hailas! las! hélas! etc.

Il me resterait maintenant à parler des nombreuses locutions particulières que créa l' idiome roman, et dont la plupart se retrouvent dans ceux de l' Europe latine, mais comme je ne pourrais en donner ici qu'une énumération incomplète, je préfère à ce sujet renvoyer au Lexique, qui présentera d' ailleurs sur chaque mot des détails et des exemples propres à faire mieux connaître et apprécier les formes et le génie de la langue romane.

Résumé de la grammaire romane. Chapitre VI. Verbes.

Chapitre VI.

Verbes.

Résumé de la grammaire romane. Chapitre VI. Verbes.


Les verbes romans peuvent être classés en trois conjugaisons:

AR, ER ou RE, IR ou IRE.

La langue romane avait deux verbes auxiliaires:

AVER, avoir.

ESSER ou ESTAR, être. 

L' auxiliaire Aver appartient à la seconde conjugaison.

Quant aux verbes Esser et Estar, qui forment l' autre auxiliaire, Estar appartient à la première conjugaison, et Esser est à la fois irrégulier et défectif. 

Aver (1) Avoir.

Infinitif. (2)

Présent. Aver avoir

Part. présent. Avent ayant

Gérondif. Aven en ayant

Part. passé. Agut, avut eu

Prétérit. Aver agut, avut aver eu

 

Indicatif.

Présent.

Ai, ei j' ai

As tu as

A il a

Avem nous avons

Avetz vous avez

An, ant ils ont

 

Imparfait. 

Avia j' avais

Avias tu avais

Avia il avait

Aviam nous avions

Aviatz vous aviez

Avian, avien, avion ils avaient

 

Parfait simple.

Aic, agui j' eus

Aguist, aguest tu eus

Ac, aguet il eut

Aguem nous eûmes

Aguetz vous eûtes

Agueren, agueron ils eurent 

Parfait composé.

Ai agut, avut j'ai eu

As tu as 

A il a

Avem agut, avut nous avons

Avetz vous avez

An ils ont

 

Plus-que-parfait.

Avia agut, avut j' avais eu

Avias tu avais

Avia il avait

Aviam agut, avut nous avions

Aviatz vous aviez

Avian ils avaient

 

Futur.

 

Aurai, Aurei j' aurai

Auras tu auras

Aura il aura

Aurem nous aurons

Auretz vous aurez

Auran ils auront

 

(1) Quelques Mss. offrent l' H initial et même le B intérieur d' HABERE, primitif latin.

(2) Je place d' abord l' infinitif, parce qu' il serait impossible de se rendre raison des temps composés, si l' on n' avait déjà connaissance du participe passé.

 

Conditionnel. Subjonctif.

Présent. Présent.

Auria (1) j' aurais aia j' aye

Aurias tu aurais aias tu ayes

Auria il aurait aia il ait

Auriam nous aurions aiam, agam nous ayons

Auriatz vous auriez aiatz vous ayez

Aurian, aurion ils auraient aian, aion ils ayent

 

Parfait. Imparfait.

Auria agut, avut j' aurais eu agues j' eusse

Aurias tu aurais aguesses tu eusses

Auria il aurait agues il eût

Auriam nous aurions aguessem nous eussions

Auriatz vous auriez aguessetz, acses; vous eussiez

Aurian ils auraient; aguessen, aguon, acson; ils eussent

 

Impératif. Parfait.

… … aia agut, avut j' aye eu

Aias aye aias tu ayes

Aiam, aiem ayons etc. etc.

Aiatz ayez agues, agut, avut j' eusse eu Aian, aion qu' ils aient etc. etc.

 

Ce verbe auxiliaire s' employait quelquefois impersonnellement: 

loncx temps A, il y A long-temps.

 

(1) Le verbe Aver et plusieurs autres ont un double conditionnel présent:

Agra, agras, agra, agram, agratz, agran, agron; et, par analogie, un double conditionnel passé: Agra agut, avut, etc. (N. E. chap. haguera habut, avut o tingut o sabut &e, hagueres, haguere, haguerem, haguereu, hagueren)

 

Esser, Estar, Être.

Infinitif.

Présent. Esser Estar (1) être

Part. Présent. Essent Estant étant

Gérondif. Essen Estan en étant

Part. passé. Estat été

Prétérit. Aver estat avoir été

 

Indicatif.

Présent.

Sui, Soi, Son Estai, estau, estauc je suis

Est, Iest, Ses, Siest Estas tu es

Es, Ez Esta, estai il est

Em, Sem Estam nous sommes

Etz, Ietz, Es Estatz vous êtes

Sun, Son, Sont, So Estan, eston ils sont

 

Imparfait.

Era Estava j' étais

Eras Estavas tu étais

Era, Er Estava était

Eram Estavam nous étions

Eratz Estavatz vous étiez

Eran, eron Estavan, estavon ils étaient

 

Parfait simple.

Fui Estei je fus

Fust Estest tu fus

Fo, Fon Estet, estec il fut

Fom Estem nous fûmes

Fotz Estetz vous fûtes

Foren, foron Esteren, esteron ils furent

Parfait composé. Ai estat, etc. j' ai été

Plus-que-parfait Avia estat, etc. j' avais été

Futur.

Serai, serei, Er Estarai         je serai

Seras Estaras         tu seras

Sera, Er Estara il sera

Serem Estarem nous serons

Seretz Estaretz vous serez

Seran Estaran ils seront

 

(1) On trouve parfois estre, istar pour estar; je crois devoir les signaler ici, quoique Estre appartienne plus spécialement à l' ancien français.

 

Conditionnel.

Présent. 

Seria (1) Estaria Estera je serais

Serias Estarias Esteras tu serais

Seria Estaria Estera il serait

Seriam Estariam Esteram nous serions

Seriatz Estariatz Esteratz vous seriez

Serian, serion Estarian, estarion; Esteran ils seraient

 

Passé. Auria estat, etc. j' aurais été

 

Impératif. 

Présent.

Sias Esta sois

Sia Esta soit

Siam Estem soyons

Siatz Estatz soyez

Sian, Sion Esten, eston soient

 

Subjonctif.

Présent.

Sia Este, estia je sois

Sias Estes tu sois

Sia Este, estia il soit

Siam Estem, estiam nous soyons 
                
                Siatz Estetz vous soyez

Sian, Sion Esten, eston ils soient

 

Imparfait. 

Fos Estes je fusse

Fosses Estesses tu fusses

Fos, Fossa Estes il fût

Fossem Estessem nous fussions
                
                Fossetz Estessetz vous fussiez

Fossen, fosson, fossan Estessen, estesson ils fussent

 

Parfait. Aia estat, etc. j' aye été

Plus-que-parfait. Agues estat, etc. j' eusse été

 

(1) Ou Fora, foras, fora, foram, foratz, foran – foren - foron.

 

Première conjugaison en AR.

Actif. 

Amar. Aimer. 

Infinitif.

Présent. Amar aimer

Part. présent. Amant aimant

Gérondif. Aman en aimant

Part. passé. Amat aimé

Prétérit. Aver amat avoir aimé

 

Indicatif. 

Présent. Parfait composé. 

Am, Ami j' aime Ai amat j'ai aimé

Amas tu aimes As tu as

Ama, Am il aime A il a

Amam nous aimons Avem nous avons

Amatz vous aimez Avetz vous avez

Aman, amon, amen ils aiment An ils ont

 

Imparfait. Plus-que-parfait. 

Amava j' aimais Avia amat j' avais aimé

Amavas tu aimais Avias tu avais

Amava il aimait Avia il avait

Amavam nous aimions Aviam nous avions

Amavatz vous aimiez Aviatz vous aviez

Amavan, amavon ils aimaient Avian ils avaient

 

Parfait simple. Futur simple. 

Amei, amiei j' aimai Amarai, amerai j' aimerai

Amest, amiest tu aimas Amaras tu aimeras

Amet (1) il aima Amara il aimera

Amem nous aimâmes Amarem nous aimerons

Ametz vous aimâtes Amaretz vous aimerez

Ameren, ameron ils aimèrent Amaran ils aimeront

 

(1) Cette troisième personne prit, dans quelques verbes, le C final au lieu du T, on disait indifféremment parlet, ou parlec, il parla, etc.

 

Indicatif. Subjonctif.

 

Futur composé. Présent.

Aurai amat j' aurai aimé Ame que j' aim

Auras tu auras Ames tu aimes

Aura il aura Ame il aime

Aurem nous aurons Amem nous aimions

Auretz vous aurez Ametz vous aimiez

Auran ils auront Amen, amon ils aiment

 

Conditionnel. 

Présent. Imparfait.

Amaria, amera j' aimerais Ames que j' aimasse

Amarias, ameras tu aimerais Amesses tu aimasses

Amaria, amera il aimerait Ames il aimât

Amariam, ameram nous aimerions Amessem nous aimassions

Amariatz, ameratz vous aimeriez Amessetz vous aimassiez

Amarian (1: amarion), ameran (2: amerion) ils aimeraient

Amessen, amesson, amessan            ils aimassent.

 

Parfait. Parfait. 

Auria amat j' aurais aimé Aia amat j' aye aimé

Aurias tu aurais Aias tu ayes

Auria il aurait Aia il ait

Auriam nous aurions Aiam nous ayons

Auriatz vous auriez Aiatz vous ayez

Aurian ils auraient Aian ils aient

 

Impératif. 

Présent ou Futur. Plus-que-parfait. 

… … Agues amat j' eusse aimé

Ama, Am aime Aguesses tu eusses

Ama qu' il aime Agues il eût

Amem aimons Aguessem nous eussions

Amatz aimez Aguessetz vous eussiez

Amen, amon qu' ils aiment Aguesson ils eussent

 

Deuxième conjugaison en ER, ou RE.

Actif.

Temer, craindre.

 

Infinitif.

Présent. Temer, craindre

Part. présent. Tement craignant

Gérondif. Temen en craignant

Part. passé. Temut, temsut craint

Prétérit. Aver temut, temsut avoir craint

 

Indicatif.

Présent. Parfait composé.

Tem, temi je crains Ai temut, temsut j' ai craint

Temes tu crains As tu as

Teme, Tem il craint A il a

Temem nous craignons Avem nous avons

Temetz vous craignez Avetz vous avez

Temen, temon ils craignent An ils ont

 

Imparfait. Plus-que-parfait.

Temia je craignais Avia temut, temsut j' avais craint

Temias tu craignais Avias tu avais

Temia il craignait Avia il avait

Temiam nous craignions Aviam nous avions

Temiatz vous craigniez Aviatz vous aviez

Temian ils craignaient Avian ils avaient

 

Parfait simple (1).

Temi, temei, temiei, temsi je craignis

Temist, temest tu craignis

Temi, temet il craignit

Temem, temim nous craignîmes

Temetz, temitz vous craignîtes

Temeren, temeron (2: temiren, temiron) ils craignirent 

 

Futur simple.

Temerai je craindrai

Temeras tu craindras

Temera il craindra

Temerem nous craindrons

Temeretz vous craindrez

Temeran ils craindront

 

(1) Des verbes en ER subissaient une contraction: vezer, voir, faisait vi, vim; d' autres étaient modifiés intérieurement: prendre, prendre, faisait presi, sem, setz (presem, presetz), etc.

 

Indicatif. Subjonctif.

Futur composé. Présent.

Aurai temut, temsut j' aurai craint Tema que je craigne

Auras tu auras Temas tu craignes

Aura il aura Tema il craigne

Aurem nous aurons Temam nous craignions

Auretz vous aurez Tematz vous craigniez

Auran ils auront Teman ils craignent

 

Conditionnel.

Présent. Imparfait.

Temeria, temera je craindrais Temes, temses je craignisse

Temerias, temeras tu craindrais Temesses, tu craignisses 

Temeria, temera il craindrait Temes, temses il craignît 

Temeriam, temeram nous craindrions Temessem nous craignissions

Temeriatz, temeratz vous craindriez Temessetz vous craignissiez

Temerian, temeran ils craindraient Temessen ils craignissent

 

Parfait. Parfait. 

Auria temut, temsut; j' aurais craint Aia temut, temsut j' aje craint

Aurias tu aurais Aias tu ayes 

Auria il aurait Aia il ait 

Auriam nous aurions Aiam nous ayons

Auriatz vous auriez Aiatz vous ayez

Aurian ils auraient Aian ils aient

 

Impératif. 

Présent ou Futur. Plus-que-parfait

… … Agues temut, temsut j' eusse craint 

Teme crains Aguesses tu eusses 

Teme, tem qu' il craigne Agues il eût 

Temem craignons Aguessem nous eussions

Temetz craignez Aguessetz vous eussiez

Temen, temon qu' ils craignent Aguesson ils eussent

 

Troisième conjugaison en IR et IRE. (1)

Actif. 

Sentir, Sentir. 

Infinitif. Sentir, sentire sentir

Part. présent. Sentent sentant

Gérondif. Senten en sentant

Part. passé. Sentit senti

Prétérit. Aver sentit avoir senti

 

Indicatif. 

Présent. Parfait composé.

Sent, Senti je sens Ai sentit j' ai senti

Sentis tu sens As tu as

Sent, Senti il sent A il a

Sentem nous sentons Avem nous avons

Sentetz vous sentez Avetz vous avez

Senten, senton ils sentent An ils ont

 

Imparfait. Plus-que-parfait.

Sentia je sentais Avia sentit j' avais senti

Sentias tu sentais Avias tu avais

Sentia il sentait Avia il avait

Sentiam nous sentions Aviam nous avions

Sentiatz vous sentiez Aviatz vous aviez

Sentian ils sentaient Avian ils avaient

 

Parfait simple. Futur simple.

Senti je sentis Sentirai je sentirai 

Sentist tu sentis Sentiras tu sentiras

Senti il sentit Sentira il sentira

Sentim nous sentîmes Sentiram nous sentirons

Sentitz vous sentîtes Sentiratz vous sentirez

Sentiren, sentiron; ils sentirent Sentiran ils sentiront

 

(1) Ces verbes, peu nombreux, offrent rarement des anomalies, et ce qui en fait une classe à part, e'est qu'en général ils n' ont qu'un conditionnel, tandis que les verbes des autres conjugaisons en ont régulièrement deux.

Indicatif. Subjonctif.

Futur composé. Présent.

Aurai sentit j' aurai senti Senta (1) que je sente

Auras tu auras Sentas tu sentes

Aura il aura Senta il sente

Aurem nous aurons Sentam nous sentions

Auretz vous aurez Sentatz vous sentiez

Auran ils auront Sentan ils sentent

 

Conditionnel.

Présent. Imparfait.

Sentiria je sentirais Sentis que je sentisse

Sentirias tu sentirais Sentisses tu sentisses

Sentiria il sentirait Sentis que il sentît

Sentiriam nous sentirions Sentissem nous sentissions

Sentiriatz vous sentiriez Sentissetz vous sentissiez

Sentirian ils sentiraient Sentissen, sentisson; ils sentissent

 

(1) Des verbes ont ce présent en ia, ias, ia, iam, iatz, ian - ion,

 

Parfait. Parfait.

Auria sentit j' aurais senti Aia sentit que j' aie senti

Aurias tu aurais Aias tu ayes

Auria il aurait Aia il ait

Auriam nous aurions Aiam nous ayons

Auriatz vous auriez Aiatz vous ayez

Aurian ils auraient Aian, aion ils aient

 

Impératif. 

Présent ou Futur. Plus-que-parfait.

… … Agues sentit que j' eusse senti

Senti, Sent sens Aguesses tu eusses

Senti qu' il sente Agues il eût

Sentam sentons Aguessem nous eussions

Sentetz sentez Aguessetz vous eussiez

Sentan, senton qu' ils sentent Aguesson ils eussent

 

Observations sur les verbes romans.

Je ferai d' abord remarquer que le passif des verbes romans se formait en joignant le participe passé de chaque verbe aux différents temps et modes du verbe Esser, sauf les temps composés, qui se formaient à l' aide du participe passé d' Estar: ai estat amat, j'ai été aimé. Les règles relatives aux conjugaisons passives ne souffraient jamais d' exception.

Le lexique offrant des détails nombreux et spéciaux, surtout à l' égard des anomalies particulières, je me bornerai à parler des exceptions ou anomalies communes à plusieurs verbes romans.

Les modifications subies par les verbes romans, en diverses personnes de leurs divers temps, consistaient ou dans les changements des désinences, ou dans les changements, additions, soustractions de lettres intérieures.

Les terminaisons des verbes romans offraient peu d' anomalies; en général, ces anomalies se trouvaient: aux participes passés, aux premières et aux troisièmes personnes du présent de l' indicatif, aux premières et aux troisièmes personnes du prétérit simple du même mode.

Les modifications intérieures s' appliquaient ordinairement aux mêmes temps des mêmes modes. 

 

Infinitifs.

Présent.

Dans quelques verbes romans en ER ou RE, en IR ou IRE, le présent de l' infinitif avait plus d' une terminaison.

Ainsi: Far, faire, et Faire, fazer.

Querer, quérir, Querre, et leurs composés.

Seguir, suivre, Segre, et leurs composés.

Dir, dire, etc., Dire, etc.

Remarque. Quand une anomalie s' explique par la conjecture très vraisemblable que les verbes où elle se trouve variaient primitivement la terminaison de leur infinitif, cette explication ne doit pas être rejetée.

Far, Faire, étaient très vraisemblablement des modifications de l' infinitif primitif Fazer, du latin Facere (N. E. castellano antiguo facer o fazer : hacer); aussi Far et Faire n' avaient-ils qu'un même participe présent fazent, qu'un même gérondif fazen (1).

De même, dans l' hypothèse inverse, si des verbes romans, tels que Vezer, voir, Plazer, plaire, etc., font au futur de l' indicatif veirai, plairai, etc., ne 

doit-on pas admettre que ces verbes ont eu une seconde terminaison au présent de leur infinitif Veire, Plaire, quand même celle-ci ne se retrouverait pas dans les écrits qui nous sont parvenus?

Le présent de l' infinitif pouvait se joindre à la plupart des prépositions: 

A far, a faire, DE servir, de servir; PER emblar, pour voler, etc.

 

Participes présents, gérondifs, participes passés.

Les participes présents et passés n' étant que des adjectifs verbaux, furent ordinairement soumis à la règle générale, qui ôtait à chaque adjectif latin la désinence caractéristique de ses cas. (2)

Les gérondifs romans, formés en supprimant DO, finale caractéristique de l' un des gérondifs latins, demeurèrent invariables, comme ils l' étaient dans la langue qui les avait fournis. (3)

(1) Les écrits des Vaudois, qui remontent à l' an 1100, offrent de ces terminaisons d' infinitifs, qui ne sont plus dans les écrits postérieurs, ainsi on y trouve Combater, combattre, Render, rendre, etc., au lieu de combatre, rendre, usités plus tard.

(2) Les participes présents dont la terminaison fut toujours ANT ou ENT, restèrent, comme adjectifs verbaux, soumis aux règles générales de l' S final, qui étaient imposées aux adjectifs ordinaires.

(3) AN ou EN fut la terminaison caractéristique de tous les gérondifs romans.

Ils s' employaient sans préposition, ou avec la préposition EN: 

Aman viu, je vis aimant; me vuelh en chantan esbaudir, me veux en chantant esbaudir.

Les participes latins, soit présents, soit passés, adaptés à la langue romane par la suppression de la désinence qui caractérisait leurs cas, paraissaient quelquefois manquer d' analogie avec le présent de l' infinitif, quand ce présent avait subi la modification souvent imposée à plusieurs autres verbes.

Ainsi de Credentem latin, était venu le participe roman crezent; mais le présent de l' infinitif latin Credere ayant, par des modifications successives, produit le présent de l' infinitif roman Creire, on ne reconnaîtrait pas d' analogie entre les temps de l' infinitif:

Creire, présent, venant de credere; 

Crezen, gérondif, credendo;

Crezent, participe présent, credentem;

Crezut, participe passé, creditum. 

La plupart des participes passés se formèrent directement par la suppression de la désinence du participe latin, quoique cette modification ne fût pas conforme à la modification subie par le présent de l' infinitif. (1: 

On s' étonnerait avec raison que le présent de l' indicatif Nascer, naître, eût produit le participe passé Nat, si l' on ne reconnaissait facilement que Nat a été dérivé directement de natum, et que l' infinitif Nasci, entrant dans la langue romane, qui donna à tous les infinitifs de sa deuxième conjugaison la désinence ER ou RE, prit cette terminaison ER et produisit Nascer.)

Un très grand nombre de verbes romans formèrent leurs infinitifs présents, leurs participes présents, leurs gérondifs, leurs participes passés, d' après des règles d' analogie aussi simples qu' invariables.

Présent. Part. présent. Gérondif. Part. passé.

Ar. 

Rom. Amar amant aman amat.

Lat. Amare amantem amando amatum.

ER ou RE.

Rom. Plazer plazent plazen plazut.

Lat. Placere placentem placendo placitum.

IR ou RE.

Rom. Auzir auzent auzen auzit.

Lat. Audire audientem audiendo auditum.

Comme la langue romane avait un assez grand nombre de participes passés qui s' éloignaient plus ou moins de cette forme ordinaire, je ferai quatre classes des différentes exceptions.

Première classe. Elle comprend les participes passés qui avaient été conservés du latin, sans autre altération que la suppression de la désinence, quoique le présent de l' infinitif eût subi une altération plus ou moins considérable:

PART. ROM. INF. ROM. PART. LAT. INF. LAT.

AT. Irat (1) irascer iratum irasci.

Nat nascer natum nasci.

ARS. Ars ardre arsum ardere.

AUS. Claus claure         clausum claudere.

ERT. Ubert ubrir         apertum aperire.

IPT. Escript escriure scriptum scribere.

IT. Fugit fugir fugitum fugere.

ORS. Cors         corre cursum currere.

ORT. Mort         morir mortuum moriri.

Deuxième classe. Elle se compose des participes passés romans qui, dans leur formation, offrirent des modifications remarquables, soit que le présent de l' infinitif eût été formé ou non d' après la règle générale:

AT. Tronat tronar tonitrum tonare.

ERS. Aers aerdre adhaesum adhaerere.

ES. Promes promettre promissum promittere.

Pres prendre prehensum prehendere.

IST. Quist querre quaesitum quaerere.

Vist vezer visum videre.

IT. Complit complir completum complere.

Salit salir saltum salire.

Seguit (2) segre, seguir secutum sequi.

Trahit trahire traditum tradere.

Trait traire tractum trahere. 

BUT. Recebut recebre receptum recipere.

CUT. Viscut viure victum vivere.

DUT. Mordut mordre morsum mordere.

GUT. Begut beure bibitum bibere.

PUT. Romput rompre ruptum rumpere.

ZUT. Cazut cazer casum cadere.

(1) La langue romane avait aussi le participe régulier irascut.

(2) On disait également segut.

Troisième classe. Elle offre les participes passés qui avaient été formés par analogie avec les autres participes romans, ou avec le présent de l' infinitif, soit que la langue latine n' eût pas un supin ou un participe d' où ils pussent être dérivés, soit que la nouvelle langue rejetât le supin ou le participe passé du verbe latin défectif. 

PART. ROM. INF. ROM. PART. LAT. INF. LAT.

ERT. Uffert uffrir offerre.

IT. Florit florir         florescere.

Luzit luzer lucere.

OLT. Tolt tolre tollere.

UT. Batut batre batuere.

Temut temer timere.

Quatrième classe. Cette dernière classe comprend les participes passés en AT des verbes romans qui, changeant la terminaison latine, étaient entrés dans la conjugaison en AR, quoique originairement ils eussent appartenu à une autre conjugaison latine. 

AT. Adolzat adolzar dulcitum dulcescere.

Cobeitat cobeitar cupitum cupere.

Oblidat oblidar oblitum oblivisci.

Tremblat tremblar         tremere.

Usat usar usum uti.

Quelques participes passés romans, dérivés directement des supins ou des participes passés de la langue latine, subirent parfois des modifications si peu importantes, et si faciles à reconnaître, que je n' ai pas cru nécessaire d' en faire une classe à part; tels sont entre autres:

Roman. Latin.

Fach, fait, factum

Destruit, destructum

Escrich, escrit, scriptum

Junh, joinh, junctum, etc. (1)

(1) L' euphonie, et même seulement l' orthographe ou la prononciation, ont pu produire ces légères altérations, ainsi:

CT, PT ont été facilement changés en C, CH ou T.

NCT, etc. en NH, etc.

Quant à l' introduction de l' I, elle fut si commune dans les autres mots que la langue romane dériva de la langue latine, qu' il n' est pas nécessaire de donner une nouvelle explication à cet égard.

Quelques verbes romans avaient plus d' un participe passé, comme:

Conques, conquist, de Conquerre, conquerer.

Elet, elegit, elegut,         Eleger, elegir.

Pour expliquer ces variétés, je dirai que de ces participes, les uns avaient été fournis directement par les participes latins, et que les autres furent formés par analogie d' après l' infinitif roman, ou d' après les infinitifs romans, quand le verbe en avait eu plus d' un.

Quant au féminin des participes passés romans, la terminaison A au singulier, et la terminaison AS au pluriel, caractérisaient ces adjectifs verbaux comme tous les autres; mais il est à observer que tous les participes qui au masculin se terminaient en T précédé d' une voyelle, changeaient au féminin ce T final en D, qui recevait l' A et l' AS caractéristiques du genre, amat, amada, aimé, aimée, etc. 

Cette règle était sans exceptions.

Indicatifs.

Présent. 

Les trois conjugaisons formaient ordinairement la première personne du présent de l' indicatif, en supprimant la finale caractéristique de l' infinitif.

Amar, temer, partir.

Voici les principales modifications que subissait la règle générale.

Cette première personne prenait très souvent un I, et quelquefois, mais rarement, un E: Azire, je hais; Descobre, je découvre.

Quelques verbes de la deuxième conjugaison pouvaient retrancher la consonne qui restait après la suppression de la finale ER ou RE, et y substituer la voyelle I; ainsi,

Dever faisait à la fois Deu et Dei.

Saber Sap et Sai, etc.

Lorsque, après la suppression de la finale caractéristique de l' infinitif, il restait deux consonnes, dont l' N était la pénultième, la dernière lettre fut ordinairement supprimée:

AR. ER ou RE. IR ou RE.

Chantar Atendre Blandir.

Mandar Rendre Sentir.

Quelquefois, mais très rarement, l' I final de la première personne du présent en EI, était supprimé dans certains verbes, tels que: crei, mescrei, qui produisit cre, mescre, etc.

On retrancha parfois la consonne finale placée après AU: Lauzar, produisit Lau, Auzir, Au, etc.

Souvent on changea des consonnes finales:

B en P. Trobar fit trop.

D en T. Gardar gart.

ID en G. Cuidar cug.

Z en G ou S. Auzir aug, aus.

Des verbes conservèrent ou reprirent la consonne finale que fournissait le verbe latin au lieu de celle qu' offrait le verbe roman.

ROMAN. LATIN. 

Prec de Pregar Precari. 

Sec segre sequi. 

Il y eut encore d' autres transmutations de consonnes finales; on les reconnaîtra facilement.

Quelques premières personnes du présent de l' indicatif furent terminées, en AUC, comme Vauc, je vais.

D'autres verbes prirent un C après la consonne finale, et SC après la voyelle: Tenc, je tiens, Posc, je peux, etc.

Quelques uns eurent indifféremment une terminaison en s, z, ts, comme 

fas, faz, fatz, je fais.

L' euphonie ou la prononciation locale modifia souvent le son de l' O placé avant une consonne finale, en UE et parfois en EI, OI:

Trobar, Trop, fit aussi truep.

Morir, Mor, muer.

Voler, Vol, vuel, vueil, vuoil.

Tolre, Tol, tuel, tueil, tuoil.

Assez souvent la première personne admet une modification intérieure, en recevant un I qui n' est point à l' infinitif: de Segre, ou Seguir, suivre, vint Seg ou Sec, qui fit aussi siec, je suis; de querre ou querer vint quier.

Toutes les secondes personnes des divers temps et des divers modes furent caractérisées par l' S au singulier et le TZ finales au pluriel; il n' y eut d' autres exceptions que le singulier du parfait simple de l' indicatif, et le singulier du présent de l' impératif.

La plupart des exceptions des premières personnes du présent de l' indicatif au singulier s' appliquaient aux troisièmes personnes, ordinairement formées, comme les premières, par la suppression de la désinence caractéristique de l' infinitif.

Une modification particulière à cette troisième personne, dans les verbes en IR principalement, ce fut de prendre un S final, soit en l' ajoutant, soit en le substituant à une autre consonne: Languis, il languit, au lieu de langui; Sors, il surgit, au lieu de Sort, etc.

Cet S final s' attacha à des troisièmes personnes de quelques verbes qui l' avaient rejeté de leurs premières, quoiqu 'll pût y rester d' après la règle ordinaire: Creis de creisser, croître, Nais de Naiscer, naître.

Quelques verbes terminés en NHER qui faisaient rarement ING à la première personne eurent assez ordinairement ING à la troisième, comme sofraing de sofranher, manquer, destreing de destrenher, étreindre, etc.

Parfait simple.

Les exceptions à la règle générale étaient plus rares pour les premières personnes que pour les troisièmes, qui offraient souvent des anomalies.

La première personne du singulier de la conjugaison en AR, ordinairement en EI, prenait quelquefois un I intérieur; amai, amiei, j' aimai; et, par suite de cette modification, la deuxième personne reçut aussi cet I intérieur: 

amest, amiest, tu aimas.

Les autres conjugaisons avaient ordinairement la première personne de leur parfait simple en I au singulier, mais parfois l' S final y était joint:

Dis, je dis y Fis, je fis.

Parfois aussi cette première personne dans la conjugaison en ER ou RE, se terminait en EI ou IEI: Temi, Temei, Temiei, je craignis.

On trouve des exemples de la terminaison en INC, comme dans retener, 

tener, venir; Retinc, je retins, Tinc, je tins, Vinc, je vins.

Les troisièmes personnes du singulier des verbes en ER ou RE, IR ou IRE, offrent des modifications si nombreuses et si variées, que je crois nécessaire de rassembler les principales dans un ordre alphabétique.

3e pers. Infinitif. 3e pers. Infinitif.

Ac. Ac aver Plac plazer.

Ais. Plais plazer Trais traire. 

Ars. Ars ardre.

Aup. Saup saber.

Aus. Claus claure.

Ec. Cazec cader Correc corre.

Sofrec sofrir

Bec beure Sec sezer.

Dec dever Tec tener.

Eis. Teis tener

Esteis estendre Peis penher.

Enc. Venc venir Sostenc sostener

Erc. Uberc ubrir

Ers. Ters terger

Aers aerdre

Es. Mes metre Pres prendre.

Ques querre

Et. Escondet escondre Sufret sufrir.

Eup. Receup recebre

Is. Dis dire Escris escriure.

Aucis aucire Fis faire.

Enquis enquerre Ris rire.

Oc. Moc mover Noc nocer.

Ploc placer Poc poder.

Conoc conoscer

Ois. Ois oinher Pois poinher.

Olc. Dolc doler Volc voler.

Tolc tolre

Ols. Absols absolvre Revols revolvre.

Sols soler

Ors. Tors tordre

Os. Apos aponre

Escos escoter

 

 

Quelques verbes ont à la fois différentes anomalies aux mêmes temps.

On a remarqué dans le tableau ci-dessus plazer et tener qui faisaient à la troisième personne du parfait simple plac et plais, tec et teis; j' indiquerai en outre le verbe fazer, faire, far, faire, dont la troisième personne du passé était à la fois en is, es, etz, ou ez, e: fis, fes, fetz, fez, fe.

 

Futur.

Les futurs restèrent généralement conformes à la règle primitive de leur formation, qui consistait, pour le futur simple, à joindre au présent de l' infinitif des verbes romans, le présent du verbe Aver, en entier au singulier et à la troisième personne du pluriel, et en aphérèse à la première et à la seconde personne de ce même pluriel (1: Amar ai, as, a, avem, avetz, an.), et pour le futur composé, à placer le futur simple de cet auxiliaire devant leur participe passé.

Les exceptions à cette règle étaient très rares ou s' expliquent facilement.

Ainsi, quelques verbes subirent la soustraction d' une voyelle intérieure, Tener, tenir, fit tenrai, et cette soustraction eut lieu pour toutes les personnes du singulier et du pluriel.

L' euphonie ou la prononciation locale a quelquefois changé le futur ARAI en ERAI, on trouve amerai pour amarai. De même, la terminaison AI se changeait parfois en EI, ce qui provenait sans doute de la double terminaison AI ou EI, première personne du verbe Aver, au présent de l' indicatif.

Le présent du verbe Aver resta souvent séparé de l' infinitif, on disait:

Amar l' ai pour l' amarai, je l' aimerai, Aucir m' an pour auciran mem' occiront, etc. 

De même, les verbes Aver et Esser, avec la préposition A devant l' infinitif des autres verbes, formèrent une locution qui servit à exprimer le Futur, comme, 

Ai a guerir, j' ai à guérir (je guérirai), m' er a morir, me sera à mourir (je mourrai).

 

Conditionnel.

Tous les verbes ont leur conditionnel en ia, ias, ia, etc., ajouté à l' infinitif.

Les verbes en AR eurent un double conditionnel: Amar ia, ias, ia, etc.; 

Am era, eras, era, etc.

Plusieurs verbes en ER ou RE eurent un second conditionnel en GRA, tels que:

Infinitif. Double conditionnel. Part. passé.

Aver avria agra agut.

Beure beuria begra begut.

Conoscer conoiria conogra conogut.

Dever devria degra degut.

Mover movria mogra mogut.

Nocer noceria nogra nogut.

Plazer plaseria plagra plagut.

Poter (poder) poiria pogra pogut.

Segre segria segra segut.

Tener tenria tengra tengut.

Valer valria valgra valgut.

Voler volria volgra volgut.

 

D'autres verbes, tels que venir, eurent aussi ce double conditionnel:

Venir venria vengra vengut.

D'autres, tels que saber, avaient A et IA, sabra, sabria.

Les soustractions subies par le futur eurent aussi lieu pour le conditionnel.

 

Impératif et subjonctif.

Il y a peu d' observations à faire sur ces deux modes.

Souvent, et surtout dans les verbes en ER et RE, la langue romane,comme le latin, employait le présent du subjonctif pour l' impératif: vulhatz, veuillez.

Quelquefois le présent de l' infinitif remplaça la seconde personne de l' impératif, surtout quand le verbe était précédé d' une négation: 

Hueymais non plorar tant, désormais ne pleures tant, am ric home no t fizar, avec puissant homme ne te fie.

Le verbe saber, savoir, prenait le CH intérieur, et faisait sapchatz, sapchon, etc.

Les verbes dont les prétérits simples ou les conditionnels avaient été modifiés intérieurement par des soustractions ou par des additions, conservaient ces modifications à l' imparfait du subjonctif, comme ce même verbe saber, qui faisait à ce temps Saupes, parce qu' il faisait Saup au prétérit simple de l' indicatif.

Dans ce cas, les différentes personnes gardaient leurs désinences ordinaires. Seulement quelques pays avaient adopté la désinence AN à la troisième personne du pluriel, ainsi on trouve passessan pour passessen, ils passassent.

Des verbes défectifs et irréguliers.

Les anomalies qui se rencontrent dans les conjugaisons d' un petit nombre de verbes romans défectifs ou irréguliers appartiennent au Lexique, qui réunira les explications et les exemples. Je me bornerai à présenter quelques observations sur un seul verbe de ce genre, Anar, aller, que je considérerai d' abord dans sa conjugaison et ensuite dans son emploi assez fréquent d' auxiliaire.

Conjugaison du verbe Anar. 

L' ensemble des temps de ce verbe fut évidemment formé de trois verbes

différents:

Anar.

Ir venant du latin IRE.

Vader Vadere.

La conjugaison d' Anar, dans tous les temps et dans tous les modes que les monuments romans nous ont conservés, étant entièrement conforme aux règles générales des conjugaisons des verbes en AR, il suffit d' en faire l' observation. 

Voici le tableau de la conjugaison des temps connus des deux autres verbes.

Infinitif. 

Prés. Ir Vader, aller. 

Indicatif.

Prés. Sing. Vau, vauc, je vais.

Vas, tu vas.

Va, vai, il va.

Pluriel. Van, ils vont.

Fut. sing. Irai j' irai. 

Iras tu iras.

Ira il ira.

Pluriel Irem nous irons.

Iretz vous irez.

Iran ils iront.

Conditionnel.

Singulier. Iria j' irais.

Impératif.

Singulier Vai (1), vas, va, va.

Subjonctif.

Singulier. Vaza, j' aille.

Pluriel. Vazan, ils aillent.

 

(1) L' adjonction du pronom personnel tu, te, avec l' adverbe EN, produisit la forme remarquable vai t'en.

 

Anar, consideré comme auxiliaire.

Ce verbe était auxiliaire de deux manières:

La première, lorsqu 'll précédait un autre verbe placé au gérondif, e'est-à-dire un participe invariable: No i anes doptan, n' y allez doutant (ne doutez pas), irai planhen, j' irai plaignant (je me plaindrai) van disen, ils vont disant (ils disent).

La seconde manière joignait le verbe anar au présent de l' infinitif qu' il régissait: Li anec dir, lui alla dire, iran cercar, ils iront chercher, vai li trasmettre, va lui transmettre.

 

Remarques. 

Il arriva fréquemment que la langue romane, à l' imitation du latin, n' exprima point les pronoms personnels qui étaient les sujets des verbes:

Singulier. 

1re pers. sous-entendu Ieu ... dirai un vers; je dirai un vers.

2e Tu quant ... l' auras; quand tu l' auras.

3e El meillers que ... non es; meilleur qu' ils n' est.

Ilh pus blanca ... es, plus blanche elle est.

Pluriel. 

1re pers. Nos trobat ... avem, trouvé nous avons.

2e Vos per so ... devetz, pour cela vous devez.

3e Els tant messongier... sun; tant mensongers ils sont.

Elas pus frescas ... sun; plus fraîches elles sont.

J' ai dit que Vos était presque toujours employé au lieu de Tu; par suite de cette règle, les verbes devant lesquels Vos se trouvait placé ou sous-entendu, quoique ne désignant qu'une seule personne, prenaient le pluriel; et pourtant les adjectifs qui se rapportaient au pronom restaient au singulier.

Ce fut aussi un caractère particulier à la langue romane que de mettre assez souvent au singulier le verbe auquel s' attachaient plusieurs sujets:

solas e cortesia mi platz, soulas et courtoisie me plaît.

La forme suivante est remarquable: Ab, avec, est considéré comme conjonction: lo reis, ab sos baros, pueion e lor spazas ceinzon, le roi, avec ses barons, montent et leurs épées ceignent.

On trouve parfois au pluriel non seulement les verbes dont un nom collectif est le sujet, mais encore les pronoms personnels qui se rapportent à ce nom collectif: Amor blasmon fola gent, amour blâment folle gent; pert sa gent, que no lor secor, perd sa gent, vu qu' il ne leur aide.

Pour suppléer les différentes opérations grammaticales qu' avait nécessitées chez les Latins l' effet de l' action d' un verbe sur un autre, la langue romane adopta QUE, pronom conjonctif invariable, qui permettant au sujet du second verbe de conserver le signe qui le caractérisait, ôta toute amphibologie, et laissa ce second verbe au mode indiqué par la forme ordinaire du discours.

Employé par la langue romane, et par les autres langues de l' Europe latine, ce QUE remplaça à la fois et la forme grammaticale que les modernes ont appelée la règle du Que retranché, et les nombreuses particules qui, dans la langue latine, étaient le lien de communication d' un verbe à un autre, telles que ut, ne, eo quod, quia, etc.

Cette forme de la langue romane était, à certains égards, préférable à l' emploi que les Latins faisaient de leur infinitif. Elle ajoutait à la clarté, elle servait à indiquer avec plus de précision différentes modifications de la pensée et du discours. En effet, les temps de l' infinitif latin n' offraient pas assez de nuances, pour rendre exactement quelques unes des modifications qu' a exprimées la langue romane, modifications qui, dans les divers modes, distinguaient si heureusement le présent, de l' imparfait; le prétérit simple, du prétérit composé; le prétérit, du plus-que-parfait, etc.

Quelquefois le Que conjonctif roman était sous-entendu, mais sa suppression n' empêchait pas le verbe d' être placé au temps qu' aurait exigé la présence du Que: Ben volgra … mi dons saubes, Bien je voudrais (que) ma dame sût; comme on aurait dit: Ben volgra que mi dons saubes.

Je parlerai dans le chapitre suivant du Que placé après les conjonctions, ou employé comme adverbe de temps.

Il m' eût été facile d' indiquer d' autres modifications, soit accidentelles, soit ordinaires, qu'on rencontre parfois en quelques modes, en quelques temps et en quelques personnes d' un petit nombre de verbes; j'ai réservé ces détails pour le Lexique.