Randa, s. f., fermeté, résolution, hardiesse, violence.
Er auiatz la randa
Col pres de la bela N' Alvira.
R. Vidal de Bezaudun: Unas novas.
Maintenant écoutez la hardiesse comme il la prit de la belle dame Alvire.
Adv. comp.
Aissi viu a randa,
A liurazon, a comte et a guaranda.
Bertrand de Born: D'un sirventes.
Ainsi il vit entièrement à ration, à crédit et à promesse.
Faitz es lo vers tot a randa.
B. de Ventadour: Lanquan vei.
Le vers est fait tout d'emblée.
Ilh m'a presentat a randa
Tot so qu' anava queren.
Matfre Ermengaud: Dregz de natura.
Elle m'a présenté aussitôt tout ce que j'allais cherchant.
Tan que s'an colcar a rranda
De si dons.
T. de Folquet et de Giraud: Guirautz.
Tant qu'il s'aille coucher côte à côte de sa dame.
IT. Quivi fermammo i piedi a randa a randa. Dante, Inf., XIV.
CAT. Arranc. ESP. Arranque. (chap. Arranc, arrancs; arrancada, arrancades; ressolusió, valentía, violensia.)
2. Randon, s. m., impétuosité, effort, traite, élan.
A batalha rengada vengron d' aital randon.
Guillaume de Tudela.
En bataille rangée ils vinrent de telle impétuosité.
Cant ac nadat un gran randon. V. de S. Honorat.
Quand il eut nagé une grande traite.
Adv. comp. Quan retornetz e 'ls feris a rando,
Pueis vos dopteron mais que grua falco.
Rambaud de Vaqueiras: Senher marques.
Quand vous vous retournâtes et les frappâtes tout à coup, puis ils vous redoutèrent plus que la grue le faucon.
Las regnas romp a un randon,
E vai derocar lo guarzon.
V. de S. Honorat.
Les rênes il rompt tout d'un coup, et va renverser le garçon.
Pueis gitatz la aut de rando. Deudes de Prades, Auz. cass.
Puis jetez la haut impétueusement.
Denfra son oratori s'en intret de randon.
V. de S. Honorat.
Dedans son oratoire il s'en entra subitement.
Grans IIII leguas duro en un rando.
Roman de Gerard de Rossillon, fol. 24.
Quatre grandes lieues ils durent d'une seule traite.
ANC. FR. D'un randon en tua plus de XL et VI.
Poëme d'Hugues Capet, fol. 22.
Le Franceiz point de grant randon. Roman de Rou, v. 9194.
Le sanc li saut à grant randon. Roman du Renart, t. 1, p. 239.
L'ESP. ne possède que l'adv. comp. de randon (randón).
L'IT. fait aussi usage de cet adv. comp., et dit di randone.
3. Randonar, v., randonner, courir, s'empresser, aller avec impétuosité,
prendre un grand élan.
Drutz que s randona
Ni es trop cochatz.
Giraud de Borneil: La flors.
Galant qui s'empresse et est trop hâté.
Part. pas. Fatz coma esparviers
Que s laissa quant a randonnat.
Bertrand de Born: Fuilhetas.
Tu fais comme l'épervier qui se désiste quand il a pris un grand élan.
S' el es randonat solamen,
E recueill sa presa soven.
Deudes de Prades, Auz. cass.
S'il est randonné seulement, et recueille sa proie souvent.
ANC. FR. Tant com cheval lor porent randoner.
Roman de Gérard de Vienne, v. 689.
Si vout esperonant
As portes de Roen là vindrent randonant.
Roman de Rou, v. 3975.
Et Renart s' en vet randonant
Parmi les prez à grant esploit.
Roman du Renart, t. III, p. 193.
4. Randonada, s. f., randonnée, impétuosité, rapidité, vitesse.
Adv. comp.
Ar intreron payas una gran randonada.
A la cambra el venc de tan gran randonada.
Roman de Fierabras, v. 4418 et 2785.
Alors entrèrent les païens (avec) une grande impétuosité.
Il vint à la chambre de si grande impétuosité.
ANC. FF. Diex! com cil qui le porte vient de grant randonnée.
Roman de Fierabras en vers français.
Randar, v., arranger, disposer, ajuster, préparer, border.
Quan caval non trai del pas
Ni calsas de fer non randa.
Bertrand de Born: Gent fai.
Quand il ne tire pas cheval du pas et n'arrange pas chausses de fer.
En ESP. randa signifie filet, et randado; orné de filet. Le verbe n'est pas
usité. (N. E. Pedro Saputo, palillos de randa.)
2. Arandar, v., ajuster, disposer, préparer, arranger, border.
Agulh' e sed' e fil
Com se pusc' arandar.
Amanieu des Escas: En aquel mes.
Aiguille et soie et fil comment il se puisse ajuster.
Ranson, s. m., troupe, compagnie, bande, société.
Non es mieus lo senhal ni 'l ranson,
E non puesc luenh osteiar ses aver.
Bertrand de Born: Non estarai.
N'est mien l'étendard ni la troupe, et je ne puis guerroyer loin sans avoir.
CAT. Ranxo. ESP. Rancho. (chap. Lo rancho es lo minjá, per ejemple, de una compañía, tropa, banda, sossiedat. Juaquín Monclús está sempre preparat per al rancho.)
Ranula, s. f., lat. ranula, ranule, sorte de tumeur qui vient sous la langue.
Extraccio de ranula de jos la lengua. Trad. d'Albucasis, fol. 22.
Extraction de ranule dessous la langue.
ESP. PORT. Ranula. (chap. Ranula, ranules : tumor, tumors, gaburro, gaburros que se fan daball de la llengua.)
Rap, s. m., lat. raptus, rapt, enlèvement, butin.
Fan raubador traina e rap.
En fai rap o tragina.
Roman de Gerard de Rossillon, fol. 72 et 7.
Les voleurs font pillage et rapt.
Il en fait rapt et pillage.
CAT. ESP. PORT. Rapto. IT. Ratto. (chap. Rapte, raptes.)
2. Rapina, s. f., lat. rapina, rapine, ravage.
Si cum es de furt e de rapina. Trad. du Code de Justinien, fol. 4.
Ainsi comme est de vol et de rapine.
Auzels de rapina. Eluc. de las propr., fol. 51.
(chap. Muixons de rapiña, cassadós, com los del llibre de Deudes de Prades.)
Fig. Selh amor viu de rapina. Marcabrus: Dirai vos.
Cet amour vit de rapine.
Loc. Ela sap trop de rapina.
T. de Bernard et de Gaucelm: Gausselm.
Elle sait trop de rapine.
CAT. ESP. (rapiña) PORT. IT. Rapina. (chap. rapiña, rapiñes; v. rapiñá : rapiño, rapiñes, rapiñe, rapiñem o rapiñam, rapiñéu o rapiñáu, rapiñen; rapiñat, rapiñats, rapiñada, rapiñades; rapiñaré; rapiñaría; si yo rapiñara.)
3. Rapatz, adj., lat. rapax, rapace, avide.
Ribautz rapatz que fan vilmens
Totz faitz, cant an loc e sazos.
Nat de Mons: Al bon rey.
Ribauds rapaces qui font vilainement toutes actions, quand ils ont lieu et saisons.
Lop... bestia es mot rapacia. Eluc. de las propr., fol. 254.
(chap. Lo llop es una bestia mol rapás : cassadora.)
Le loup... est bête moult rapace.
ESP. Rapaz. IT. Rapace. (chap. Rapás, rapassos.)
4. Raptor, s. m., lat. raptor, ravisseur.
Dona al raptor espaci de fugir. Eluc. de las propr., fol. 260.
Donne au ravisseur espace de fuir.
CAT. ESP. PORT. Raptor. IT. Rattore, rapitore. (chap. Raptor, raptors; raptó, raptós, raptora, raptores.)
5. Rapayre, s. m., ravisseur.
Esparvie dit autrament... accipiter en lati, que vol dire rapayre.
Eluc. de las propr., fol. 141.
Épervier dit autrement... accipiter en latin, qui veut dire ravisseur.
6. Rapacitat, s. f., lat. rapacitatem, rapacité.
Vostra cautela sia major que la vostra rapacitat. Trad. d'Albucasis, fol. 12.
Que votre finesse soit plus grande que la votre rapacité.
CAT. Rapacitat. ESP. Rapacidad. PORT. Rapacidade. IT. Rapacità, rapacitate, rapacitade. (chap. Rapassidat, rapassidats.)
7. Rapar, v., lat. rapere, ravir, prendre, saisir, enlever.
Aygla ha... unglas mot agudas per sa preza forment rapar.
Eluc. de las propr., fol. 141.
L'aigle a... ongles moult aigus pour sa proie fortement saisir.
Qu' el diables no m rape. Leys d'amors, fol. 142.
Que le diable ne m'enlève pas.
Fig. Que naturals vicis no t rape. Leys d'amors, fol. 27.
Que naturel vice ne te saisisse pas.
Substantiv. Per lo rapar que fan. Leys d'amors, fol. 128.
Pour le ravir qu'ils font.
Part. prés. subst. Coloms... quan vezo los rapans en l'ayre, si apauzo en terra.
(chap. Los coloms... cuan veuen los rapassos al aire, se posen anterra.)
Eluc. de las propr., fol. 139.
Les colombes..… quand elles voient les ravissants en l'air, se posent à terre.
Part. pas. Per ela so rapadas et devoradas. Eluc. de las propr., fol. 256.
Par elle sont saisies et dévorées.
CAT. ESP. PORT. Rapar. IT. Rapire. (chap. Rapá : atrapá, pessigá, agarrá, pendre o prendre.)
8. Rabina, s. f., ardeur, impétuosité, rapidité.
Mosqueta es tant rabineira,
C' ab so que pren vai la carreira,
E pert se pueis per sa rabina.
Deudes de Prades, Auz. cass.
L'émouchette est si pétulante, qu'avec ce qu'elle prend elle poursuit sa carrière, et se perd après par son ardeur.
ANC. FR. Et li jaians par tel ravine
Le fiert.
Roman de la Violette, p. 229.
Les larmes de son cuer corrent de tel ravine
Que ses mantiaux en muelle et ses blianz d'ermine.
Un Trouvère Anonyme: Un novel. Ms. 1989, c. 63.
9. Rabinaire, adj., emporté, ardent, impétueux.
Qui fort es rabinaire
No sap ni no s pot estraire
Qu' ans termini non repaus.
Giraud de Borneil: S' es cantars.
Qui fort est emporté ne sait ni ne peut s'empêcher qu'avant terme il ne repose.
10. Rabinier, adj., impétueux, rapide, emporté, pétulant.
Per bosc deve rabinier,
E per boissos deve ratier.
Deudes de Prades, Auz. cass.
Dans le bois il devient impétueux, et dans les buissons il devient capricieux.
L' aiga qu' est rabineira n' a negat. Guillaume de Tudela.
L'eau qui est impétueuse en a noyé.
11. Rabeg, Rabey, Rabeh, s. m., courant, torrent, rapidité.
Lo peysso que se bagna e se noyriss el rabeg de las aygas.
V. et Vert., fol. 66.
Le poisson qui se baigne et se nourrit au courant des eaux.
Oltra Saina, l' aigua, latz lo rabeh... anetz.
Roman de Gerard de Rossillon, fol. 19.
Au delà l'eau (la rivière) de Seine, à côté du courant... il alla.
Lo sanc de gran rabey ne chay e mieg lo prat.
Roman de Fierabras, v. 1647.
Le sang avec grande rapidité en tombe au milieu du pré.
12. Arrap, s. m., déchirure, égratignure.
Fig. S' ieu de mi dons aic ren d' arrap,
No 'l vuelh tortz ni drey contendre.
Raimond de Miraval: Selh cuy.
Si de ma dame j'eus rien d'égratignure, je ne lui veux tort ni droit débattre.
13. Arrapar, Arapar, Arrabar, Arabar, v., lat. arripere, enlever, arracher,
saisir, prendre.
Me sove que tot cant es arrapa. Leys d'amors, fol. 20.
Il me souvient que tout ce qui est il arrache.
Si bufaran tan aspramens
Que los arbres arabaran.
Trad. de l'Évangile de Nicodème.
Ils souffleront si rudement que les arbres ils arracheront.
Arabon li las vielhas plumas. Naturas d'alcus ausels.
Lui arrachent les vieilles plumes.
Lau que la lenga l' arap
Que mais fol motz no ill escap.
Rambaud d'Orange: A mos vers.
J'approuve que la langue il lui arrache (afin) que davantage mot extravagant ne lui échappe.
Encaras mens pot venir a bon cap,
Ab vil femna, que tot ben no l' arrap.
Serveri de Girone: A greu pot.
Encore moins peut-il venir à bonne fin, avec femme vile, de manière que tout bien elle ne lui enlève.
Fig. Arrabon del cor... IIII malas razitz de horguelh. V. et Vert., fol. 50.
(chap. Arrenquen del cor... cuatre males arraíls d'orgull.)
Arrachent du coeur... quatre mauvaises racines d'orgueil.
ANC. FR. Le suppliant arapa ledit Pierre au col et lui donna de la canivete ou coustel qu'il tenoit en sa main.
Lett. de rém. de 1456. Carpentier, t. 1, col. 306.
- Attraper.
Aissi tendon lur trapa
Ab falses trudetz,
Ab que quascus s' arrapa.
Germonde de Montpellier: Greu m' es.
Ils tendent leurs trappes avec de faux piéges, avec quoi chacun s'attrape.
CAT. ANC. ESP. Arrapar. (ESP. MOD. atrapar) IT. Arrappare.
(chap. Atrapá, pessigá, agarrá, pendre o prendre, capturá a una ratera o trampa com la lloseta y la culla: atrapo, atrapes, atrape, atrapem o atrapam, atrapéu o atrapáu, atrapen; atrapat, atrapats, atrapada, atrapades; atraparé; atraparía; si yo atrapara.)




